Les réserves stratégiques de pétrole commencent à arriver sur les marchés mondiaux. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a annoncé dimanche 15 mars que les 32 pays membres avaient soumis leurs plans individuels de mise en œuvre du déblocage historique de 400 millions de barils, décidé mercredi pour amortir la flambée des prix née de la guerre au Moyen-Orient.
Les faits : le plus grand déblocage de l'histoire
Il s'agit du sixième déblocage de stocks stratégiques de l'histoire de l'AIE, créée il y a plus de 50 ans, et du plus important jamais décidé. L'agence, filiale de l'OCDE, qualifie la guerre de « plus importante perturbation de l'approvisionnement en pétrole de l'histoire du marché pétrolier mondial ».
Les engagements recensés à ce stade se répartissent ainsi : 172,2 millions de barils issus du stock américain, près de 110 millions d'Asie-Océanie (dont 66,8 millions de stocks d'États et 41,8 millions d'industriels) et autant d'Europe (dont un tiers de stocks d'État). Les États-Unis, qui détiennent plus de 415 millions de barils, en libèrent donc près de la moitié.
Le Royaume-Uni prévoit de libérer 13,5 millions de barils. Le Japon, très dépendant du pétrole moyen-oriental, puisera dans ses réserves dès lundi. Ces réserves japonaises s'élèvent à plus de 400 millions de barils, parmi les plus importantes au monde.
Ce que cela signifie pour la France
La France détient l'équivalent d'« un peu plus de 100 millions de barils disponibles », selon le ministre de l'Économie. Emmanuel Macron a proposé de débloquer jusqu'à 14,5 millions de barils dans le cadre de l'action coordonnée par l'AIE.
Mais les automobilistes français devront patienter. Les stocks des pays européens ne seront « mis à disposition qu'à partir de la fin du mois de mars », selon l'AIE. Seuls les pays d'Asie-Océanie, les plus durement touchés par la crise, bénéficient d'un déblocage immédiat.
En attendant, le diesel reste à 2,03 €/l en moyenne et le SP95-E10 à 1,87 €/l en France. TotalEnergies maintient son plafond gazole à 2,09 €/l. La réunion à Bercy du 12 mars entre le gouvernement et les distributeurs n'a débouché sur aucune mesure contraignante d'encadrement des prix.
L'Asie servie en priorité, l'Europe patiente
L'Asie est le continent le plus dépendant du pétrole transitant par le détroit d'Ormuz, quasi totalement bloqué par l'Iran. Près de 90 % des importations pétrolières japonaises y transitent. Le Bangladesh rationne le carburant, le Vietnam et le Pakistan ont vu les prix bondir de 20 %, l'Inde subit une pénurie de GNL.
L'AIE précise toutefois que le déblocage, aussi massif soit-il, ne suffira pas à lui seul. « Le facteur le plus important pour un retour à la stabilité des flux est une reprise de la navigation à travers le détroit d'Ormuz », souligne l'agence. Or aucun pays n'a pour l'heure annoncé se joindre aux États-Unis pour escorter les pétroliers.
Le baril de Brent s'échange autour de 100 dollars, contre environ 72 dollars avant le début des frappes sur l'Iran le 28 février. Les membres de l'AIE détiennent au total plus de 1,2 milliard de barils de stocks publics d'urgence et 600 millions de barils supplémentaires détenus par des industriels sous obligation gouvernementale.











