La fermeture d'une raffinerie émiratie, l'une des plus grandes au monde, après une attaque de drone iranien, vient souligner mardi 10 mars la menace de Téhéran de bloquer les exportations de pétrole du Moyen-Orient tant que la guerre se poursuivra. Les États-Unis ont prévenu l'Iran que cette journée serait la plus intense des bombardements depuis le début du conflit, le 28 février.
Le pétrole comme arme de guerre
La raffinerie de Ruwais aux Émirats arabes unis a été fermée à la suite d'une attaque de drones, selon une source proche du dossier. « Nous avons vu deux boules de feu s'élever du complexe, accompagnées de bruits forts ressemblant à des explosions », a raconté sous couvert d'anonymat un chauffeur de taxi venu chercher le personnel évacuant la raffinerie. Officiellement, aucune destruction n'a été annoncée.
Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution, a prévenu que les forces armées iraniennes « n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires ». Cette menace vise le détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, et que l'Iran contrôle de facto.
Les cours du brut, après leur envolée de lundi, se sont stabilisés mardi, mais la volatilité reste forte. Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank, a jugé « rare que les marchés connaissent une telle volatilité ». Amin Nasser, patron du géant saoudien Aramco, a résumé : « Il est absolument crucial que le transport maritime reprenne dans le détroit. »
Escalade militaire : « le jour le plus intense des frappes »
Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a annoncé que mardi serait « le jour le plus intense des frappes ». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis de briser « les os » du pouvoir iranien.
À Téhéran, de puissantes explosions ont été entendues à la mi-journée dans le centre et plusieurs quartiers. Les habitants témoignent de commerces aux rideaux baissés, d'écoles fermées et de communications restreintes, seul l'intranet local fonctionnant. « Il y a des hommes armés dans les rues. À bord de gros véhicules. La seule chose qu'on voit d'eux, ce sont leurs yeux », témoigne une habitante jointe par l'AFP.
L'Iran n'était pas en reste, annonçant en début de soirée une nouvelle salve de missiles sur Israël, notamment Tel-Aviv, et sur des cibles américaines au Moyen-Orient. Le président Donald Trump a évoqué lundi l'éventualité d'une guerre qui pourrait se terminer « bientôt », mais la portée de ces propos restait inconnue.
Pouvoir iranien : un guide suprême absent
L'ayatollah Mojtaba Khamenei, désigné dimanche guide suprême après la mort de son père dans des frappes israélo-américaines au premier jour de la guerre, n'est toujours pas apparu en public deux jours après sa désignation. Selon la télévision d'État iranienne, il aurait été « blessé » dans le conflit en cours. Son épouse a également été tuée.

Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale, a menacé Donald Trump sur X : « Faites attention à ne pas être éliminé vous-même ! » Mohammad Bagher Ghalibaf, président du parlement, a promis une réplique « œil pour œil, dent pour dent ». Le ministère du Renseignement a annoncé mardi l'arrestation de trente personnes pour espionnage présumé.
Répercussions régionales et humanitaires
En Europe, le commissaire européen chargé de l'énergie Dan Jorgensen a recommandé aux États membres de baisser les taxes sur l'énergie pour compenser la hausse des prix. Le chancelier allemand Friedrich Merz a déploré l'absence d'un « plan commun » américano-israélien pour arrêter les hostilités, appelant à éviter « une guerre sans fin ».

Les frappes attribuées à l'Iran ont continué d'affecter les pays voisins : le Koweït et l'Arabie saoudite ont dit avoir abattu des drones, Bahreïn a déploré deux morts dans une frappe sur un immeuble résidentiel. L'Irak, qui tire 90 % de ses revenus de l'or noir, a indiqué chercher des voies alternatives pour ses exportations pétrolières.
Au Liban, l'armée israélienne a poursuivi sa campagne visant le Hezbollah dans le sud et l'est du pays. Les forces israéliennes ont prévenu de frappes sur Tyr et Saïda, appelant les habitants à évacuer. Plus de 667 000 personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes au Liban, dont 100 000 en 24 heures, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés.











