- Solde naturel négatif en 2025 : 645 000 naissances pour 651 000 décès. Une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale
- Indice conjoncturel de fécondité à 1,56 enfant par femme — son plus bas niveau depuis 1918, selon l'Insee
- Ratio cotisants/retraités : 1,79 en 2023, projeté autour de 1,4 en 2070. Déficit du système de retraite : -1,4 point de PIB en 2070 selon le COR
- 85 % des EHPAD publics étaient en déficit en 2023 (FHF). 365 000 places et 150 000 à 200 000 emplois supplémentaires nécessaires d'ici 2050 (DREES)
- Le congé de naissance entrera en vigueur le 1ᵉʳ juillet 2026, après un report de six mois
Pendant que l'attention publique se concentre sur la crise d'Ormuz, un autre basculement se joue à bas bruit en France. En 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays a enregistré plus de décès que de naissances. Ce point d'inflexion, confirmé par l'Insee dans son bilan démographique du 13 janvier 2026, n'est pas un accident statistique. Il s'inscrit dans une tendance longue qui touche les retraites, les hôpitaux et les EHPAD — et qui sera l'un des sujets de fond de la présidentielle 2027.
Les chiffres d'un basculement historique
En 2025, 645 000 bébés sont nés en France, contre 651 000 décès. Le solde naturel s'établit à -6 000, négatif pour la première fois depuis 1945. L'indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) est tombé à 1,56 enfant par femme, après 1,61 en 2024. « Il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, pour retrouver un indice de fécondité aussi bas qu'en 2025 », souligne Sylvie Le Minez, cheffe de l'unité des études démographiques et sociales à l'Insee. Sur quinze ans, le nombre annuel de naissances a chuté d'environ 24 % par rapport au pic de 2010.
La population continue de croître — 69,1 millions d'habitants au 1ᵉʳ janvier 2026 —, mais grâce au seul solde migratoire. Sans l'immigration, la France perdrait déjà des habitants. Selon les projections de l'Insee (scénario central), la population atteindrait un plafond autour de 70 millions d'habitants vers 2040, avant de reculer à 68 millions en 2070.
1,79 cotisant par retraité, et la pyramide qui s'inverse
Le système de retraite français repose sur la répartition : les actifs d'aujourd'hui financent les pensions d'aujourd'hui. En 2000, on comptait environ 2,1 cotisants pour un retraité. En 2023, ce ratio est tombé à 1,79 (30,4 millions de cotisants pour 17,1 millions de retraités), selon le rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites de juin 2025. La projection le voit reculer encore, à environ 1,4 cotisant par retraité à l'horizon 2070.
Sur le solde du système de retraite, le COR projette un déficit qui s'aggrave de manière continue : -0,2 point de PIB en 2030 (soit environ 6,6 milliards d'euros courants), -0,9 point de PIB en 2050, puis -1,4 point de PIB en 2070. Sur la même période, le niveau de vie relatif des retraités, qui s'établissait à 97 % de la moyenne de la population en 2022, descendrait à 87,5 % en 2070. Selon la DREES, près de 23 millions de personnes auront plus de 60 ans en France en 2050, soit cinq millions de plus qu'en 2021.
EHPAD : 85 % en déficit, et la vague de demande arrive
Les EHPAD publics — qui hébergent une grande partie des résidents les plus modestes — sont financièrement à bout de souffle. Selon la Fédération hospitalière de France (FHF), 85 % des EHPAD publics étaient en déficit en 2023. Le déficit cumulé du secteur public a approché 2 milliards d'euros entre 2022 et 2024, avec un déficit moyen par place qui est passé de 3 226 euros en 2022 à 3 850 euros en 2023. La pression s'ajoute à celle qui pèse sur l'hôpital public.
Le pic de demande, lui, n'est pas atteint. La DREES estime à 365 000 le nombre de places en EHPAD supplémentaires nécessaires entre 2021 et 2050, et chiffre les besoins en emplois d'aide aux personnes âgées entre 150 000 et 200 000 d'ici 2050. Côté politique publique, le « plan Grand Âge » — promis par Emmanuel Macron dès 2018 — a été reporté plusieurs fois et, début février 2026, a été repoussé sine die avec le départ du gouvernement précédent.
Le congé de naissance : un geste, pas une réponse
Le congé de naissance, annoncé par Emmanuel Macron en janvier 2024 dans le cadre du « réarmement démographique », a été voté dans la loi de financement de la Sécurité sociale 2026. Initialement prévu au 1ᵉʳ janvier 2026, il est reporté au 1ᵉʳ juillet : un à deux mois supplémentaires par parent, mieux rémunérés que l'actuel congé parental, à hauteur d'environ 70 % du salaire selon les modalités finalisées.
Les démographes le rappellent depuis longtemps : les politiques natalistes peuvent infléchir une courbe, rarement l'inverser. La France n'évitera pas le vieillissement de sa population. La question est de savoir si elle s'y prépare — ou si elle continue de reporter.
Le sujet de fond de la présidentielle 2027
Les projections démographiques conditionnent directement l'équilibre des retraites, le financement de la dépendance et la croissance économique. Financer les retraites avec 1,4 cotisant par retraité en projection suppose l'un des leviers suivants — ou une combinaison : hausse des cotisations, baisse des pensions, augmentation de l'immigration de travail, allongement de la durée de cotisation. Chacun de ces leviers est politiquement clivant.
Comme l'ont montré les municipales du 15 mars 2026 — abstention de 44 % au premier tour, plus marquée encore chez les 25-34 ans, progression du Rassemblement national dans les villes moyennes, soixante-huit communes sans aucun candidat —, l'électorat vieillit, se fragmente et attend des réponses sur la santé, la dépendance et le pouvoir d'achat. La démographie est le fil rouge de ces attentes. Et ce fil, à un an de la présidentielle, n'a toujours pas trouvé de candidat pour le tirer.











