La scène n'a duré que 2 minutes et 37 secondes, mais elle a marqué le mouvement des gilets jaunes. Le 1er décembre 2018, lors de l'acte 3 des manifestations, des CRS ont matraqué et frappé à coups de pied des manifestants réfugiés dans un Burger King à proximité de la place de l'Etoile, à Paris. Sept ans plus tard, neuf fonctionnaires de police comparaissent devant le tribunal correctionnel pour violences volontaires avec circonstances aggravantes.
« J'ai revécu cette peur viscérale de mourir »
Cyrille D., major et premier des neuf prévenus interrogés, est revenu sur cette journée qu'il qualifie de « surréaliste ». « En 25 ans de CRS, j'ai eu peur deux fois pour ma vie », a-t-il expliqué à la barre. En service depuis 6 h 30 du matin, sa compagnie a enchaîné 13 heures d'affrontements continus, sans relève.
L'homme reconnaît avoir asséné trois coups de pied à un manifestant dans le fast-food. Interrogé sur le caractère « adapté » de ses gestes, il concède : « Aujourd'hui je dirais que non. Je peux le dire avec la lucidité que j'ai aujourd'hui. Mais sur le moment, j'ai fait du mieux que j'ai pu. » Il invoque un « effet tunnel » lui empêchant d'analyser la situation avec discernement.
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Un sentiment d'abandon partagé par les prévenus
Anthony C., qui a porté cinq coups de matraque contre une partie civile, abonde dans le même sens. « En temps normal, une intervention comme ça, ça dure trois heures, quatre heures. Or, on n'a jamais été relevés. » Il dit en vouloir « beaucoup à la hiérarchie de Paris ».
Tommy P. se montre plus véhément : « Ce jour-là, on a été abandonnés, on a été laissés sans renfort, sans moyen, sans manger, sans nourriture, sans pause, de 8 h à 21 h. On a appelé à l'aide et personne n'est venu. » Il dénonce « toutes les défaillances de la chaîne de commandement ».
Le président du tribunal : « On attend de vous une lucidité parfaite »
Le magistrat n'a pas manqué de rappeler aux prévenus l'exigence attachée à leur fonction : « On attend de vous une lucidité parfaite, parce que vous êtes armé. » Les CRS encourent jusqu'à sept ans de prison et 100 000 euros d'amende.
La justice leur reproche d'avoir frappé des manifestants qui ne résistaient pas, sans sommation et sans leur laisser le temps d'évacuer le restaurant, alors qu'ils avaient reçu l'ordre de déloger les occupants soupçonnés de pillage. L'épisode a été filmé sous différents angles par des manifestants, des journalistes et des caméras de vidéosurveillance.
Le soutien du ministre de l'Intérieur
En déplacement au Canet (Alpes-Maritimes), le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui était secrétaire d'Etat au moment des faits, a apporté son « soutien » aux policiers. Il a précisé que des enquêtes administratives et disciplinaires avaient été menées mais qu'« aucune sanction n'avait été décidée, dans l'attente du débat judiciaire ». Le procès doit se poursuivre pendant trois jours.











