La décision est tombée vendredi en début d'après-midi, notifiée par écrit par le tribunal de commerce de Tourcoing. L'offre de reprise du verrier Arc, présentée par Timothée Durand, seul candidat restant en lice, a été approuvée. Le groupe bicentenaire, placé en redressement judiciaire depuis début janvier, échappe à la liquidation. Mais pour les 3 500 salariés du site d'Arques, dans le Pas-de-Calais, le soulagement est teinté d'amertume.
Un retour aux sources pour le verrier bicentenaire
Timothée Durand, 49 ans, est membre de la famille qui a dirigé Arc pendant un siècle, jusqu'en 2015. Il avait quitté le groupe en 2024 après une première tentative de rachat avortée. Dans un communiqué, il s'est dit « très heureux et fier de reprendre cette entreprise familiale », soulignant que sa priorité était « de faire vivre cet héritage » en axant sur « l'excellence et l'innovation ».
Le plan de reprise prévoit l'injection de 50 millions d'euros, avec le soutien financier de Matthieu Leclercq, ancien patron de Decathlon et membre de la famille Mulliez, l'une des premières fortunes du Nord de la France. L'entreprise sera rebaptisée « Verrerie Arc 1825 », en référence à sa date de fondation.
« Je ne suis pas le méchant de l'histoire, je suis réaliste », déclarait Timothée Durand à l'AFP fin janvier. Les suppressions de postes sont selon lui nécessaires pour « redimensionner » le site d'Arques aux volumes que le groupe est capable de vendre.
704 suppressions de postes : « la pilule est très amère »
Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) a été validé le 10 mars par les syndicats, condition préalable à la reprise. Ce plan prévoit la suppression de 704 postes sur le site d'Arques, qui emploie actuellement 3 500 personnes. La répartition entre départs volontaires et licenciements secs n'était pas encore précisément connue vendredi.
« De toute façon c'est ça ou rien, donc on n'a pas le choix », résumait avant la décision Frédéric Specque, délégué syndical CGT. Mais la pilule « est très amère » avec ce PSE « très lourd », a-t-il ajouté, déplorant l'absence de dispositifs supplémentaires de la part de l'État pour maximiser les départs volontaires. « On a reçu une fin de non-recevoir. Clairement, l'État n'a plus d'argent. »
« Le couperet est assez violent », a estimé de son côté Corinne Guenez, de la CFE-CGC.
Arc : un géant fragilisé depuis vingt ans
Leader mondial des verres pour les arts de la table depuis la seconde moitié du XXe siècle, Arc produit sous quatre marques principales — Luminarc, Cristal d'Arques Paris, Arcoroc et Chefs&Sommelier — ainsi que sous des marques de distributeurs. Le groupe dispose de trois autres usines aux États-Unis, en Chine et aux Émirats arabes unis.
Mais après avoir investi massivement pour mondialiser sa production et sa distribution, le groupe a enchaîné les difficultés depuis les années 2000. Ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois en deux décennies. Arc France, qui réalise un chiffre d'affaires d'un peu plus de 400 millions d'euros, affichait une perte nette de plus de 32 millions d'euros en 2024, selon les documents financiers disponibles.
Le groupe a bénéficié de multiples plans de refinancement soutenus par l'État et les collectivités locales ces dernières années. La flambée des coûts de l'énergie et de l'inflation depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, l'intensification de la concurrence chinoise et la crise du secteur des arts de la table ont aggravé la situation.
La guerre au Moyen-Orient, une menace supplémentaire
La nouvelle guerre qui embrase le Moyen-Orient depuis fin février 2026 ajoute aux incertitudes. La remontée attendue des prix de l'énergie, liée notamment aux perturbations dans le détroit d'Ormuz et aux frappes sur les infrastructures gazières du Golfe, constitue une menace directe pour un industriel verrier dont les fours fonctionnent au gaz.
Le syndicaliste Frédéric Specque aurait « aimé un plan plus ambitieux ». À défaut, il craint une « spirale infernale » : de nouvelles baisses de volumes entraînant de nouvelles suppressions de postes.
Ce qui va se passer
Timothée Durand prend désormais les rênes de la « Verrerie Arc 1825 ». Les prochaines semaines seront consacrées à la mise en œuvre du PSE et à la réorganisation du site d'Arques, qui passera d'un fonctionnement sur plusieurs fours à une capacité réduite. La répartition précise entre départs volontaires et licenciements contraints doit encore être définie dans le cadre des négociations avec les syndicats.
Au niveau mondial, le groupe Arc emploie environ 10 000 personnes. La reprise ne concerne que la branche française, Arc France, placée en redressement judiciaire. Les activités internationales du groupe poursuivent leur fonctionnement.











