La colère des transporteurs routiers a pris une forme concrète samedi 28 mars. Vingt-cinq camions et un bus se sont garés le long de l'autoroute A7, dans le sens sud-nord, à hauteur de Chasse-sur-Rhône en Isère. Leurs chauffeurs distribuent des tracts aux automobilistes, contraints de circuler sur une seule voie.
Un mois de hausse ininterrompue
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, le prix du gazole a gagné plus de 30 centimes par litre, franchissant les 2,22 euros. Pour un poids lourd qui consomme entre 30 et 40 litres aux 100 kilomètres, la facture supplémentaire se chiffre en centaines d'euros par semaine.

« Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, le prix des carburants ne cesse d'augmenter et depuis des années, les crises se multiplient : nos entreprises sont exsangues, si rien n'est fait elles vont crever », résume Jean-Christophe Gautheron, responsable régional de l'Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE).
Le mécanisme est direct. Le Brent a franchi les 112 dollars le baril cette semaine, contre 75 dollars fin février. Le blocus du détroit d'Ormuz, par lequel transitait un cinquième du pétrole mondial, maintient les cours sous pression. Chaque dollar de hausse du baril se répercute à la pompe avec un décalage de deux à trois semaines — ce qui signifie que les prix actuels ne reflètent pas encore le dernier pic.
50 millions jugés insuffisants
Vendredi soir, le gouvernement a annoncé une enveloppe de 50 millions d'euros pour le secteur du transport, ciblant les TPE et PME capables de justifier « de difficultés de trésorerie majeures liées à la crise ». L'aide équivaut à un forfait de 20 centimes par litre pour les entreprises concernées.

« C'est un début, mais ce n'est pas assez », tranche Jean-Christophe Gautheron. « Et il nous faut une aide rapide, là il faut prouver nos difficultés avec un expert-comptable », regrette-t-il. La profession réclame le même dispositif qu'en 2022, lorsque l'invasion de l'Ukraine par la Russie avait déclenché une flambée similaire — avec cette différence que la crise actuelle s'annonce plus durable.
En 2022, le gouvernement avait instauré une remise directe à la pompe de 15 puis 30 centimes par litre pour tous les automobilistes, avant de la remplacer par une indemnité carburant ciblée. Le coût total avait dépassé les 8 milliards d'euros. Cette fois, l'exécutif privilégie des aides sectorielles et ciblées — un choix dicté par la contrainte budgétaire, alors que le déficit public reste à 5,1 % du PIB.
Un mouvement qui s'étend
Vinci Autoroutes a signalé de « forts ralentissements » sur l'A7 et recommandé aux automobilistes d'éviter le secteur ou de faire preuve d'une « très grande vigilance en raison d'un risque de présence de piétons à proximité des voies ».
D'autres actions de protestation sont annoncées dans les prochains jours en Auvergne, en Île-de-France et en Occitanie. Le secteur du transport routier emploie environ 400 000 salariés en France et assure 88 % du fret terrestre. Quand les camions s'arrêtent, ce sont les approvisionnements des supermarchés, des chantiers et des hôpitaux qui ralentissent.
La question dépasse la profession. Nous suivons au quotidien les conséquences de la guerre en Iran sur le pouvoir d'achat des ménages français. Pour les routiers comme pour les automobilistes, l'échéance du 31 mars sera déterminante : ce jour-là, le plafonnement volontaire des prix par TotalEnergies prend fin.
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