L'ironie est cruelle. Depuis deux semaines, l'Ukraine — dont les demandes d'aide militaire auprès de Washington restent largement sans réponse — protège les bases américaines au Moyen-Orient avec la seule ressource que personne ne peut lui contester : son expertise de la guerre des drones.
Des spécialistes ukrainiens déployés en Jordanie
Selon Al Jazeera, Kiev a envoyé des équipes de spécialistes de la lutte antidrone en Jordanie, où plusieurs installations militaires américaines sont exposées aux frappes iraniennes. Ces techniciens, formés par deux ans de guerre contre les drones Shahed russes, maîtrisent les techniques de brouillage, de détection et d'interception que peu d'armées au monde ont eu l'occasion de tester en conditions réelles.
Volodymyr Zelensky a déclaré avoir reçu « onze demandes de protection antidrone » émanant de pays voisins de l'Iran, d'États européens et des États-Unis eux-mêmes. « Nous savons mieux que quiconque comment neutraliser ces menaces », a-t-il affirmé lors de son passage à Paris le 13 mars.
Le paradoxe stratégique
Le décalage est saisissant. L'administration Trump, absorbée par l'escalade au Moyen-Orient, a repoussé sine die les négociations sur l'Ukraine et gelé l'essentiel des livraisons militaires à Kiev. Le Pentagone a redéployé vers le Golfe des moyens initialement destinés à l'Europe de l'Est.
Pendant ce temps, la Russie poursuit ses frappes. Dans la nuit du 13 au 14 mars, environ 70 missiles de croisière (Kalibr, X-101) et plus de 300 drones ont visé la région de Kiev, tuant quatre personnes et endommageant des infrastructures énergétiques. Les centrales thermiques de Trypillia et la sous-station de Nalivaykovka, connecteur entre Kiev et la centrale nucléaire de Rivne, ont été touchées.
L'Ukraine se bat donc sur deux fronts : elle subit les bombardements russes quotidiens tout en exportant son savoir-faire antidrone pour protéger ceux qui ne la protègent plus.
Zelensky joue la carte diplomatique
À Paris, le président ukrainien a multiplié les gestes symboliques. Il a rencontré Reza Pahlavi, fils du dernier shah d'Iran, et plaidé publiquement pour « un Iran libre » — un message à destination de Washington autant que de Téhéran.
Le calcul est transparent : en se rendant indispensable dans le conflit iranien, Kiev espère ramener l'attention américaine sur sa propre guerre. « L'Ukraine n'a pas été oubliée par l'Histoire, elle a été oubliée par un agenda », a résumé un diplomate européen cité par franceinfo.
La guerre qui continue sans caméras
Sur le terrain ukrainien, la situation a évolué sans que personne ne s'en aperçoive. Selon les données cartographiques, la Russie a perdu 57 miles carrés de territoire ukrainien entre le 10 février et le 10 mars 2026 — un recul significatif, passé inaperçu dans le tumulte du Moyen-Orient.
L'Iran a de son côté menacé l'Ukraine de frappes, estimant que Kiev « participe de fait au conflit » en aidant les forces américaines. Une escalade supplémentaire qui confirme, s'il en était besoin, que les deux guerres sont désormais imbriquées.











