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Cadmium :
pourquoi 47 % des adultes français dépassent les seuils

23 à 27 % des enfants de 3 à 17 ans dépassent la dose tolérable de cadmium en France, contre 14 % en 2011. Anses, Sénat, Assemblée : trois actes parlementaires en 2026 demandent l'alignement de la norme française sur la norme européenne.

Mis à jour le mardi 5 mai 2026 — 13h05
10 min
Étiquette de poêle Tefal mentionnant l'absence de PFOA, cadmium et plomb dans le revêtement (Poitiers, 30 mars 2026)
Étiquette d'une poêle Tefal mentionnant un revêtement sans PFOA, cadmium ni plomb. Le cadmium fait l'objet d'une attention croissante des consommateurs comme des industriels — Poitiers, 30 mars 2026.© AFP / Jean-François Fort / Hans Lucas
Mise à jour — 4 mai 2026. L'expertise collective de l'Anses publiée le 25 mars 2026 (étude EAT3 février 2026) recommande d'abaisser le plafond du cadmium dans les engrais minéraux phosphatés à 20 mg/kg de P₂O₅, contre 90 mg/kg actuellement autorisés en France et 60 mg/kg fixés par le règlement européen 2019/1009. Trois actes parlementaires en 2026 demandent l'alignement français sur la norme européenne : amendement n°78 Buffet/Fugit/Cazeneuve/Grégoire (9 février), question écrite Saury (9 avril, réponse ministérielle en attente), e-pétition Baccialone du Sénat (10 avril, 26/100 000 signatures à fin avril). Le 23 avril, l'enquête de 60 Millions de consommateurs sur 12 marques de flocons d'avoine a détecté du cadmium dans la totalité des références testées.

23 à 27 % des enfants de 3 à 17 ans dépassent la dose tolérable de cadmium en France. C'était 14 % en 2011.

Chez les moins de 3 ans, le chiffre monte à 36 %.

L'origine de la contamination est connue, datée, sourcée. Les sols agricoles français reçoivent du cadmium principalement par les engrais minéraux phosphatés, eux-mêmes fabriqués à partir de roches importées qui en contiennent naturellement. La règle européenne plafonne ces engrais à 60 milligrammes de cadmium par kilo de P₂O₅. La règle française autorise jusqu'à 90.

L'écart entre les deux normes est aujourd'hui sur la table. À l'Anses, au Sénat, à l'Assemblée nationale, et dans une e-pétition citoyenne. Reconstitution.

L'expertise Anses du 25 mars 2026 : ce qui a changé

Le 25 mars 2026, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié une expertise collective sur le cadmium. Elle s'appuie sur la troisième étude de l'alimentation totale (EAT3), publiée en février 2026, et sur des travaux conduits depuis quinze ans.

Ses chiffres centraux, comparés à l'édition précédente (2011) :

  • Moins de 3 ans : 36 % dépassent la dose journalière tolérable.
  • 3 à 17 ans : 23 à 27 % dépassent la dose journalière tolérable, contre 14 % en 2011.
  • Adultes : 1,4 à 1,7 % dépassent la dose journalière tolérable, contre 0,6 % en 2011.

Côté apports aux sols agricoles, l'Anses chiffre les sources :

  • Engrais minéraux phosphatés : 55 %
  • Fumiers et lisiers d'élevage : 25 %
  • Dépôts atmosphériques : 14 %
  • Boues d'épuration et composts : 5 %

L'agence formule une recommandation chiffrée : abaisser la teneur maximale en cadmium des engrais minéraux phosphatés à 20 mg/kg de P₂O₅, contre 90 mg/kg actuellement autorisés en France.

La règle européenne, la règle française : 60 mg/kg contre 90

Le règlement (UE) 2019/1009 fixe la limite de cadmium des engrais phosphatés vendus dans le marché européen à 60 mg/kg de P₂O₅.

La France conserve une norme nationale à 90 mg/kg, applicable aux engrais commercialisés sur son territoire. L'écart est documenté dans les amendements parlementaires français et dans la pétition citoyenne déposée au Sénat le 10 avril 2026 (référence SÉNAT-INIT-2026-03-2162).

