La caméra d'un drone piloté par l'unité d'Ali s'est figée à cause du froid, faisant échouer une mission destinée à contrecarrer une attaque russe. Cet incident illustre les conséquences d'un hiver particulièrement rigoureux sur le conflit en Ukraine, qui traverse sa saison la plus froide depuis le début de l'invasion russe en 2022.
Les drones paralysés par le gel
Sur le front, long de 1.200 kilomètres, le froid complique le fonctionnement des drones, outil central de la tactique des deux camps. « Les batteries se déchargent plus rapidement, les caméras et les câbles gèlent, ils sont tout simplement recouverts de glace », résume Ali, identifié par son nom de guerre conformément au protocole militaire.
Ces engins, peu coûteux à produire, sont utilisés par centaines chaque jour pour repérer les positions adverses, larguer des grenades ou percuter véhicules et bâtiments. Près du front sud, Nazariï, commandant de la 18e brigade, confirme la difficulté. « Gel, nuages bas, brouillard. Dans de telles conditions météorologiques, il est difficile pour un drone de voler. Il peut y avoir un court-circuit, il peut se briser en plein vol », explique-t-il.
Denys Chtilierman constructeur en chef chez
Denys Chtilierman, constructeur en chef chez Firepoint, fabricant de drones à longue portée, a trouvé une solution pour l'isolation. « Nous les enduisons simplement de graisse et ils décollent. Je rigole, mais c'est ainsi », lance-t-il. « Les drones sont utilisés quelles que soient les conditions. Nous avons certaines limites, mais nous devons les utiliser », tranche-t-il.
La neige, piège mortel pour les troupes
Si le froid pose un défi technique, il rend aussi les drones plus dangereux pour les soldats au sol. « Il est très facile de voir où quelqu'un a marché ou roulé, car les traces ressortent nettement dans la neige », relève Lafayette, pilote de la brigade Achilles. Certains drones sont équipés de caméras thermiques pour repérer la chaleur corporelle, plus visible en hiver.
« L'infanterie qui quitte ses positions est littéralement détruite parce qu'elle n'a nulle part où se cacher », témoigne Kolesso, un fantassin ukrainien de 31 ans. Plusieurs responsables militaires ukrainiens ont mentionné des périodes de baisse d'intensité des assauts russes en janvier et février en raison du froid glacial.
Des blessures aggravées par l'hypothermie
Dans le froid, les blessures deviennent rapidement mortelles car l'hypothermie affaiblit la capacité du corps à faire face aux traumatismes. Les gelures aux membres sont fréquentes, confirme Nastia, ambulancière de la brigade Da Vinci Wolves.
« Les blessés ne meurent pas seulement à cause des éclats d'obus et des balles, ils meurent aussi à cause du froid », qui est « un sombre compagnon », explique-t-elle. Le froid est « un ennemi très insidieux » à ne pas sous-estimer.
La crise énergétique en toile de fond
La Russie a profité de cet hiver pour intensifier ses frappes sur les infrastructures essentielles, coupant l'électricité et le chauffage pour des centaines de milliers de foyers. Cette offensive a entraîné la pire crise énergétique en Ukraine depuis le début de la guerre.
Malgré ces conditions, les soldats ukrainiens n'ont d'autre choix que de poursuivre le combat. « Nous sommes en guerre. Nous travaillons par tous les temps », tranche Nazariï.











