- Mouvement zaydiste fondé en 1992, Ansar Allah administre un proto-État yéménite depuis la prise de Sanaa en septembre 2014.
- Arsenal fourni par l'Iran : missiles balistiques jusqu'à 2 100 km, drones Shahed-136, missiles antinavires.
- Six dates d'attaques sur Israël documentées entre le 28 mars et le 6 avril 2026, toutes interceptées ou retombées en zone vide.
- Cessez-le-feu USA-Houthis de mai 2025 maintenu en mer Rouge, mais qui exclut explicitement Israël.
Acteurs majeurs de la crise du commerce maritime mondial en mer Rouge depuis novembre 2023, les Houthis du Yémen reviennent au centre du jeu régional. Mouvement religieux né dans les hauteurs de Saada au début des années 1990, devenu force armée à partir de 2004, puis administration parallèle d'un État effondré depuis 2014, le groupe a survécu à six guerres internes et à plusieurs opérations militaires occidentales. Il commande aujourd'hui les deux tiers de la population yéménite, possède un arsenal balistique capable d'atteindre Israël à plus de 2 000 kilomètres, et menace à nouveau le détroit de Bab el-Mandeb par lequel transitent environ 6 millions de barils de pétrole chaque jour.
Au 1er mai 2026, la situation est paradoxale. Les Houthis n'ont plus tiré sur Israël depuis le 6 avril, soit deux jours avant le cessez-le-feu USA-Iran du 8 avril. Mais leur cessez-le-feu spécifique avec Washington, signé le 6 mai 2025 sous la médiation d'Oman, n'a jamais couvert l'État hébreu. Et le mouvement maintient sa pression sur Bab el-Mandeb par voie de communiqués officiels.
Cet article rassemble ce qui est documenté du mouvement et de sa trajectoire en 2026 : origine religieuse et politique, structure de l'arsenal, capacité d'action sur les détroits, position au sein du conflit régional. Les sources primaires sont citées en notes ; le suivi est mis à jour à chaque évolution majeure.
Qui sont les Houthis : du mouvement Ansar Allah au proto-État yéménite
Le nom officiel du mouvement est Ansar Allah, « les soutiens de Dieu » en arabe. L'appellation « Houthis » vient du nom de famille de son fondateur Hussein Badreddine al-Houthi (né en 1959), théologien zaydiste qui fonde en 1992 le Forum des jeunes croyants (al-shabab al-mu'min), structure éducative et religieuse implantée dans le gouvernorat de Saada, au nord du pays. Hussein al-Houthi est tué par les forces gouvernementales yéménites le 10 septembre 2004, dans la province de Marran, lors de la première guerre dite du Saada.
Le zaydisme est une branche du chiisme dont les adeptes représentent environ un tiers de la population yéménite. Sunnites et zaydistes ont longtemps coexisté dans un Yémen plus tribal que confessionnel. Mais l'unification de 1990 et la pression des écoles wahhabites soutenues par Riyad ont fragilisé l'identité zaydiste, créant le terrain politique de la mobilisation Houthi dans les années 1990.
Élu député en 1993 sous la bannière du parti zaydiste hizb al-haqq, Hussein al-Houthi quitte la voie parlementaire en 1997. Il radicalise progressivement son discours contre le pouvoir d'Ali Abdallah Saleh, contre le soutien yéménite à la guerre américaine en Irak, et contre l'influence saoudienne au Yémen. Six guerres successives — connues sous le nom de guerres du Saada — opposent ses partisans à l'armée yéménite entre 2004 et 2010.
L'effondrement du pouvoir yéménite après la démission d'Ali Abdallah Saleh en février 2012, puis la transition manquée du président Abdrabbuh Mansour Hadi, ouvrent la voie aux Houthis. Sanaa tombe en septembre 2014 ; le palais présidentiel est pris en janvier 2015, dans la foulée d'une offensive éclair coordonnée avec d'anciennes unités de l'armée restées loyales à Saleh. La coalition militaire emmenée par l'Arabie saoudite intervient en mars 2015. La guerre dure depuis onze ans.