Trois chiffres résument donc le débat technique français :

  • 90 mg/kg — norme française actuelle.
  • 60 mg/kg — plafond fixé par le règlement européen 2019/1009.
  • 20 mg/kg — recommandation de l'Anses du 25 mars 2026.

L'article 49 du règlement 2019/1009 prévoit un réexamen des valeurs limites par la Commission européenne. À la date du 29 avril 2026, aucun acte d'exécution publié au Journal officiel de l'Union n'a abaissé le plafond de 60 mg/kg.

Du sol à l'assiette : par quels aliments le cadmium arrive

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a établi en 2009 une dose hebdomadaire tolérable de cadmium fixée à 2,5 microgrammes par kilo de poids corporel.

D'après les évaluations conduites en Europe, la part de chaque famille d'aliments dans l'exposition totale s'établit ainsi :

  • Céréales et produits céréaliers : 26,6 %
  • Légumes : 16 %
  • Tubercules (pommes de terre principalement) : 13,2 %
  • Viande et abats : 7,7 %

Le pain, à lui seul, représente 21 % de l'exposition chez les plus de 45 ans selon l'Anses. Le chocolat, contrairement à une idée répandue, ne contribue pas significativement à l'exposition française : moins de 3 % toutes classes d'âge confondues.

La voie est donc claire — sols cultivés, céréales, racines, légumes, et au bout, l'assiette.

Le cas des flocons d'avoine : 12 marques testées le 23 avril 2026

Le 23 avril 2026, le magazine 60 Millions de consommateurs a publié les résultats d'analyses portant sur 12 références de flocons d'avoine vendues en France (marques nationales, marques distributeur, bio et non bio).

Du cadmium a été détecté dans chacun des 12 produits. Les références les moins contaminées sont issues de la marque Celnat, les plus contaminées des marques Quaker Oats et Chabrior. Quatre marques ont obtenu, dans le test, une note jugée moyenne ou en-dessous, en raison de leur teneur en cadmium.

Selon le magazine, consommer chaque jour une portion de 45 grammes de l'une des marques les plus contaminées peut conduire à absorber l'équivalent d'environ un tiers de la dose hebdomadaire tolérable de cadmium fixée par l'EFSA.

Aucune trace de pesticide n'a été détectée dans les produits testés. Des traces de mercure, d'arsenic et de mycotoxines ont, en revanche, été relevées dans certains échantillons issus de la grande distribution.

La voix politique : une question, un amendement, une pétition

Trois actes parlementaires concrets, datés, adressent la même question : aligner la norme française sur la norme européenne et, plus loin, viser la recommandation de l'Anses.

9 février 2026. Quatre députés — Françoise Buffet, Jean-Luc Fugit, Pierre Cazeneuve, Olivia Grégoire — déposent l'amendement n°78 (rectifié) sur la proposition de loi n°2430 « Protéger l'alimentation des Français des contaminations au cadmium ». Le dispositif vise à interdire les engrais dont la teneur en cadmium dépasse 60 mg/kg de P₂O₅, soit l'alignement strict sur le règlement européen 2019/1009. La proposition est inscrite au statut « à discuter ».

9 avril 2026. Le sénateur Hugues Saury (Les Républicains, Loiret) dépose une question écrite (n°08324, 17ᵉ législature) au ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Citation textuelle : « près de la moitié des adultes (47 %) et un enfant sur cinq présentent des traces de cadmium dans l'organisme supérieures aux seuils critiques ». La réponse du ministère, à la date du 29 avril 2026, est en attente.

10 avril 2026. Une e-pétition est déposée sur la plateforme du Sénat sous la référence SÉNAT-INIT-2026-03-2162. Son titre : « Pour l'alignement immédiat de la norme française sur le règlement européen (UE) 2019/1009 relatif au cadmium dans les engrais ». Auteur : Julien Baccialone. À la date du 29 avril 2026, la pétition recueille 26 signatures sur les 100 000 nécessaires pour que la conférence des présidents du Sénat l'examine. Période de collecte : 10 avril au 10 octobre 2026.

Pourquoi la France traîne — ce que disent et ne disent pas les sources

Sur le pourquoi du maintien des 90 mg/kg français, les documents publics fournissent peu d'explication officielle.

