Cinq candidats potentiels, aucune dynamique commune. À un an de la présidentielle de 2027, la gauche non mélenchoniste n'arrive pas à s'organiser. La primaire prévue le 11 octobre 2026 est menacée d'annulation après les municipales, qui ont affaibli ses deux principaux défenseurs : le premier secrétaire du PS Olivier Faure et la patronne des Écologistes Marine Tondelier. « La primaire est morte faute de combattants », assène un socialiste, opposant de Faure.
Le bureau national qui a tout fait basculer
Le bureau national du Parti socialiste du mardi 25 mars a viré à la crise interne. Boris Vallaud, chef des députés socialistes et ancien allié d'Olivier Faure au dernier congrès, a présenté une résolution cosignée avec l'ensemble des opposants du premier secrétaire. Le texte accuse la direction d'avoir donné un blanc-seing aux alliances de second tour nouées dans certaines villes avec La France insoumise aux municipales.
Le vote a mis Faure en minorité — un signal fort dans un parti qu'il dirige depuis 2018. « La défiance vis-à-vis d'Olivier est majoritaire, il ne peut plus faire voter les militants », avance un élu socialiste. Faure, qui stagne autour de 5 % dans les sondages présidentiels, a assuré jeudi 26 mars sur BFMTV qu'il n'y aurait « pas d'accord national » avec LFI pour 2027.
Tondelier affaiblie, Glucksmann absent, Ruffin en cavalier seul
Marine Tondelier, qui avait annoncé sa participation à la primaire avant les municipales, pâtit du bilan de son parti, qui a perdu plusieurs grandes villes lors du second tour du 22 mars. « Tondelier est affaiblie », résume un socialiste. Le camp Faure comptait sur ces résultats médiocres pour imposer le premier secrétaire comme figure naturelle du processus — mais sa propre déroute au bureau national a ruiné cette stratégie.

Raphaël Glucksmann, leader de Place publique et seul candidat de la gauche non mélenchoniste à dépasser régulièrement les 10 % dans les sondages, refuse de participer à la primaire. Sans lui, le processus perd une grande partie de son utilité stratégique. Boris Vallaud l'a dit sans détour : sans Glucksmann, « une victoire est impossible pour la gauche ».
François Ruffin, député de Debout!, a indiqué qu'il se mettrait « en position de porter une candidature propre » si la primaire échoue. Clémentine Autain (L'Après) participe au processus, mais reste marginale dans les sondages. Et Jean-Luc Mélenchon, hors du périmètre de cette primaire, n'a aucune intention de s'effacer.
Deux visions irréconciliables au PS
La fracture dépasse les querelles de personnes. Elle oppose deux stratégies pour 2027. Olivier Faure défend une candidature unique de la gauche non mélenchoniste, issue d'une primaire ouverte. Il prévient : si chacun se décide par « ego mal placé », « on aura la même chose que le 21 avril 2002 » — référence à l'élimination de Lionel Jospin au premier tour face à Jean-Marie Le Pen.

En face, le courant porté par le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol préfère un candidat issu d'un périmètre social-démocrate élargi, allant du PS jusqu'à Glucksmann et l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve. Vallaud s'est rallié à cette ligne début février.
Sébastien Vincini, président du département de Haute-Garonne et pourtant proche de Faure, reconnaît que la démarche de rassemblement « a du sens » mais rejette la primaire, qu'il décrit comme « un dispositif d'exacerbation des différences ». Même dans le camp Faure, « personne ne croit plus beaucoup à la primaire », concède Luc Broussy, président du conseil national du PS.
Pendant ce temps, le RN engrange
Pendant que la gauche se neutralise, le Rassemblement national a conquis 57 mairies au second tour des municipales, contre 9 en 2020. Comme nous l'analysions dans notre décryptage de la conquête RN des villes moyennes, le parti de Jordan Bardella a méthodiquement ciblé les communes de 5 000 à 50 000 habitants — une stratégie d'enracinement territorial que la gauche est incapable de contrer tant qu'elle n'a pas de candidat commun.
À droite, Les Républicains éclatent à leur tour : David Lisnard, maire de Cannes, a quitté le parti en dénonçant un processus de désignation « truqué ». Le paysage politique français est plus fragmenté que jamais à un an du scrutin. La gauche non mélenchoniste pourrait aligner cinq candidats : Faure, Tondelier, Ruffin, Glucksmann et potentiellement Cazeneuve. Avec Mélenchon, cela ferait six candidats à gauche. Le scénario du 21 avril 2002 qu'évoque Faure n'est pas une figure de style — c'est une possibilité arithmétique.
Ce qui vient
Les militants socialistes doivent être consultés sur la primaire, a promis Faure. Mais après le vote de mardi, sa capacité à organiser cette consultation est remise en question. Marine Tondelier prévient : « Si les socialistes ne viennent pas, ils plombent la primaire c'est sûr. » Dans ce cas, « la question d'une candidature écologiste va se poser ».
Vendredi 27 mars, une tribune publiée dans Libération, signée par le philosophe Étienne Balibar et l'économiste Thomas Piketty, a tenté de ranimer le processus en appelant « tous les partis de gauche » à participer. Un appel qui ressemble à un dernier recours. Comme nous le suivons dans notre dossier présidentielle 2027, le temps joue contre la gauche : chaque semaine sans dynamique commune est une semaine gagnée pour le Rassemblement national.










