Le Parlement européen a validé jeudi 26 mars un durcissement majeur de la politique migratoire du continent. Par un vote à large majorité, les eurodéputés ont approuvé le concept de « hubs de retour » : des centres situés en dehors de l'Union européenne où seront envoyés, et potentiellement détenus, les migrants dont la demande d'asile a été rejetée. La droite et l'extrême droite ont salué le résultat par un tonnerre d'applaudissements dans l'hémicycle.
Le vote : un basculement politique autant que migratoire
Le texte, présenté il y a un an par la Commission européenne, vise à augmenter le nombre d'expulsions effectives. Le constat de départ est accablant : seules 20 % des décisions d'expulsion prises au sein de l'UE aboutissent réellement. Les quatre cinquièmes restants tombent dans un vide administratif.
Giorgia Meloni, cheffe du gouvernement italien et figure de proue de cette politique, a salué « une étape importante pour donner à l'Europe une politique migratoire enfin plus crédible ». Le texte fait désormais l'objet de négociations finales à Bruxelles.
Au-delà du contenu, c'est la méthode qui marque un tournant. Le vote a été rendu possible par une collaboration renforcée entre élus de droite (PPE) et d'extrême droite au Parlement européen — une alliance qui a provoqué des remous jusqu'en Allemagne, où le chancelier Friedrich Merz l'a vivement critiquée.
« L'histoire se souviendra que la droite dite modérée a sonné le glas du peu qui restait du cordon sanitaire, par une collaboration active avec l'extrême droite dans l'écriture de ce texte », a lancé l'eurodéputée écologiste Mélissa Camara.
Les précédents qui ne rassurent pas
L'externalisation de la gestion migratoire n'est pas une idée neuve. Deux expériences récentes en montrent les limites.

Sous l'impulsion de Giorgia Meloni, l'Italie a ouvert un centre de détention en Albanie. Le projet, conçu comme vitrine, est resté largement vide pendant des mois, paralysé par une série de contestations judiciaires. En février 2026, il accueillait environ 90 personnes, selon une source au sein des autorités italiennes.
Le Royaume-Uni avait signé un accord similaire avec le Rwanda. Londres a rapidement abandonné le projet face aux obstacles juridiques. Les deux pays s'affrontent désormais devant les tribunaux.
Malgré ces échecs, un groupe de cinq États membres — Danemark, Autriche, Grèce, Allemagne et Pays-Bas — s'est formé pour étudier ces deux modèles et tirer les leçons de leurs « erreurs », selon un diplomate européen. L'objectif, formulé par le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt : « conclure d'ici la fin de l'année des accords avec des pays tiers afin de passer à l'étape suivante, la mise en place de ces centres de retour ».
Ce que le texte change concrètement
Au-delà des hubs, le texte adopte un arsenal de mesures destinées à rendre les expulsions plus effectives : confiscation de documents d'identité, allongement des détentions, interdictions d'entrée prolongées sur le territoire de l'UE.

Une innovation juridique se détache : la reconnaissance mutuelle des décisions d'expulsion entre États membres. Concrètement, une décision prise en France pourrait s'appliquer en Espagne, et inversement. C'est la fin du cloisonnement national qui permettait à un débouté de circuler d'un pays à l'autre sans être inquiété.
Marta Welander, de l'ONG International Rescue Committee, dénonce « un recul historique des droits des réfugiés » et s'inquiète de « la multiplication des détentions de personnes vulnérables, y compris d'enfants ».
La France en retrait, l'Europe fracturée
La France et l'Espagne se sont montrées sceptiques quant à l'efficacité des hubs et sont restées en retrait des discussions. Une position qui reflète un malaise : soutenir publiquement l'externalisation reviendrait à légitimer une politique portée par l'extrême droite, tandis que s'y opposer frontalement isolerait Paris dans un contexte européen où la majorité des États réclament un durcissement.

Ce vote intervient dans un contexte migratoire aggravé par la guerre au Moyen-Orient. Depuis le début du conflit en Iran, les flux de réfugiés vers l'Europe sont sous pression, tandis que la Méditerranée connaît un début d'année record en termes de victimes — 655 morts entre janvier et février 2026, en hausse de 128 %.
Prochaines étapes
Le texte entre en négociations finales entre le Parlement et les États membres. Si ces négociations aboutissent, les premiers accords avec des pays tiers pourraient être signés d'ici fin 2026. Mais l'expérience italienne et britannique montre que le véritable obstacle n'est pas politique — il est judiciaire. Chaque hub devra résister à l'examen des cours européennes, qui ont systématiquement freiné les tentatives précédentes.