L'Anses, dans son expertise du 25 mars 2026, parle d'« imprégnation préoccupante » et d'une nécessité d'« agir à la source ». Elle ne se prononce pas sur les raisons politiques du maintien des 90 mg/kg. La filière agricole biologique a, elle, demandé un rectificatif à l'agence sur certains points, notamment l'inclusion de fertilisants autorisés en bio dans la liste des contributeurs au cadmium des sols.

Plusieurs sources non officielles avancent une explication économique. Le règlement européen 2019/1009 a été négocié plusieurs années à Bruxelles, avec un débat sur le sort réservé aux phosphates importés du Maroc, fournisseur stratégique de l'agriculture française et naturellement riches en cadmium. La France conserve, à ce stade, une norme nationale plus tolérante. Cette mise en regard circule chez certains observateurs spécialisés, sans qu'elle ait été reconnue ou démentie comme motivation officielle dans un texte public français.

Ce que les sources publient sans ambiguïté, c'est la chronologie : le règlement européen est entré en application il y a plusieurs années, l'Anses a renouvelé son alerte en mars 2026, et la France n'a pas encore aligné sa norme.

Trois échéances qui structurent les douze prochains mois

Trois rendez-vous dateront, à plus ou moins brève échéance, le sujet :

  • La réponse ministérielle à la question écrite Saury — délai standard de deux mois, soit dans le courant du printemps 2026 ;
  • L'inscription à l'ordre du jour de la PPL n°2430 et le vote sur l'amendement n°78 ;
  • La clôture de l'e-pétition Sénat le 10 octobre 2026, et son éventuelle prise en compte par la conférence des présidents si elle franchit le seuil de 100 000 signatures.

Le réexamen prévu par l'article 49 du règlement européen 2019/1009 reste, lui, suspendu à un calendrier européen non publié à ce jour.

Ce qu'on peut faire sans attendre la décision politique

L'Anses et l'Assurance Maladie donnent quatre conseils opérationnels pour réduire l'exposition individuelle :

  • Diversifier les sources de céréales. Le pain et les flocons d'avoine étant des contributeurs majeurs, varier avec du riz, du maïs, des légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots) réduit la part attribuable à une seule famille.
  • Privilégier les fruits et le lait animal. Selon les données européennes citées par l'Anses, les fruits poussent à distance du sol et concentrent peu de cadmium ; le lait animal présente les teneurs mesurées les plus basses.
  • Limiter, sans exclure, mollusques, crustacés, algues et abats, qui présentent des niveaux plus élevés à cause de leur biologie ou de leur position dans la chaîne alimentaire.
  • Ne pas tabler sur le bio comme protection complète. Selon l'Anses, certains fertilisants autorisés en agriculture biologique peuvent eux aussi contribuer à l'apport en cadmium des sols.

Ces gestes individuels reposent sur une donnée structurelle : tant que la norme française reste à 90 mg/kg, la chaîne d'apport au sol — et donc, à terme, à l'aliment — reste largement inchangée.

À retenir

  • 36 % des moins de 3 ans dépassent la dose journalière tolérable de cadmium en France (Anses, expertise 25 mars 2026, étude EAT3 février 2026).
  • 23 à 27 % des 3-17 ans dépassent la dose journalière tolérable, contre 14 % en 2011 — le doublement est documenté.
  • Les engrais minéraux phosphatés sont la première source de cadmium des sols français (55 %).
  • Norme française : 90 mg/kg de P₂O₅. Plafond européen : 60 mg/kg. Recommandation Anses : 20 mg/kg.
  • Trois actes parlementaires en 2026 demandent l'alignement de la norme française : amendement Buffet/Fugit/Cazeneuve/Grégoire (9 février), question Saury (9 avril), e-pétition Baccialone (10 avril).

