Des structures privées proposent des bilans de santé préventifs complets et coûteux en France. Cette offre, qui se multiplie avec l'émergence de start-up spécialisées, suscite des réserves chez des professionnels de santé publique, qui pointent un modèle réservé à une minorité et dont la pertinence médicale reste discutée.
Zoï, Lucis, Kor : l'essor des bilans de santé haut de gamme
Chez Zoï, start-up française cofondée par Ismaël Emelien, ancien conseiller d'Emmanuel Macron, le client est installé dans l'une des 18 « suites » de locaux situés entre la place Vendôme et la place de l'Opéra à Paris. Pendant quatre heures, des professionnels de santé se relaient pour réaliser 36 bilans, dont l'analyse de 145 marqueurs biologiques, un électrocardiogramme, une échographie complète et quatre examens d'imagerie avancée. Le coût : 3 600 euros, non remboursés par la Sécurité sociale.
« Plus de la moitié des maladies chroniques non transmissibles sont évitables par le comportement. On a donc créé un service de santé préventive qui vise à comprendre les risques auxquels vous êtes exposés et vous fournir une feuille de route personnalisée pour vous aider à les réduire », a décrit Ismaël Emelien à l'AFP.
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Dautres acteurs occupent ce créneau
D'autres acteurs occupent ce créneau. L'Hôpital américain de Neuilly propose des bilans depuis plus de trente ans. Lucis, créée en janvier 2025, revendique 5 000 utilisateurs et propose un abonnement annuel à 490 euros comprenant deux bilans avec analyse de 110 biomarqueurs.
Des réserves de la communauté médicale
Christine Ferron, déléguée générale de la Fédération promotion santé, qualifie cette approche d'« extrêmement élitiste ». Selon elle, les bilans proposés n'ont « pas démontré leur efficacité » et ne correspondent à « aucune recommandation officielle ».

L'analyse du microbiote n'est pas recommandée par la Société nationale française de gastro-entérologie. L'âge biologique « fait l'objet de nombreuses recherches, mais ne permet pas encore d'applications cliniques », a souligné le biologiste Eric Gilson, spécialiste du vieillissement. Quant aux biomarqueurs, « ce ne sont que des probabilités » modulables « selon l'environnement », a rappelé Marion Albouy, médecin de santé publique au CHU de Poitiers.
Marie Persiani vice-présidente de la Fédération
Marie Persiani, vice-présidente de la Fédération promotion santé, a averti que la multiplication de tests augmente le risque de déceler des anomalies « qui n'auraient jamais évolué », pouvant entraîner « des traitements invasifs, des opérations, des biopsies, donc beaucoup d'anxiété et de surtraitement ».
Un dispositif public gratuit encore sous-utilisé
Les Français disposent déjà d'un accès gratuit à des bilans préventifs. Le dispositif « Mon bilan prévention », généralisé en 2024, s'adresse à quatre tranches d'âge (18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans, 70-75 ans). Selon l'assurance maladie, 170 000 bilans ont été réalisés au cours des 18 premiers mois, loin des plus de 20 millions de Français concernés.


Marion Albouy s'est dite préoccupée par « une dérive qui résumerait la prévention » à ces bilans proposés par des start-up, les qualifiant de « gadget » participant à « l'aggravation des inégalités sociales ».
Christine Ferron a dénoncé le fait
Christine Ferron a dénoncé le fait que cette offre privée mobilise des ressources « en matériel et en professionnels alors que la population manque cruellement d'accès aux soins ». Depuis son ouverture, Zoï a réalisé plus de 3 000 check-up, dont la moitié pour des cadres envoyés par leur entreprise, comme L'Oréal ou Veolia.
Jérôme Salomon, ancien directeur général de la Santé, rejoint début janvier 2026 chez Zoï, a défendu la démarche : « Les bilans que l'on fait ici, ce n'est pas uniquement des dépenses multiples ou des choix cosmétiques, c'est vraiment des examens ciblés pour être les plus pertinents dans une démarche de médecine préventive. »
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