Il y a des decisions qui ne se mesurent pas a l'echelle d'un mandat presidentiel, mais a celle d'une generation. En abrogeant le texte adopte sous Barack Obama qui servait de fondement juridique a la reglementation des emissions de gaz a effet de serre, Donald Trump ne pose pas un simple acte politique : il modifie l'architecture meme de la lutte climatique mondiale.
Ce que Trump a reellement abroge — et pourquoi cela depasse les Etats-Unis
Le texte vise par Trump donnait a l'Agence de protection de l'environnement (EPA) l'autorite de reglementer les emissions de gaz a effet de serre. Sans ce cadre juridique, les normes d'emissions pour les vehicules tombent immediatement, et la voie est ouverte a l'annulation des reglementations sur les rejets des centrales electriques.
Cela « va faire economiser des milliers de milliards de dollars aux consommateurs americains » en faisant baisser le cout des voitures, a assure le president americain depuis la Maison Blanche. L'argument economique masque une realite geopolitique : les Etats-Unis, premier contributeur historique des emissions qui rechauffent la planete, se retirent de facto de tout engagement contraignant.
Combine au retrait des accords de Paris decide des le retour de Trump a la Maison Blanche, ce demantelement reglementaire vide les engagements internationaux de leur substance. Les accords de Paris reposaient sur un principe : chaque pays se fixe des objectifs et les respecte. Sans les Etats-Unis, ce mecanisme perd sa credibilite.
L'Europe face a un dilemme concret
Pour l'Europe, les consequences ne sont pas abstraites. Si les constructeurs americains ne sont plus soumis a des normes d'emissions, les constructeurs europeens qui investissent massivement dans la transition electrique se retrouvent en position de desavantage competitif. La tentation de relacher les exigences europeennes pourrait croitre, surtout dans les pays ou l'industrie automobile pese lourd — Allemagne, France, Italie.
En France, ou le secteur automobile emploie plus de 200 000 personnes, la question n'est pas theorique. Les normes Euro 7, deja jugees couteuses par les constructeurs, deviennent plus difficiles a justifier politiquement quand le principal concurrent mondial s'en affranchit.
Au-dela de l'automobile, le signal envoye aux pays emergents est desastreux. Pourquoi la Chine, l'Inde ou le Bresil maintiendraient-ils des efforts climatiques couteux si la premiere puissance mondiale y renonce ostensiblement ?
Obama, Newsom et la fracture americaine
Sans ce texte fondateur, « nous serons moins en securite, en moins bonne sante et moins a meme de combattre le changement climatique — tout cela pour que l'industrie des energies fossiles puisse gagner encore plus d'argent », a denonce sur X l'ancien president Barack Obama.
Ce retour en arriere « trahit le peuple americain et consacre le Parti republicain comme le parti pro-pollueurs », a accuse le gouverneur democrate de Californie, Gavin Newsom, qui s'est impose comme l'un des principaux opposants a la politique environnementale de Donald Trump.
La fracture est profonde. La Californie, sixieme economie mondiale, maintient ses propres normes environnementales et pourrait servir de laboratoire alternatif. Mais un Etat, aussi puissant soit-il, ne peut compenser le desengagement d'un pays entier.
L'abrogation de ce cadre reglementaire pose une question que l'Europe devra trancher : continuer seule sur la voie de la transition, au risque de l'isolement economique, ou s'adapter a un monde ou le premier pollueur historique a decide que le climat n'etait plus sa priorite.
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