En froid avec son voisin après des affrontements meurtriers, l'Afghanistan a interdit toute importation de médicaments pakistanais en février 2026. Les autorités talibanes entendent développer leur propre industrie pharmaceutique et diversifier leurs sources d'approvisionnement, mais la transition s'avère difficile pour un pays de plus de 45 millions d'habitants.
Une interdiction motivée par la contrefaçon
En novembre dernier, un mois après des affrontements meurtriers, les autorités talibanes ont annoncé vouloir mettre fin à la dépendance historique de l'Afghanistan aux médicaments pakistanais. La longue frontière entre les deux pays est fermée depuis environ quatre mois.
« Le plus gros problème avec les médicaments pakistanais est que nous recevions des contrefaçons, principalement à travers des voies d'acheminement illégales », indique Sharafat Zaman, porte-parole du ministère de la Santé afghan. « Le ministère des Finances exhorte une nouvelle fois tous les hommes d'affaires à importer des médicaments via des sources légales autres que le Pakistan », ajoute Abdul Qayoom Naseer, porte-parole du ministre des Finances.
Des ruptures de stock et des prix en hausse
Le défi est immense pour un pays qui importait plus de la moitié de ses médicaments du Pakistan. « Le prix de certains médicaments pakistanais a augmenté, pour d'autres, il y a rupture de stock, ça crée beaucoup de problèmes pour les gens », constate Mujeebullah Afzali, pharmacien de 31 ans à Kaboul.
L'approvisionnement en médicaments fabriqués en Inde, qui transitaient auparavant par la ville pakistanaise de Karachi, est aussi affecté. « Maintenant, nous devons les faire venir par Islam Qala (le point frontière avec l'Iran), ce qui a fait augmenter de 10 à 15% les prix du transport », explique le pharmacien. Les coûts de transport représentaient 6 à 7% du prix d'achat en gros, ils atteignent désormais 20 à 30%, selon une source du secteur pharmaceutique.
Dans les hôpitaux et cliniques les
Dans les hôpitaux et cliniques, les médecins rencontrent des difficultés pour remplacer les médicaments pakistanais. « Ils doivent trouver des solutions de remplacement et passer plus de temps à ajuster les traitements », rapporte une source d'un établissement de Kaboul. Les patients font face à « des médicaments en rupture de stock, de nombreux changements de prescriptions et parfois des coûts plus élevés ».
La diversification des fournisseurs
Le ministère de la Santé travaille activement avec l'Inde, l'Iran, le Bangladesh, l'Ouzbékistan, la Turquie, la Chine et le Belarus pour diversifier ses sources. « L'Inde était le deuxième fournisseur, ce qui veut dire que nous pouvons maintenant compenser grâce aux médicaments indiens », affirme Sharafat Zaman.

L'industrie locale se développe. L'entreprise afghane Milli Shifa Pharmaceutical produit 100.000 bouteilles de sérums par jour et « peut doubler cette production » selon son PDG Nasar Ahmad Taraki. La production de 600 types de médicaments, dont des antibiotiques et du paracétamol, « a résolu en grande partie les problèmes des patients », soutient le porte-parole du ministère.
Des obstacles structurels persistants
L'industrie pharmaceutique afghane « peine à répondre à la palette totale des besoins du secteur de la santé », souligne un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Le coût de l'énergie, les infrastructures insuffisantes et la nécessité d'importer les substances de base freinent l'autosuffisance.
Certains médicaments produits localement sont plus chers que ceux importés du Pakistan. Les patients restent aussi réticents au changement. « Ils pensent qu'en utilisant les médicaments pakistanais, ils seront bien soignés et que ce ne sera pas le cas avec des produits d'Inde ou d'autres pays », relève une source du secteur.











