L'Iran fait face à une pression internationale sans précédent sur deux fronts simultanés. D'un côté, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept ont désigné jeudi les Gardiens de la révolution comme « organisation terroriste », une première motivée par la répression sanglante de la contestation populaire en janvier. De l'autre, le président américain Donald Trump a averti mercredi que le « temps était compté » avant une éventuelle attaque américaine sur les sites nucléaires iraniens.
L'UE franchit le pas
« Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte », a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a qualifié de « terroriste » un régime « qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang ». Israël a immédiatement salué une « décision historique ».
Les Européens ont également sanctionné 21 entités et individus, dont le ministre de l'Intérieur et le chef de la police iraniens. Des sanctions supplémentaires visent des entités accusées de fournir drones et missiles à la Russie pour sa guerre contre l'Ukraine.
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Les menaces militaires de Washington
Sur le dossier nucléaire, Donald Trump a averti sur son réseau Truth Social que l'Iran s'exposait à des frappes « pires » que celles menées en juin dernier contre des sites nucléaires iraniens. Washington a parallèlement déployé des forces navales dans le Golfe, dont le porte-avions USS Abraham Lincoln.
La cheffe de la diplomatie européenne a estimé que le Moyen-Orient n'avait pas besoin d'une « nouvelle guerre », tandis que les pays du Golfe se sont opposés à une intervention américaine. « Cela plongerait la région dans le chaos, affecterait l'économie et ferait exploser les prix du pétrole et du gaz », a confié un responsable d'un pays du Golfe.
L'Iran affiche sa fermeté
Téhéran a fustigé une « erreur stratégique majeure » des Européens. « L'Europe attise le feu », a dénoncé le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, qui avait affirmé mercredi que les forces armées avaient « le doigt sur la gâchette ». Le chef de l'armée, Amir Hatami, a averti d'une « riposte écrasante » et annoncé le déploiement de 1 000 drones auprès des régiments de combat.
L'Iran a notamment menacé de bloquer le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le quotidien Kayhan, proche du pouvoir, affirme que « fermer le détroit relève du droit de la République islamique ».
Des voies diplomatiques encore ouvertes
Malgré cette escalade verbale, les négociations ne semblent pas totalement rompues. Abbas Araghchi a mené cette semaine des tractations avec les pays du Golfe et se rendra vendredi en Turquie, pays souhaitant jouer un rôle de médiateur entre Téhéran et Washington. Moscou a estimé que le potentiel de négociations était « loin d'être épuisé ».
Un bilan humain effroyable
Selon l'ONG HRANA, basée aux Etats-Unis, 6 373 personnes dont 5 993 manifestants ont été tuées lors de la répression du mouvement contestataire en janvier. Plus de 11 000 personnes ont été gravement blessées et 42 486 arrêtées. Le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17 000 décès en cours d'examen par l'ONG. A Téhéran jeudi, la vie semblait reprendre son cours normal, avec des banderoles progouvernementales déployées dans le centre-ville.