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Sources : Anses — Expertise collective cadmium, 25 mars 2026 · Règlement (UE) 2019/1009 du 5 juin 2019 · EFSA — Avis cadmium 2009 · Sénat — Question écrite n°08324 de M. Hugues Saury, 9 avril 2026 · Assemblée nationale — Amendement n°78 (rect.) PPL n°2430, 9 février 2026 · Sénat — E-pétition SÉNAT-INIT-2026-03-2162, 10 avril 2026 · 60 Millions de consommateurs — Étude flocons d'avoine, 23 avril 2026 · Assurance Maladie — Cadmium et exposition

L'essentiel

  • 36 % des enfants de moins de 3 ans dépassent la dose tolérable de cadmium en France (Anses, étude EAT3 février 2026, expertise collective 25 mars 2026)
  • 23 à 27 % des 3-17 ans dépassent la dose tolérable, contre 14 % en 2011 — le doublement est documenté
  • Engrais minéraux phosphatés : première source de cadmium des sols agricoles français (55 %)
  • Norme française : 90 mg/kg de P₂O₅. Plafond européen (règlement 2019/1009) : 60 mg/kg. Recommandation Anses : 20 mg/kg
  • Trois actes parlementaires en 2026 demandent l'alignement de la norme française : amendement Buffet/Fugit/Cazeneuve/Grégoire (9 février), question écrite Saury (9 avril), e-pétition Baccialone (10 avril)

Questions fréquentes

Quels aliments contiennent le plus de cadmium en France ?
Selon les évaluations conduites en Europe et reprises par l'Anses, les céréales et produits céréaliers représentent 26,6 % de l'exposition totale au cadmium, devant les légumes (16 %), les tubercules comme la pomme de terre (13,2 %) et la viande et abats (7,7 %). Le pain représente, à lui seul, 21 % de l'exposition chez les plus de 45 ans selon l'Anses. Le chocolat ne contribue qu'à moins de 3 % de l'exposition française, toutes classes d'âge confondues.
Pourquoi la norme française est-elle à 90 mg/kg quand l'Europe est à 60 ?
Le règlement européen 2019/1009 fixe la limite à 60 milligrammes de cadmium par kilo de P₂O₅ pour les engrais phosphatés vendus dans le marché européen. La France conserve une norme nationale de 90 mg/kg, applicable aux engrais commercialisés sur son territoire. L'écart entre les deux normes est documenté dans les amendements parlementaires de l'Assemblée nationale (PPL n°2430) et dans une e-pétition déposée au Sénat le 10 avril 2026. Les explications officielles publiques sur le maintien des 90 mg/kg restent rares ; les motifs économiques liés aux importations de phosphates sont évoqués sans avoir été reconnus dans un texte public français.
Combien de Français sont surexposés au cadmium en 2026 ?
Selon l'expertise collective de l'Anses publiée le 25 mars 2026, qui s'appuie sur l'étude EAT3 (février 2026) : 36 % des enfants de moins de 3 ans dépassent la dose tolérable de cadmium ; 23 à 27 % des 3-17 ans, contre 14 % en 2011 ; 1,4 à 1,7 % des adultes, contre 0,6 % en 2011. Selon la question écrite n°08324 déposée par le sénateur Hugues Saury au ministre de l'Agriculture le 9 avril 2026, près de la moitié des adultes (47 %) et un enfant sur cinq présentent des taux de cadmium dans l'organisme supérieurs aux seuils critiques.
Le bio protège-t-il du cadmium ?
Pas complètement, selon l'Anses. Certains fertilisants autorisés en agriculture biologique peuvent eux aussi contribuer aux apports de cadmium dans les sols. La filière bio a, par ailleurs, demandé un rectificatif à l'agence sur certains points de l'expertise du 25 mars 2026, notamment l'inclusion de fertilisants autorisés en bio dans la liste des contributeurs au cadmium. La diversification de l'alimentation, plutôt que le seul recours au bio, reste la principale recommandation pour réduire l'exposition individuelle.
Que recommande l'Anses dans son expertise du 25 mars 2026 ?
L'Anses recommande d'abaisser la teneur maximale en cadmium des engrais minéraux phosphatés à 20 mg/kg de P₂O₅, contre 90 mg/kg actuellement autorisés en France. Elle parle d'« imprégnation préoccupante » de la population française et appelle à « agir à la source », c'est-à-dire au niveau des sols agricoles. Elle s'appuie sur la troisième étude de l'alimentation totale (EAT3) publiée en février 2026 et sur des travaux conduits depuis quinze ans. Trois actes parlementaires français datés (amendement n°78 du 9 février 2026, question écrite Saury du 9 avril 2026, e-pétition du 10 avril 2026) demandent l'alignement de la norme française sur le plafond européen de 60 mg/kg, comme première étape.

Helene Fabre

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