Aujourd'hui dirigés par Abdul Malik al-Houthi, frère du fondateur, les Houthis administrent environ un tiers du territoire yéménite et entre 70 % et 80 % de sa population, selon les estimations du Wilson Center. Ministères, perception de l'impôt, monnaie parallèle, armée régulière, contacts diplomatiques avec les Nations unies : le mouvement fonctionne comme un État de fait, avec un exécutif dirigé par Mahdi al-Mashat, président du Conseil politique suprême depuis avril 2018, et un porte-parole militaire identifié, le brigadier-général Yahya Saree.
Cette nature étatique le distingue des autres proxies de l'Iran. Comme l'observe Denis Bauchard, ancien ambassadeur de France à Amman, « les Houthis sont un proxy de l'Iran, mais avec leur propre agenda, contrairement au Hezbollah ». Leur participation aux conflits « dépasse les objectifs militaires : c'est avant tout une manière d'affirmer leur existence et de chercher une reconnaissance internationale ».
L'arsenal militaire : missiles balistiques, drones, frappes antinavires
L'arsenal des Houthis est étendu pour un groupe armé non étatique. Il combine missiles balistiques de moyenne portée, missiles de croisière, drones kamikazes longue distance, drones navals explosifs et missiles antinavires. La quasi-totalité de ces équipements est de conception ou d'inspiration iranienne, livrée par voies maritimes et terrestres clandestines.
Les missiles balistiques de la famille Toufan ont une portée d'environ 1 800 kilomètres, suffisante pour atteindre le sud d'Israël depuis le nord du Yémen. Le Palestine-2, dévoilé en 2024, dépasse les 2 100 kilomètres et a été utilisé contre les bases du Néguev en mars-avril 2026. Les missiles de croisière de la classe Soumar — adaptation iranienne du Kh-55 soviétique — couvrent entre 2 000 et 3 000 kilomètres avec une trajectoire basse altitude difficile à intercepter.
Le segment drones est le plus récent. Le Samad-3, drone kamikaze monomoteur, peut frapper à environ 1 800 kilomètres. Le Shahed-136 iranien, livré en pièces détachées et assemblé sur place, atteint 2 500 kilomètres. C'est ce dernier modèle que les forces ukrainiennes affrontent depuis 2022 et qu'Israël intercepte régulièrement depuis 2023. À ces vecteurs aériens s'ajoutent des drones navals explosifs et plusieurs familles de missiles antinavires guidés.
Cet arsenal a été éprouvé en mer. Entre fin 2023 et le cessez-le-feu d'Oman du 6 mai 2025, les Houthis ont attaqué plus de cent navires marchands en mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et dans le golfe d'Aden. Le vraquier Rubymar a été coulé le 2 mars 2024 après avoir été touché le 18 février. Le Magic Seas et l'Eternity C ont été coulés à quelques jours d'intervalle au début du mois de juillet 2025. L'attaque sur l'Eternity C, menée le 7 juillet, a fait au moins quatre morts confirmés et plusieurs disparus présumés morts, selon le suivi de la mission européenne EUNAVFOR Aspides.
Les opérations américaines successives — Prosperity Guardian, Poseidon Archer, puis Rough Rider — ont infligé des pertes au mouvement sans le démanteler. Le Soufan Center note dans plusieurs analyses que la résilience matérielle des Houthis tient à la fois aux flux iraniens et à une production locale d'éléments simples, comme des charges explosives ou des lanceurs improvisés.
Bab el-Mandeb et la mer Rouge : deux ans de perturbations maritimes
Bab el-Mandeb signifie en arabe « la porte des lamentations ». Ce détroit de vingt-six kilomètres au plus étroit relie la mer Rouge au golfe d'Aden, donc le canal de Suez à l'océan Indien. Y transitent en temps normal autour de 6 millions de barils de pétrole brut et de produits raffinés chaque jour, et environ 30 % du trafic mondial de porte-conteneurs.
La crise mer Rouge débute en novembre 2023, après l'offensive du Hamas sur Israël et la riposte israélienne sur Gaza. Les Houthis annoncent qu'ils attaqueront tout navire « lié à Israël » passant en mer Rouge. La définition s'élargit progressivement aux navires américains, britanniques, puis à toute cible présentant un intérêt stratégique. Les principaux armateurs mondiaux — Maersk, MSC, Hapag-Lloyd, CMA CGM — réorientent leurs porte-conteneurs par le cap de Bonne-Espérance, ajoutant 10 à 15 jours de trajet et plusieurs centaines de milliers d'euros par rotation.
