Cet article est mis à jour en continu. Dernière mise à jour : 18 mars 2026, 12h00. Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 ne déterminent pas seulement qui gouvernera les communes françaises pendant six ans. Elles redistribuent le collège de 162 000 grands électeurs qui renouvellera la moitié du Sénat en septembre. Lire notre guide du second tour.
178 sièges en jeu en septembre : ce que renouvelle le Sénat
Les sénatoriales de septembre 2026 concernent la série 2, soit 178 sièges répartis dans 63 départements. En métropole, le renouvellement couvre les départements de l’Ain (01) à l’Indre (36), puis du Bas-Rhin (67) au Territoire de Belfort (90). Paris et l’Île-de-France ne sont pas concernés.
Six départements abritant les villes les plus disputées du second tour des municipales font partie de cette série : les Bouches-du-Rhône (Marseille), les Alpes-Maritimes (Nice), le Var (Toulon), le Rhône (Lyon), la Haute-Garonne (Toulouse) et le Bas-Rhin (Strasbourg). Les résultats du 22 mars dans ces villes modifieront la composition des collèges de grands électeurs dès septembre.
Le précédent est établi. En 2014, la droite avait repris le contrôle du Sénat six mois après ses victoires municipales de mars. En 2011, le Sénat avait basculé à gauche dans le sillage de la vague municipale de 2008. Le mécanisme se reproduit en 2026.
95 % de municipaux : le collège qui relie mars à septembre
Les sénateurs ne sont pas élus au suffrage universel direct. Ils sont désignés par un collège de 162 000 grands électeurs composé à 95 % d’élus municipaux ou de délégués des conseils municipaux. Les 5 % restants comprennent députés, sénateurs sortants, conseillers régionaux et conseillers départementaux.
Le nombre de délégués envoyés par chaque conseil municipal dépend de la taille de la commune. Dans les communes de moins de 9 000 habitants, le conseil élit parmi ses membres un à quinze délégués selon sa taille. Dans les communes de 9 000 habitants et plus, tous les conseillers municipaux sont délégués de droit.
La prime majoritaire — 50 % des sièges municipaux attribués à la liste arrivée en tête — amplifie l’effet. Une victoire de quelques points dans une grande ville modifie la composition de dizaines de grands électeurs dans un département.
Composition actuelle du Sénat : la droite domine
Le Sénat compte 348 sièges répartis en huit groupes politiques. Les Républicains forment le premier groupe avec 130 sénateurs, devant le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain (65), l’Union Centriste (59), Les Indépendants - République et Territoires (20), le RDPI (19), le groupe Communiste (18), le RDSE (17) et les Écologistes (16). Quatre sénateurs siègent hors groupe.
Le Rassemblement national ne dispose que de 3 sénateurs, un effectif insuffisant pour constituer un groupe parlementaire. Le seuil est fixé à 10 membres.
LR sous pression : 80 sièges à défendre dans les terres du RN
Les Républicains sont le groupe le plus exposé. Sur leurs 130 sièges, environ 80 sont remis en jeu en septembre 2026. Les départements concernés incluent ceux où le RN a réalisé ses percées municipales de mars : le Var, le Vaucluse, les Alpes-Maritimes, le Gard, les Bouches-du-Rhône.
Dans ces départements du Sud, la cohabitation entre maires LR et députés RN fragilise le socle électoral sénatorial. Si le RN conquiert Toulon (Laure Lavalette, 42 % au premier tour), Nice (Éric Ciotti, UDR-RN, 43 %) ou Nîmes, les conseillers municipaux RN remplaceront des élus LR dans les collèges de grands électeurs. Les estimations de la Fondation Jean-Jaurès évoquent un possible recul de LR à 115-120 sièges après les sénatoriales.
Le RN aux portes du groupe sénatorial
Le Rassemblement national vise un triplement de ses effectifs sénatoriaux pour atteindre le seuil de 10 membres nécessaire à la création d’un groupe parlementaire. « L’élection d’un groupe RN en 2026 est, pour moi, actée », estime Émeric Bréhier, directeur de l’Observatoire de la vie politique à la Fondation Jean-Jaurès.
Les leviers sont identifiés. Au premier tour des municipales du 15 mars, le RN et ses alliés sont arrivés en tête dans plus de 60 communes, contre 11 en 2020. Vingt-quatre communes ont été remportées dès le premier tour, dont Perpignan (Louis Aliot, 51,4 %) et Hénin-Beaumont (Steeve Briois, 78 %). Si Toulon, Nice ou Marseille basculent le 22 mars, le nombre de grands électeurs RN dans les départements de la série 2 augmentera.
Un précédent éclaire le mécanisme. En 2023, un sénateur RN a été élu en Seine-et-Marne alors qu’aucune mairie du département n’était détenue par le parti. La multiplication des conseillers municipaux RN, même minoritaires, génère des grands électeurs susceptibles de peser dans le scrutin sénatorial.
Gauche : les alliances municipales pèseront au Sénat
Le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain (65 sénateurs) remet environ 28 sièges en jeu en septembre. Les fusions de listes conclues pour le second tour dans plusieurs grandes villes pourraient renforcer la gauche au Sénat, à condition de se traduire en victoires le 22 mars.
À Toulouse (Haute-Garonne, série 2), la fusion PS-LFI porte le total de la gauche à 52 % des voix du premier tour. À Lyon (Rhône, série 2), la fusion EELV-LFI cumule 47 %. À Nantes et Grenoble, les gauches unies partent avec une avance. Si ces villes restent à gauche, les grands électeurs qu’elles envoient au collège conforteront le groupe socialiste sénatorial.
Le groupe Écologiste (16 sénateurs) surveille les résultats de Lyon, Grenoble, Bordeaux et Strasbourg, où des maires écologistes sortants sont en lice. Le maintien de ces villes sécuriserait les positions écologistes au Sénat. Lire notre analyse des enjeux nationaux.
Ce que le 22 mars va changer au Sénat
Le second tour des municipales est le dernier scrutin avant les sénatoriales. Trois scénarios se dessinent. Si le RN conquiert plusieurs grandes villes du Sud (Nice, Toulon, Nîmes), le parti disposerait d’un réservoir de grands électeurs suffisant pour dépasser les 10 sénateurs et former un groupe. Si la gauche unie l’emporte dans ses duels (Lyon, Toulouse, Nantes, Grenoble), le bloc sénatorial progressiste se renforcerait. Si LR résiste dans ses bastions malgré la pression du RN, le parti conserverait la majorité au Sénat avec un effectif réduit.
Quelle que soit l’issue, la mécanique est en marche. Les conseillers municipaux élus le 22 mars constitueront 95 % du collège électoral de septembre. Les municipales ne déterminent pas seulement qui gouverne les communes. Elles façonnent la composition du Sénat pour les six prochaines années.
Résultats détaillés par ville
Paris · Marseille · Lyon · Toulouse · Strasbourg · Le Havre · Toutes les communes











