À Aïcha Bakkar, quartier populaire de Beyrouth bombardé par Israël mercredi, une femme voilée de noir traverse la rue en pleurant. « Nous voulons juste vivre en paix », lâche-t-elle. Comme elle, de nombreux habitants accusent le Hezbollah d'avoir entraîné le Liban dans « la guerre de trop ».
Dans les décombres, la colère dépasse les clivages confessionnels
Venue inspecter les dégâts chez un de ses proches, Amal Hisham, 46 ans, découvre un salon dévasté par les éclats de verre. « Je n'ai que faire du Hezbollah et de tous les autres [...] Israël est un État terroriste. Ce sont tous des terroristes qui s'entretuent », s'emporte-t-elle auprès de l'AFP.
Le mouvement chiite pro-Iran avait observé une relative retenue depuis sa dernière guerre avec Israël, achevée en novembre 2024. Mais le 2 mars, ses combattants ont lancé des missiles sur Israël pour venger la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour des attaques israélo-américaines sur l'Iran.
« Le Hezbollah doit remettre ses armes à l'État, un point c'est tout », assène Randa Harb, qui tient une échoppe de fruits et légumes dans ce quartier à majorité sunnite.
Le Hezbollah perd le soutien de sa propre base
Muhammad Ahmad, 42 ans, affirme que la présence de combattants du Hezbollah dans le quartier constitue « un grand danger ». « S'ils veulent mourir en martyrs, qu'ils restent chez eux et se sacrifient tout seuls », ajoute ce père de famille.


Tony Saab, patron d'une épicerie dans le quartier chrétien de Mar Michael, résume le sentiment partagé par beaucoup : « Le Hezbollah prend les décisions sans se soucier ni du pays ni de sa propre base. Il mène des combats absurdes. À quoi bon ? Vous tirez un missile, ils en tirent cent en retour ».
Le soutien au Hezbollah divise désormais au sein même de la communauté chiite. « Personne ne voulait de cette guerre. Qui voudrait aller se suicider ? », confie Lina Hamdan, avocate issue d'une famille intellectuelle chiite. Elle estime que cette guerre « sera un tournant » pour l'avenir politique et militaire du mouvement.
Des déplacés livrés à eux-mêmes
Hiam, 53 ans, mère de famille réfugiée dans une école transformée en centre d'accueil, s'interroge : « Quel était le but de cette guerre ? Rien de tout cela n'a de sens. » Le Hezbollah, qui gérait des écoles, des hôpitaux et des organisations communautaires, venait autrefois en aide aux déplacés.


« Cette fois, nous sommes livrés à nous-mêmes », constate Hiam. Aziza, un bébé dans les bras, affirme avoir accueilli des familles chiites lors de la guerre de 2024, mais refuse désormais de recevoir « des étrangers à sa communauté », après que des partisans du Hezbollah ont tiré sur son fils.