Selon le Drewry Red Sea Diversion Tracker, le nombre de transits de porte-conteneurs en mer Rouge a chuté de plus de 60 % entre novembre 2023 et début 2024, puis a stagné autour de 33 % de son niveau d'avant-crise pendant 2024 et 2025. Les coûts d'assurance maritime ont triplé sur les routes incluant Bab el-Mandeb. Plusieurs ports européens, dont Marseille-Fos, ont enregistré des pertes de volume au profit des hubs nord-européens accessibles par l'Atlantique.
Le cessez-le-feu négocié par le Sultanat d'Oman, signé le 6 mai 2025, met fin aux hostilités directes entre les forces américaines et houthies. Le ministère omanais des Affaires étrangères en publie la formulation officielle : « à l'avenir, aucune des parties ne ciblera l'autre, y compris les navires américains, en mer Rouge et dans le détroit de Bab al-Mandab, garantissant la liberté de navigation et la fluidité du commerce maritime international ». Les Houthis précisent dès le lendemain que cet accord « ne s'applique en aucune manière » à Israël.
Le trafic en mer Rouge reprend partiellement à l'été 2025, sans retrouver ses niveaux d'avant-crise. Maersk maintient une route alternative permanente via le cap de Bonne-Espérance. La force opérationnelle navale européenne EUNAVFOR Aspides, lancée le 19 février 2024 et qui rassemble dix États-membres de l'Union, poursuit ses missions d'escorte.
Position dans le conflit Iran-Israël 2026
L'attaque américano-israélienne contre l'Iran lancée le 28 février 2026 a relancé toute la mécanique régionale. Le 28 février même, les Houthis menacent d'escalader. Pendant vingt-huit jours, ils n'agissent pas. Plusieurs analystes y voient l'effet combiné du cessez-le-feu d'Oman, de la crainte d'une frappe américaine sur le port d'Hodeidah — par lequel transitent jusqu'à 80 % des fournitures humanitaires destinées au nord du Yémen sous contrôle houthi —, et du calcul stratégique d'Abdul Malik al-Houthi.
Le 26 mars, le leader houthi prononce un discours décisif. « Le Yémen ne peut rester neutre », déclare-t-il, « l'Iran est le seul pays à avoir pleinement soutenu les Yéménites contre les agressions américaines et israéliennes ». Deux jours plus tard, le 28 mars au matin, les Houthis tirent leur premier missile balistique depuis le Yémen vers Israël. Selon leur porte-parole militaire Yahya Saree, les cibles déclarées sont des bases militaires sensibles dans le Néguev, accompagnées de drones et missiles de croisière dirigés vers Eilat. Tous les tirs sont interceptés.
Cinq autres dates d'attaques sont documentées entre le 30 mars et le 6 avril, selon l'encyclopédie collaborative Wikipedia (page « 2026 Houthi strikes on Israel ») et le suivi du projet ACLED.
- 30 mars : deux drones lancés depuis le Yémen interceptés au cours de la nuit.
- 1er avril : missile balistique intercepté ; revendication conjointe avec le Hezbollah et l'Iran.
- 2 avril : missile intercepté ; revendication contre la zone de Tel Aviv.
- 4 avril : missile retombé en zone ouverte, sans victime ni dégât ; revendication contre l'aéroport Ben Gourion, accompagné de drones.
- 6 avril : plusieurs drones interceptés au-dessus d'Eilat ; revendication conjointe avec l'Iran et le Hezbollah.
Aucune attaque houthie sur Israël n'est documentée depuis le 6 avril, soit deux jours avant le cessez-le-feu USA-Iran du 8 avril. Le mouvement maintient toutefois sa rhétorique : Abdul Malik al-Houthi qualifie le cessez-le-feu de « grande victoire » pour Téhéran, et rappelle que ses opérations contre Israël ne sont pas couvertes par cet accord.
