Dans la région de Kara-Saz, au centre du Kirghizstan, un troupeau de yaks blancs détonne sur les pâturages d’altitude. Ces animaux, fruit de dix années de sélection par la famille Akmatov, incarnent une réponse concrète à la dégradation des terres et au réchauffement climatique dans un pays où l’agriculture emploie un quart de la population active.
Trois générations au service d’un élevage d’altitude
La famille Akmatov élève quelque 300 yaks à 3 000 mètres d’altitude, dans des conditions extrêmes où les températures nocturnes descendent jusqu’à -40 °C. Amantour, berger de 30 ans, surveille le troupeau à cheval, tandis que son père Baatyrbek (52 ans) et son grand-père Tachtanbek (88 ans) supervisent la sélection génétique. La blancheur du pelage, caractéristique distinctive de cette variété, est le résultat d’un travail de sélection mené sur dix ans.
L’élevage reste exigeant. La croissance des yaks est lente : chaque femelle ne donne qu’un veau tous les deux ans. Amantour doit également protéger le troupeau contre les loups, qui ont dévoré une vingtaine de bêtes ces derniers mois. « Les coûts d’élevage sont faibles, de bons pâturages suffisent », explique Baatyrbek Akmatov, tout en réclamant que « l’État doit allouer des pâturages » pour développer la filière.
Un héritage soviétique reconverti
Tachtanbek Akmatov est une figure de l’élevage kirghiz. Double « Héros du travail socialiste », décoré de l’ordre de Lénine pour son travail dans l’élevage ovin sous l’URSS, il a aussi siégé comme député au Soviet Suprême puis comme président du Parlement kirghiz. Fait « Héros du Kirghizstan » pour sa contribution à l’agriculture, il dispose d’un monument à Kara-Saz.

La famille a déjà breveté une variété de moutons mérinos montagnards. Son objectif désormais : faire reconnaître officiellement la race de yaks blancs par le ministère de l’Agriculture kirghiz, avant d’envisager l’exportation. Des scientifiques étudient en parallèle si la fourrure blanche réfléchit les rayons ultraviolets, ce qui renforcerait la résistance de ces animaux à la chaleur.
Le yak, réponse au recul des pâturages
Le cheptel de yaks au Kirghizstan a connu une chute brutale après l’effondrement de l’URSS, avant de doubler depuis la fin des années 1990 pour dépasser aujourd’hui 60 000 têtes. Le ministère kirghiz de l’Agriculture considère ce secteur comme « prometteur face au changement climatique et à la dégradation des pâturages ». Vivant en altitude isolée, les yaks réduisent la pression sur les terres rurales déjà fragilisées.


Les yaks résistent au froid, à la sécheresse et aux pâturages pauvres, contrairement aux vaches laitières classiques. Leur viande et leur lait sont considérés comme biologiques, tandis que la laine blanche, résistante et facile à teindre, offre un débouché artisanal supplémentaire.
La situation des pâturages reste toutefois préoccupante. Selon la FAO, l’état des pâturages kirghiz est « pire qu’au début du siècle », en raison de pratiques non durables combinées aux effets du changement climatique. L’organisation préconise que la sélection animale « préserve les caractéristiques des races indigènes adaptées » aux conditions locales, une approche que la démarche des Akmatov illustre concrètement.











