« Lorsqu'un juif est en danger, la patrie est en danger » : Emmanuel Macron a dénoncé vendredi « l'hydre antisémite » qui « s'immisce » dans tous les « interstices » de la société française. Le chef de l'État s'exprimait à l'Élysée, vingt ans jour pour jour après l'assassinat d'Ilan Halimi, jeune juif séquestré et torturé à mort par le « gang des barbares » dirigé par Youssouf Fofana.
Macron dénonce les « visages nouveaux » de l'antisémitisme
« C'est parce qu'il était juif qu'il subit un supplice innommable, calvaire de 24 jours venu du fond des âges », a lancé le président en présence de la famille d'Ilan Halimi, avant de planter un chêne à sa mémoire dans les jardins de l'Élysée.
Vingt ans après les faits, l'antisémitisme prend des « visages nouveaux », « islamiste », « antisioniste », « d'extrême droite » et « d'extrême gauche », a détaillé Emmanuel Macron. « En 20 ans et malgré l'action résolue de nos policiers, gendarmes, magistrats, professeurs, élus, l'hydre antisémite n'a cessé de progresser », a-t-il relevé.
L'avis de le ministère de l'Intérieur
Selon le ministère de l'Intérieur, les actes antisémites ont diminué de 16 % pour atteindre 1 320 en 2025, mais « n'ont jamais été aussi élevés que pendant les trois dernières années » et représentent 53 % de l'ensemble des faits antireligieux. Leur forte hausse fait suite à l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, suivie du lancement de l'offensive israélienne à Gaza.
Inéligibilité obligatoire et renforcement des peines
Le chef de l'État a pointé l'antisémitisme qui « s'appuie sur la critique de la politique menée par Israël pour décrédibiliser, assigner, nier le droit à l'existence de l'État hébreu et finit par nier le droit des juifs eux-mêmes à vivre ». Il a également dénoncé « celui-là même qui, dans une inversion historique vertigineuse, entend faire des juifs des génocidaires ».
Devant des représentants de l'autorité judiciaire, Emmanuel Macron a annoncé que le gouvernement allait « travailler » à un renforcement de la pénalisation des actes antisémites, jugée « trop souvent dérisoire ». Il a prôné une « peine d'inéligibilité obligatoire » pour les élus coupables « d'actes et propos antisémites, racistes et discriminatoires ».
Le président sest aussi directement adressé
Le président s'est aussi directement adressé aux juifs de France, alors qu'un nombre croissant d'entre eux prennent le chemin d'Israël, avec 3 300 arrivées en 2025, soit une hausse de 45 %. « Votre place est ici, pas simplement parce que c'est votre pays, mais parce que la France a besoin de vous pour rester elle-même », a-t-il déclaré.
Un chêne planté et des hommages sur tout le territoire
Accompagné d'une soeur d'Ilan Halimi, Anne-Laure Abitbol, Emmanuel Macron a planté un chêne de 20 ans, « symbole d'enracinement de la mémoire d'Ilan Halimi dans la République », selon l'Élysée. L'arbre a une place d'honneur au plus près du palais présidentiel, alors que d'autres arbres plantés à la mémoire du jeune homme ont été vandalisés ces derniers mois.


Pour le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, il était « important » de « dire aux Français juifs qu'ils ne sont pas seuls face à l'antisémitisme ».
Au même moment Marine Le Pen
Au même moment, Marine Le Pen et le juriste franco-israélien Arno Klarsfeld ont rendu hommage ensemble à Ilan Halimi à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). « Gardons en mémoire notre devoir de lutte, constante, exigeante, contre toutes les manifestations de ce nouvel antisémitisme qui prospère sur notre sol », a déclaré la cheffe de file du Rassemblement national.
En remettant à Matignon le prix Ilan Halimi, qui récompense des initiatives de jeunes contre l'antisémitisme, le Premier ministre Sébastien Lecornu a invité la jeunesse au « combat culturel, politique, intellectuel » contre l'antisémitisme. Cinq projets portés par des lycées, collèges et collectifs étudiants de Tours, Sainte-Geneviève-des-Bois, Maîche, Clermont-l'Hérault et Marseille ont été récompensés.











