Il est 11 heures du matin à Naplouse, en Cisjordanie occupée, mais Ahmad et Mohammad, deux écoliers de dix ans, ne sont pas en classe. Par manque d'argent, les écoles publiques de ce territoire palestinien ne fonctionnent plus que trois jours sur cinq, privant toute une génération de son droit à une scolarité complète.
Une crise budgétaire qui frappe les écoles
À court de liquidités, l'Autorité palestinienne ne verse plus aux enseignants que 60% de leurs salaires. Les écoles publiques, où sont scolarisés 630.000 élèves, ne sont ouvertes que 60% du temps.
Cette crise découle en partie du refus d'Israël, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, de verser à l'Autorité palestinienne les taxes douanières perçues en son nom, une mesure en place depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza en octobre 2023.
Sans une bonne scolarité il
« Sans une bonne scolarité, il n'y a pas d'université. Cela veut dire que leur avenir risque d'être sacrifié », s'inquiète Ibrahim al-Hajj, père des jumeaux Ahmad et Mohammad. De nombreux enseignants ont abandonné leur métier tandis que des élèves travaillent pendant leur temps libre pour aider leurs familles.
Une chute du niveau scolaire
Tamara Shtayyeh, enseignante à Naplouse, a constaté que la moyenne de sa fille Zeena, 16 ans, a chuté depuis la réduction de l'emploi du temps. Selon elle, les plus jeunes sont les premières victimes. « Du cours préparatoire au cours moyen, il n'y a pas de socle solide, ni en écriture ni en lecture », observe-t-elle.
L'absence de routine scolaire entraîne une baisse de la concentration et de la discipline. « On observe une nette baisse de niveau, des notes plus faibles, de la tension, de la paresse », souligne l'enseignante.
Mohammad qui aime langlais et veut
Mohammad, qui aime l'anglais et veut devenir charpentier, prend des cours privés les jours sans école. Mais son père Ibrahim al-Hajj sait que ses revenus d'agriculteur ne suffiront pas à les financer indéfiniment.
Les écoles de l'UNRWA en « urgence systémique »
Pour les 48.000 élèves des écoles de l'UNRWA (agence de l'ONU chargée de l'aide aux réfugiés palestiniens) en Cisjordanie, la situation relève d'une « urgence systémique à grande échelle », selon le porte-parole de l'agence, Jonathan Fowler.

Les niveaux en arabe et en mathématiques ont plongé ces dernières années, en raison de la crise budgétaire mais aussi des incursions répétées de l'armée israélienne et de la pandémie de Covid-19. « La combinaison d'un enseignement hybride, des traumatismes et de plus de 2.000 incidents documentés liés aux incursions de l'armée ou des colons en 2024-2025 a créé un environnement d'apprentissage perdu pour des milliers d'élèves », relève-t-il.
L'impact économique
L'UNRWA envisage de réduire la semaine scolaire en raison de ses propres difficultés financières, consécutives notamment à l'arrêt des financements américains. Dans le nord de la Cisjordanie, où les opérations militaires israéliennes ont entraîné le déplacement de 35.000 personnes en 2025, certains écoliers ont perdu jusqu'à 45% de leur temps scolaire.
Des écoles menacées de fermeture
Des écoles palestiniennes sont aussi menacées de démolition ou fermées par les autorités israéliennes, comme six écoles de l'UNRWA à Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël.
« Les opportunités que nous avions en matière d'éducation étaient bien meilleures que celles qui s'offrent aujourd'hui à cette génération », constate Aisha Khatib, 57 ans, directrice de l'école des jumeaux. Les enseignants « sont censés envisager un avenir radieux et réussi », remarque Tamara Shtayyeh. « Mais ce que nous constatons, c'est que les choses ne cessent d'empirer. »











