Nicolas Sarkozy affronte lundi l'ouverture de son procès en appel dans l'affaire du financement libyen, devant la première chambre de la cour d'appel de Paris. L'ancien président de la République (2007-2012), devenu l'an dernier le premier ex-chef de l'État incarcéré de l'histoire de la République, est accusé d'avoir percu des fonds secrets de la Libye de Mouammar Kadhafi pour sa campagne présidentielle victorieuse de 2007.
Cinq ans de prison ferme en première instance
En septembre, le tribunal correctionnel de Paris l'a déclaré coupable d'association de malfaiteurs et condamné à cinq ans d'emprisonnement ferme pour une « corruption au plus haut niveau » d'une « exceptionnelle gravité ». Entré le 21 octobre à la prison de la Santé sous les caméras du monde entier, Nicolas Sarkozy a obtenu sa mise en liberté sous contrôle judiciaire trois semaines plus tard.
Le tribunal l'a toutefois relaxé pour trois des quatre infractions poursuivies. Les juges ont estimé que le financement libyen de la campagne de 2007 n'était pas établi, malgré l'envoi corroboré de 6,5 millions d'euros par la Libye en 2006. Pour les magistrats, la preuve que ces fonds ont effectivement atteint les caisses de la campagne n'a pas été apportée.
Ils ont néanmoins jugé que l'ex-président avait laissé ses proches collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux, démarcher le pouvoir libyen lors de rendez-vous secrets fin 2005.
Dix prévenus à la barre
Outre Nicolas Sarkozy, 71 ans, déjà définitivement condamné dans les affaires Bismuth et Bygmalion, neuf autres prévenus seront rejugés. Le procès est prévu jusqu'au 3 juin.
Son ex-bras droit Claude Guéant, secrétaire général de l'Élysée sous la présidence Sarkozy, a été condamné à six ans de prison pour corruption, trafic d'influence et faux et usage de faux. En raison de son état de santé, il a échappé au mandat de dépôt et sa présence au procès en appel est incertaine.
Brice Hortefeux, 67 ans, accusé d'avoir servi d'intermédiaire via le réseau de Ziad Takieddine, a été condamné à deux ans de prison et 50 000 euros d'amende. Takieddine, jugé en son absence, est décédé juste avant le jugement. L'ex-ministre du Budget Eric Woerth, trésorier de la campagne de 2007, relaxé en première instance, fait l'objet d'un appel du parquet national financier.
Un enjeu démocratique
« Le financement occulte de campagne électorale fragilise le pacte démocratique. Chaque euro détourné ou injecté illégalement est une atteinte directe à la souveraineté », ont estimé dans un communiqué commun les associations Sherpa, Anticor et Transparency International France, parties civiles au procès.
L'intermédiaire Alexandre Djouhri et le banquier Wahib Nacer, également écroués après le jugement de septembre, ont été mis en liberté les semaines suivantes. L'entourage de Nicolas Sarkozy n'a pas souhaité s'exprimer avant l'audience.











