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RSA, APL, prime d'activité :
la fusion qui inquiète quatre millions de foyers

Le projet de loi créant l'allocation de solidarité unifiée (ASU) fusionne le RSA, la prime d'activité et les aides au logement. Treize millions de foyers concernés. Quatre millions risquent d'y perdre selon les associations. Le Conseil national de l'habitat a rejeté le texte.

Mis à jour le lundi 8 juin 2026 — 17h26
5 min
Un bureau de la CAF avec le logo RSA affiché sur un écran, France
Treize millions de foyers seraient concernés par la fusion du RSA, des APL et de la prime d'activité.© Jean-François Monier / AFP

Le RSA, la prime d'activité et les aides au logement réunis dans un seul versement : c'est la promesse de l'allocation de solidarité unifiée (ASU). Le projet de loi devait arriver au printemps 2026 ; il a finalement été retiré pour être retravaillé. Treize millions de foyers sont concernés, et derrière l'argument de la simplification, l'étude d'impact recense presque autant de perdants que de gagnants.

Trois aides, un seul versement

Aujourd'hui, un allocataire qui reprend un emploi à temps partiel jongle avec trois calculs. Le RSA repose sur une base de ressources trimestrielle, la prime d'activité sur une base mensuelle, et les APL sur les revenus de l'avant-dernière année. Trois formules, trois calendriers, autant d'occasions d'indus et de trop-perçus à rembourser.

L'ASU unifierait le tout : une base de ressources unique, une définition harmonisée du foyer, une date de calcul commune, et un versement global au lieu de trois. L'objectif affiché est triple — simplifier les démarches, réduire le non-recours, et garantir qu'un revenu d'activité supplémentaire se traduise toujours par un gain net, pour supprimer les « trappes à pauvreté ». En théorie. L'ensemble représente près de 40 milliards d'euros d'aides annuelles.

Gagnants et perdants : ce que dit l'étude d'impact

C'est le cœur de la controverse. Le gouvernement a mis en avant 1,5 million de foyers nettement gagnants, avec un gain moyen d'environ 110 euros par mois. Mais l'étude d'impact du projet, fondée sur les simulations de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES), dresse un tableau plus contrasté : sur la version examinée au printemps 2026, et à budget constant, elle recense 3,77 millions de foyers gagnants et 3,97 millions de perdants — un quasi-équilibre. Parmi les perdants, 1,35 million figurent parmi les 20 % de ménages les plus pauvres, avec une perte moyenne d'environ 50 euros par mois.

ProfilPerte mensuelleMénages concernés
Revenus inférieurs à 830 €/mois−40 € en moyenne629 000
Revenus inférieurs à 1 275 €/mois−80 €724 000
Revenus jusqu'à 1 800 €/mois−100 € en moyenne1 300 000
Propriétaires sans crédit, 1–1,4 SMICjusqu'à −232 €non chiffré

Le mécanisme est largement arithmétique. L'harmonisation des bases de calcul efface des configurations qui jouaient en faveur de certains ménages sous un système, mais pas sous un autre. Les petits propriétaires ayant fini de rembourser leur crédit, par exemple, bénéficiaient d'un calcul d'APL avantageux que l'unification supprime : selon les simulations diffusées par l'association de consommateurs CLCV, un ménage gagnant entre un et 1,4 SMIC, propriétaire d'un logement déjà payé, pourrait perdre jusqu'à 232 euros par mois. La CLCV parle d'un « nouvel appauvrissement », et le syndicat Force ouvrière alerte que « les plus précaires seront perdants ». Ces chiffres portent toutefois sur la version retirée du circuit législatif : ils devront être recalculés si une nouvelle mouture est présentée.

Le non-recours, principal argument du gouvernement

C'est l'argument central des promoteurs de la réforme. Environ un tiers des foyers éligibles au RSA n'en font pas la demande, selon la DREES — près de 600 000 foyers et quelque 3 milliards d'euros qui ne parviennent jamais à leurs destinataires. Complexité des démarches, méconnaissance des droits, crainte du contrôle : l'ASU promet d'y répondre en automatisant le calcul à partir d'un compte social unique croisant données fiscales et sociales.

Le pari suppose toutefois que le non-recours est avant tout technique. Les associations de terrain rappellent qu'une part relève d'un refus assumé — par dignité ou par méfiance envers l'administration —, que l'automatisation ne lèvera pas, sans compter l'illectronisme qui touche encore plusieurs millions de Français. Le gouvernement table, lui, sur 700 000 personnes sorties de la pauvreté à l'horizon 2030.

