Quand Hamdy Ibrahim a quitté son village en Égypte dans l'espoir de rallier l'Europe, sa famille a reçu pour toute nouvelle un appel de Libye : « Payez maintenant ou le garçon mourra. » Un passeur exigeait 190 000 livres égyptiennes (environ 3 500 euros) pour lui assurer une traversée maritime clandestine.
Des villages décimés par les naufrages
Hamdy avait quitté les siens en novembre avec une douzaine d'autres jeunes du village de Kafr Abdallah Aziza, dans le delta du Nil (province de Sharqiya), après avoir contacté des passeurs sur les réseaux sociaux.
« Débrouillez-vous comme les autres familles. Sinon, il sera jeté à la mer », a répondu le passeur à Youssef, le frère d'Hamdy. Désespérés, des parents ont sacrifié leurs maigres économies et contracté des emprunts avant d'apprendre qu'une embarcation avait sombré au large de la Crète, faisant 17 morts dont six du village, et 15 disparus dont Hamdy.
Les rescapés décrivent des détentions arbitraires
Les rescapés décrivent des « détentions arbitraires, tortures, viols, esclavage sexuel, privations alimentaires et travaux forcés », selon l'association SOS Méditerranée.
Une crise économique qui pousse à l'exil
En 2025, plus de 17 000 Égyptiens ont traversé la Méditerranée, la route migratoire la plus meurtrière au monde avec 1 328 morts ou disparus, selon Frontex et l'ONU. Depuis 2022, la livre égyptienne a perdu plus des deux tiers de sa valeur. Le prix du pain a triplé, celui du carburant quadruplé.
« Le désespoir et l'effondrement économique jouent un rôle déterminant », explique Timothy Kaldas, directeur adjoint du Tahrir Institute for Middle East Policy. « La moitié de nos jeunes envisage la migration clandestine », déplore Refaat Abdelsamad, pharmacien du village.
Des accords européens qui peinent à freiner les départs
En 2024, l'Union européenne a conclu un accord de 7,4 milliards d'euros avec Le Caire pour contenir les flux. Mais « pour que le contrôle frontalier ait du sens, les gens doivent se sentir bien chez eux », estime Timothy Kaldas.

Hassan Darwish, un ouvrier de 24 ans installé à Rome, dit gagner environ 580 euros par mois et subvenir aux besoins de sa mère et de son frère malade. « J'ai vu l'horreur », confie-t-il à l'AFP. « Mais je le referais. »