Cessez-le-feu et tensions actuelles : où en sont les Houthis en mai 2026
Au 1er mai 2026, trois lignes de tension coexistent.
D'abord, le cessez-le-feu USA-Houthis du 6 mai 2025 reste formellement en vigueur côté mer Rouge. Aucune attaque contre un navire militaire ou marchand américain n'a été signalée depuis. Mais Hussein al-Ezzi, vice-ministre des Affaires étrangères du gouvernement houthi de Sanaa, a déclaré le 19 avril 2026 dans un message publié sur X que « si Sanaa décide de fermer Bab el-Mandeb, tous les hommes et les djinns réunis seraient incapables de le rouvrir ». Il a appelé Washington et ses alliés à « mettre fin à toutes les actions et politiques qui font obstacle à la paix » et à respecter « les droits légitimes du peuple yéménite ».
Ensuite, la question israélienne reste ouverte. Les Houthis n'ont plus tiré depuis le 6 avril, mais les autorités sécuritaires israéliennes maintiennent les aéroports Ramon et Ben Gourion ainsi que les bases militaires du Néguev en état d'alerte renforcé. Le mouvement continue de revendiquer son hostilité à toute « agression sioniste » dans ses communiqués officiels.
Enfin, la pression diplomatique sur Bab el-Mandeb a relancé la coordination navale internationale. La mission européenne EUNAVFOR Aspides, opérationnelle depuis le 19 février 2024 et reconduite par mandat européen, poursuit ses escortes en mer Rouge. La 5e flotte américaine maintient une présence renforcée dans le golfe d'Aden et le détroit. Plusieurs analyses publiées en avril par des sources spécialisées indiquent que la force opérationnelle navale européenne s'est déclarée prête à riposter en cas de reprise des attaques contre des navires marchands.
Conséquences pour la France et l'Europe
L'Europe importe environ 10 % de son gaz naturel liquéfié depuis le Qatar — la quasi-totalité passe par le détroit d'Ormuz, puis par le canal de Suez via Bab el-Mandeb. Un blocage simultané des deux verrous couperait cette route énergétique du Golfe vers l'Europe, sans précédent historique. À fin février 2026, les stocks gaziers européens s'établissaient à 46 milliards de mètres cubes, contre 60 et 77 milliards les deux années précédentes.
La France est en première ligne. Selon le site spécialisé Mer et Marine, dix-neuf des vingt-trois navires de surface principaux de la Marine nationale étaient en mer fin mars 2026, une mobilisation qualifiée d'inédite depuis la guerre froide. Le porte-avions Charles de Gaulle a été déployé dans la zone. Trois porte-hélicoptères amphibies — Tonnerre, Dixmude et Mistral — ont pris la mer en mars. Treize des seize frégates disponibles ont été engagées, dont les frégates de défense aérienne de classe Horizon Forbin et Chevalier Paul.
La mission Jeanne d'Arc 2026, composée du porte-hélicoptères Dixmude et de la frégate Aconit, est en mer Rouge depuis le 17 février. Engagée initialement dans la mission EUNAVFOR Aspides, elle évolue désormais dans une zone de tension toujours active malgré le cessez-le-feu USA-Iran. Les quais de Toulon sont restés quasi vides pendant tout le mois d'avril.
Sur le plan économique, les conséquences se mesurent au compteur du consommateur. Une fermeture effective de Bab el-Mandeb forcerait un reroutage intégral du GNL qatari par le cap de Bonne-Espérance, soit 10 à 15 jours de trajet supplémentaires et un surcoût d'acheminement répercuté sur les factures. Le baril de Brent s'établit autour de 112 dollars le 30 avril 2026, contre une fourchette d'environ 75 à 80 dollars avant le déclenchement de la crise iranienne fin février.
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Sources : Wikipedia — Houthis, Wikipedia — 2026 Houthi strikes on Israel, Wikipedia — 2025 United States–Houthi ceasefire, The Soufan Center, Chatham House, Al Jazeera — Houthis on US ceasefire, ACLED — Middle East April 2026, Agence internationale de l'énergie, MARAD — US Maritime Administration, Wilson Center — Who are Yemen's Houthis.









