Surono, mécanicien de marine indonésien de 47 ans, vit depuis cinq mois à bord du thonier Novo Ruivo, immobilisé dans le port de Porto Grande au Cap-Vert. Comme ses onze compagnons d'équipage, il attend un salaire que le propriétaire du navire a emporté avec lui en prenant la fuite. Un dilemme cruel s'impose : rentrer les mains vides ou rester armé du seul espoir de recouvrer ses dus.
Un piège refermé au Cap-Vert
Surono avait quitté l'Indonésie en mars 2025 pour embarquer en Namibie sur ce thonier battant pavillon portugais. Après des mois en mer, le navire accoste à Porto Grande en septembre pour décharger sa pêche. Le propriétaire disparaît alors, emportant les passeports de l'équipage et sans régler les salaires.
Avec un salaire mensuel de 1 200 dollars, l'armateur cumule désormais une dette de 13 200 dollars envers Surono seul. « Ma famille pleure parce que je n'arrive pas à gagner d'argent. Mes enfants et ma femme en ont besoin pour manger », confie-t-il à l'AFP.
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A Tegal sur lîle de Java
A Tegal, sur l'île de Java, son épouse Kiki Andriani, 38 ans, s'endette pour survivre : « Je veux que mon mari rentre, mais s'il revient sans son salaire, une année entière de travail aura été perdue. »
Un phénomène mondial en forte hausse
Selon la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), le nombre de marins abandonnés dans le monde a bondi de plus de 30 % en 2025. Quelque 6 200 marins de toutes nationalités se sont retrouvés bloqués à bord de 410 navires.
L'ITF a proposé de rapatrier l'équipage du Novo Ruivo dès le premier jour, mais les marins ont refusé, craignant de ne jamais percevoir leur argent. Le dernier recours consiste à obtenir une ordonnance judiciaire pour saisir et vendre le navire afin de couvrir les dettes.
L'armateur espagnol conteste l'abandon
Contacté en Espagne par l'AFP, l'armateur Javier Martinez assure ne pas disposer des fonds nécessaires mais réfute toute notion d'abandon : « Ils ont tout ce dont ils ont besoin à bord du bateau : électricité, eau potable et nourriture. » Il affirme verser « 50 euros de temps en temps » à chaque marin pour les appels téléphoniques et un peu de nourriture.
L'équipage, composé de six Indonésiens et six Angolais, se nourrit principalement de riz et d'aliments surgelés. La convention n° 188 de l'Organisation internationale du Travail (OIT), censée protéger les travailleurs de la pêche, reste selon l'ITF « très faible et mal appliquée ».
Un combat pour la dignité
L'agence de recrutement indonésienne qui a embauché Surono a accepté de lui verser la moitié de son salaire, mais il est peu probable qu'il obtienne davantage s'il quitte le navire. « Je veux faire respecter mes droits. Nous avons travaillé et nous réclamons nos salaires car nous avons des familles », insiste Surono.











