Villas privées et complexes haut de gamme : tout l'archipel des Cyclades, connu pour ses maisons blanchies à la chaux et ses coupoles d'églises bleues, est saisi d'une fièvre immobilière portée par le boom du tourisme. Mais certains s'alarment d'une expansion qui menace des paysages d'une exceptionnelle beauté et l'identité d'îles au patrimoine multimillénaire.
« Un crime écologique » à Milos
Sur le littoral de Milos, face à la mer Égée, un vaste chantier d'extension hôtelière ressemble à « une plaie béante infligée à la roche volcanique », selon le maire Manolis Mikelis. L'établissement, dont certaines suites disposent d'une piscine privée, prévoit de doubler sa capacité avec 59 chambres supplémentaires.
Face au concert d'indignations, la plus haute juridiction administrative grecque a ordonné la suspension provisoire des travaux. La société V Tourism AE, qui exploite l'hôtel, fait valoir que l'extension a été approuvée en 2024 avec des « avis favorables de l'ensemble des autorités compétentes ».
Il existe des lacunes dans
« Il existe des lacunes dans la législation concernant le BTP », regrette le maire. Sur le site de Sarakiniko, célèbre « plage lunaire » aux formations blanches sculptées par l'érosion, les autorités ont déjà fait arrêter la construction d'un autre hôtel l'an dernier.
Les maires des Cyclades lancent l'alerte
En décembre, plusieurs maires des Cyclades et du Dodécanèse ont publié une résolution commune. « L'existence même de nos îles est menacée », ont-ils averti à l'initiative du maire de Santorin, Nikos Zorzos, dont l'île accueille 3,5 millions de visiteurs pour 15 500 habitants.


Le tourisme est devenu « un terrain d'implantation de résidences luxueuses à vendre ou à louer », dénonce l'élu. « Santorin, Ios, Milos, Sikinos, Folegandros et les autres îles des Cyclades ne sont pas des terrains pour des projets pharaoniques. Nous nous opposons au pillage ! »
À Ios un seul investisseur
À Ios, un seul investisseur, un Grec ayant fait fortune à Wall Street, est désormais propriétaire de 30 % de l'île, relèvent les maires.
Un immobilier « vorace et prédateur »
Les évolutions en cours relèvent de « l'immobilier vorace et prédateur et non du tourisme », analyse Ioannis Spilanis, professeur émérite de l'université de l'Égée. « Traditionnellement, les terres étaient destinées à l'élevage. Ces grands terrains qui n'avaient aucune valeur sont devenus des biens lucratifs », explique-t-il. « Puis on construit ou on revend dix fois plus cher. »


Les chiffres illustrent l'ampleur du phénomène : de janvier à fin octobre 2025, 157 permis de construire ont été délivrés à Milos pour une surface de 151 km², 459 à Paros et 461 à Santorin, selon l'Autorité grecque des statistiques. Le long des talus fleuris surgissent des constructions aux lignes contemporaines et aux larges baies vitrées, éloignées de l'architecture cycladique traditionnelle.
Le tourisme grec à la croisée des chemins
Le tourisme est un secteur clef de l'économie grecque, contribuant entre 28 % et 33,7 % du PIB. Depuis la pandémie de Covid-19, les records s'enchaînent : plus de 40 millions de visiteurs en 2024, un chiffre sans doute dépassé en 2025.


Mais un rapport du médiateur de la République de 2024 soulignait la dégradation de la qualité de vie sur des îles où les résidents ne trouvent plus de logement, beaucoup de propriétaires privilégiant les locations de courte durée. Sans compter les problèmes de gestion des ordures et un manque d'eau.
Santorin a dailleurs essuyé une chute
Santorin a d'ailleurs essuyé une chute de 12,8 % des arrivées aériennes entre juin et septembre 2025, tandis que Mykonos s'est contentée d'une hausse de 2,4 %. « Regardez Santorin et Mykonos : ce qu'elles sont devenues doit nous servir d'avertissement », lance Yiorgos, un retraité de 84 ans à Milos.











