Dans le quartier de Saltivka, à Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine, Grygorii Gladych mène une existence solitaire au huitième étage d'un immeuble soviétique de 15 étages. Ancien peintre en bâtiment, ce retraité de 79 ans est désormais le dernier occupant d'un bâtiment frappé à plusieurs reprises par les bombardements russes depuis le début de l'invasion en février 2022.
Autour de lui, des immeubles calcinés rendus inhabitables témoignent de la violence des combats. Le sien tient encore debout, mais il n'a plus ni électricité, ni chauffage, ni eau potable. L'homme survit grâce à des rations alimentaires et à l'aide ponctuelle de voisins qui passent de temps en temps.
Trois hivers dans un immeuble fantome
Grygorii est resté chez lui lorsque les troupes russes ont presque encerclé Kharkiv au début de l'invasion, frappant intensivement la ville avec de l'artillerie. Il avait été légèrement blessé au cou en 2022. Pendant deux mois, les forces ukrainiennes ont repoussé l'assaut russe sur la ville.
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Des militaires ukrainiens s'étaient positionnés sur son immeuble, dont le toit a fini par s'effondrer à la suite d'une frappe de missile russe. « L'ascenseur a cessé de fonctionner parce que des obus avaient explosé et touché la cage d'ascenseur », raconte le retraité.
Sa famille et ses voisins ont
Sa famille et ses voisins ont quitté les lieux au fil des mois. Sa femme Natacha et sa fille sont parties aux Pays-Bas au début de la guerre. Mais Grygorii a refusé de les rejoindre. « Tu ne connais pas la langue et tu vas juste errer comme un mouton sans jamais l'apprendre », justifie-t-il.
Saltivka, le « quartier fantome » de Kharkiv
Saltivka, le plus vaste quartier résidentiel de Kharkiv, abritait entre 300 000 et 400 000 habitants avant la guerre, selon des estimations. Il est aussi le plus endommagé par les attaques russes, en particulier au début de l'invasion. Le quartier est parfois surnommé « quartier fantome » par des médias.
Les troupes russes se sont depuis éloignées de la ville, mais Kharkiv continue d'être frappée régulièrement par des drones de combat et des missiles. L'immeuble de Grygorii se situe à moins de 40 kilomètres de la frontière russe.
Un quotidien marqué par la solitude et l'incertitude
Au quotidien, Grygorii descend chercher de l'eau avec un seau depuis son huitième étage. La veille de son entretien avec l'AFP, il avait reçu des pâtes, des céréales, de l'huile de tournesol et du lait concentré — « un peu de tout », résume-t-il.

« Et où irais-je ? », s'interroge-t-il dans son appartement rempli de bocaux et d'ustensiles de cuisine. Il pourrait en théorie se rendre dans son village natal dans l'ouest de l'Ukraine, plus loin de la ligne de front. Mais il ne sait pas « quoi emporter » ni « comment le transporter ».
Le bilan humain
L'invasion russe, pire conflit armé en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, a fait des centaines de milliers de morts et de blessés dans les deux pays, et des millions de réfugiés et de personnes déplacées en Ukraine. Beaucoup d'habitants des zones proches du front restent chez eux, surtout des personnes âgées qui n'ont pas les moyens de recommencer ailleurs.
Les efforts diplomatiques en vue de mettre fin à la guerre n'ont pour l'instant donné aucun résultat. « On ne voit pas la fin. Regarde ce qui se passe. Personne n'a encore dit quelque chose d'intelligent — ni la Russie ni l'Ukraine. Personne », conclut Grygorii.











