José Antonio Kast est devenu mercredi 11 mars le nouveau président du Chili, investi au Parlement de Valparaiso. Cet avocat ultraconservateur de 60 ans, élu en décembre sur une promesse de « main de fer » contre la délinquance et l'immigration irrégulière, inscrit le pays dans la vague conservatrice qui traverse l'Amérique latine depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Le président le plus à droite depuis la fin de la dictature
José Antonio Kast succède à Gabriel Boric (2022-2026), qui avait échoué à deux reprises à réformer la Constitution héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990). Rodrigo Arellano, analyste à l'Université du Développement de Santiago, estime que le Chili entre dans une ère de « droite conservatrice comme on n'en a pas connu depuis le retour à la démocratie ».
La cérémonie d'investiture a réuni plusieurs figures de la droite latino-américaine et internationale : le président argentin Javier Milei, le bolivien Tuto Paz, l'équatorien Daniel Noboa, le sous-secrétaire d'État américain Keith Landau, ainsi que la lauréate vénézuélienne du prix Nobel de la paix, María Corina Machado. Le président brésilien Lula a fait faux bond mardi.
Un gouvernement d'urgence contre la criminalité
Kast a annoncé la formation d'un gouvernement « d'urgence » pour lutter contre la criminalité, sujet central de sa campagne. Le candidat avait fait campagne derrière une vitre blindée. Luis Lapierre, opérateur télécom de 59 ans, résume l'attente d'une partie de la population : « Kast va faire preuve de fermeté. »
Le taux d'homicides au Chili s'élevait à 5,4 pour 100 000 habitants en 2025, ce qui place le pays parmi les plus sûrs d'Amérique latine. Rodrigo Arellano tempère toutefois les attentes : il s'agit de « problèmes sans solution rapide ».
Un cabinet qui divise et des promesses sans détails
La composition du gouvernement a provoqué l'indignation de l'opposition. Deux ex-avocats du dictateur Augusto Pinochet figurent au cabinet, tandis qu'une militante anti-avortement a été nommée au ministère de la Femme. Alejandro Olivares, politologue à l'Université du Chili, souligne que cette équipe manque « de très peu d'expérience en négociation », alors que la droite, bien que forte au Parlement, aura besoin des voix du centre-gauche.

Sur l'immigration, Kast promet d'expulser environ 340 000 sans-papiers, en majorité des Vénézuéliens, sans avoir détaillé les modalités. Stefanny Romero, blanchisseuse vénézuélienne de 34 ans, dénonce « une campagne très injuste et xénophobe ». Le nouveau président s'engage également à réduire les dépenses publiques de 6 milliards de dollars sans supprimer les aides sociales, là encore sans précisions.
Pinochet, la Chine et les premiers défis diplomatiques
Connu pour son admiration passée envers Pinochet et son rejet de l'avortement — positions qu'il a éludées pendant la campagne —, Kast a déclaré le processus de transition clos dès la passation de pouvoir. Un différend sur un câble sous-marin de fibre optique chinois, critiqué par les États-Unis, a marqué les derniers jours du mandat Boric et constitue l'un des premiers dossiers diplomatiques du nouveau gouvernement.











