Des milliers d'enfants déportés vers la Russie
La Commission d'enquête internationale indépendante sur l'Ukraine, créée en 2022 par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, a publié mardi 10 mars 2026 un rapport accusant la Russie de « crimes contre l'humanité ». Les enquêteurs concluent que les autorités russes ont commis des actes de « déportation et transfert forcé » ainsi que de « disparition forcée d'enfants » ukrainiens.
Selon ce rapport, les autorités russes ont « déporté ou transféré des milliers d'enfants des zones qu'elles occupaient en Ukraine » dès le début de leur offensive en février 2022. La commission a confirmé l'expulsion ou le transfert de 1 205 enfants, tandis que Kiev avance le chiffre de près de 20 000 enfants emmenés de force.
La Russie a affirmé avoir déplacé certains enfants pour les protéger de la menace d'hostilités. La commission rétorque que le droit international humanitaire exige que de telles évacuations soient « temporaires et motivées par des raisons impérieuses de santé ou de sécurité ». Or, 80 % des enfants examinés dans les cas traités par la commission ne sont pas rentrés chez eux.
Une politique pilotée « au plus haut niveau de l'État »
Les preuves recueillies démontrent selon la commission que les autorités ont suivi une politique conçue et mise en œuvre « au plus haut niveau de l'appareil d'État », confirmant l'implication « directe » du président Vladimir Poutine. La Cour pénale internationale avait émis un mandat d'arrêt contre lui en 2023 pour « déportation illégale » d'enfants.
Les enquêteurs ont constaté que « les adoptions et les placements de longue durée ont été prioritaires », que les proches des enfants n'ont pas été informés de leur sort, et que les retours organisés ont été « entravés ». Ces enfants ont été « élevés dans un environnement étranger, loin de leurs familles, parfois à des milliers de kilomètres de l'Ukraine ».
En décembre 2025, l'Assemblée générale de l'ONU avait appelé au retour immédiat et inconditionnel des enfants « transférés de force » en Russie dans une résolution non contraignante. La question reste au cœur de chaque cycle de négociations entre Kiev et Moscou.
Procès inéquitables et violences dans l'armée russe
Le rapport va au-delà de la question des enfants. La commission affirme que les tribunaux russes et ceux des zones ukrainiennes occupées ont privé les civils et prisonniers de guerre de garanties à un procès équitable. Les enquêteurs dénoncent le recours à des preuves fabriquées ou obtenues sous la torture.
Des soldats russes ayant déserté ont décrit des violences infligées par leurs commandants, révélant selon la commission « un mépris total pour la vie et la dignité humaines ». Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andreï Sybiga, a salué le rapport sur X et appelé à « mettre fin à l'impunité dont jouit la Russie ».
Concernant l'Ukraine, le rapport signale une définition trop large du crime d'« activités de collaboration » avec l'ennemi, ainsi que des violations lors de la mobilisation militaire, dont des détentions irrégulières et des pressions contre des objecteurs de conscience. La commission, non reconnue par Moscou, présentera son rapport jeudi devant la 61e session du Conseil des droits de l'homme à Genève.











