Chassé par des inondations dévastatrices de son village du nord-ouest du Maroc, Ahmed El Habachi croyait à un exil temporaire. Trois semaines plus tard, ce plâtrier de 37 ans rompt le jeûne du ramadan sous une tente, dans le camp provisoire de la région de Kénitra.
Le ramadan dans la précarité
« On prépare le ftour avec les moyens du bord », confie Ahmed El Habachi à l'AFP. Quelques dizaines de toiles restent alignées sur la terre humide. A l'approche du coucher du soleil, des femmes s'affairent autour de petits réchauds. Sans eau courante, elles improvisent. A la nuit tombée, la lumière vacillante des bougies supplée l'électricité, absente.
Les responsables du camp distribuent de l'eau et un sac de riz par jour. Mais pour Fatima Laaouj, 60 ans, « le ramadan n'a rien à voir avec ce que nous vivons d'habitude ». « Nous manquons de tout : de pain, de harira, même de lait. Comment en acheter alors que nous n'avons pas d'argent ? Les terres agricoles sont détruites », déplore cette cueilleuse de framboises.
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Des villages encore dans la boue
Pour Ahmed El Habachi, retourner à Ouled Amer, à 35 kilomètres, n'est pas une option. « Il y a encore de la boue jusqu'au genou », explique-t-il en montrant des vidéos de sa maison, dont la moitié des murs a été emportée par les crues.


A Mograne, commune située à la confluence du fleuve Sébou, les habitants avancent encore dans la boue. Yamna Chtata, 42 ans, s'apprête à vivre le ramadan hors de sa maison pour la première fois en 20 ans. Sa petite maison, dont les murs menacent de s'effondrer, est devenue inhabitable.
Nous ne célébrons pas le ramadan
« Nous ne célébrons pas le ramadan. J'ai deux filles qui sont actuellement souffrantes à cause de la gravité de la situation », affirme-t-elle, la voix brisée par les sanglots.
Un retour à la normale dans plusieurs mois
Plus de 180 000 personnes ont été évacuées et quatre sont mortes dans ces inondations provoquées par des pluies exceptionnelles fin janvier et début février, selon les autorités. Mansour Amrani, 59 ans, agent de sécurité, veut malgré tout préparer le couscous du vendredi avec sa famille. « Nous avons peur que la maison s'écroule sur nos têtes », souffle-t-il.


Pour Abdelmajid Lekihel, marchand ambulant de 49 ans, « les produits alimentaires ne sont plus disponibles comme avant » : le marché du village fonctionne au ralenti. Et « la boue empêche d'aller voir un voisin, un membre de la famille ou un ami ». Cette année, « nous vivons le ramadan au jour le jour ».