Du rejet du Conseil de l'habitat au retrait par Matignon

Le 30 avril 2026, le Conseil national de l'habitat (CNH) a rejeté le texte à une large majorité — 31 voix contre, 2 pour, 12 abstentions —, sur fond d'inquiétudes des bailleurs sociaux et des associations de locataires quant à l'impact sur les APL. Son avis n'est pas contraignant, mais le signal politique est lourd.

Dans la foulée, le gouvernement a retiré le projet de l'ordre du jour du Conseil d'État pour le retravailler, invoquant la nécessité de poursuivre la concertation avec les associations, les partenaires sociaux et les groupes politiques. La présentation en Conseil des ministres, un temps annoncée pour le printemps, n'a pas eu lieu, et aucune nouvelle date n'est confirmée. La réforme n'est pas abandonnée — le gouvernement le répète — mais son calendrier est, une fois de plus, repoussé.

Ce qui arrive, et quand

Sur le papier, la séquence restait la suivante : adoption de la loi visée en 2026, ouverture d'un compte social unique en ligne en 2027, puis bascule complète — disparition du RSA, de la prime d'activité et des APL au profit de l'ASU — au 1er janvier 2030. Le retrait du texte rend désormais ce calendrier incertain. Un rapport parlementaire de juillet 2025 chiffrait par ailleurs à au moins 2 milliards d'euros le besoin de financement pour sécuriser la transition, une enveloppe que le gouvernement n'a pas confirmée.

En attendant, rien ne change pour les allocataires actuels : les revalorisations de 2026 s'appliquent normalement, et toute évolution, si elle est votée, sera progressive. Mais pour près de quatre millions de ménages, le mot « simplification » pourrait avoir un coût très concret.

Sources : étude d'impact du projet de loi (simulations DREES) · CLCV · Force ouvrière · Conseil national de l'habitat (avis du 30 avril 2026) · rapport parlementaire de l'Assemblée nationale (juillet 2025) · UNCCAS.

L'essentiel

  • Le projet d'allocation de solidarité unifiée (ASU) fusionnerait le RSA, la prime d'activité et les aides au logement — environ 40 milliards d'euros d'aides — pour 13 millions de foyers.
  • Selon l'étude d'impact (simulations DREES) sur la version examinée au printemps 2026, et à budget constant, la réforme ferait 3,77 millions de gagnants et 3,97 millions de perdants.
  • Parmi les perdants, 1,35 million de ménages figurent parmi les 20 % les plus pauvres et perdraient environ 50 euros par mois.
  • Le 30 avril 2026, le Conseil national de l'habitat a rejeté le texte (31 voix contre) ; il a ensuite été retiré du Conseil d'État par Matignon pour être retravaillé.
  • La réforme n'est pas abandonnée, mais son calendrier est repoussé : aucune nouvelle date de présentation n'est confirmée.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'allocation de solidarité unifiée (ASU) ?
C'est un projet de réforme qui fusionnerait le RSA, la prime d'activité et les aides au logement en un versement unique, avec une base de ressources, une définition du foyer et une date de calcul harmonisées. Il représente près de 40 milliards d'euros d'aides annuelles et concernerait 13 millions de foyers.
Qui serait gagnant ou perdant avec l'ASU ?
L'étude d'impact, fondée sur les simulations de la DREES, recense 3,77 millions de foyers gagnants et 3,97 millions de perdants à budget constant, dont 1,35 million parmi les 20 % les plus pauvres (perte d'environ 50 euros par mois). Le gouvernement met de son côté en avant 1,5 million de gagnants nets, avec un gain moyen de 110 euros. Ces chiffres portent sur la version retirée et devront être recalculés.
Quel est le calendrier de la réforme ?
Sur le papier : adoption de la loi visée en 2026, compte social unique en 2027, bascule complète au 1er janvier 2030. Mais le projet a été retiré du Conseil d'État pour être retravaillé, et aucune nouvelle date de présentation en Conseil des ministres n'est confirmée : le calendrier est désormais incertain.
Pourquoi le projet a-t-il été repoussé ?
Pour trois raisons : sa complexité technique (des aides aux règles et publics différents), sa sensibilité politique (presque autant de perdants que de gagnants), et le rejet du texte par le Conseil national de l'habitat le 30 avril 2026. Matignon l'a retiré du Conseil d'État pour poursuivre la concertation.
Qu'est-ce qui change pour les allocataires actuels ?
Rien dans l'immédiat. Les allocataires du RSA, de la prime d'activité et des APL continuent de percevoir leurs aides selon les règles actuelles, et les revalorisations de 2026 s'appliquent normalement. La bascule vers l'ASU, si elle est votée, sera progressive.

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