Le 12 mars 2026, la NOAA a confirmé l'effondrement de La Niña dans le Pacifique équatorial. Les anomalies de température de surface (SST) dans la région Niño 3.4 sont repassées en zone neutre, mettant fin à un épisode froid qui durait depuis fin 2024. Selon Severe Weather Europe, une puissante onde de Kelvin sous-marine transporte désormais une masse d'eau chaude vers l'est du Pacifique, alimentant les scénarios d'un nouvel épisode El Niño. Les modèles de prévision saisonnière convergent : la question n'est plus de savoir si El Niño reviendra, mais quelle sera son intensité.
Qu'est-ce qu'un Super El Niño ?
El Niño désigne un réchauffement anormal des eaux de surface dans le Pacifique équatorial central et oriental. On parle d'El Niño lorsque l'anomalie de température dans la région Niño 3.4 dépasse +0,5 °C pendant au moins cinq mois consécutifs, selon l'indice ONI (Oceanic Niño Index) de la NOAA.
Un épisode est classé « fort » lorsque l'anomalie franchit +1,5 °C. Le terme « Super El Niño », utilisé par la communauté scientifique, s'applique quand l'anomalie dépasse +2,0 °C dans la région Niño 3.4, selon une étude publiée dans Nature Communications. Depuis 1950, seuls trois épisodes ont atteint ce seuil : 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016.
| Épisode | Anomalie SST pic (Niño 3.4) | Impact température mondiale | Année record associée |
|---|---|---|---|
| 1982-1983 | +2,2 °C | +0,14 °C | 1983 |
| 1997-1998 | +2,4 °C | +0,17 °C | 1998 |
| 2015-2016 | +2,6 °C | +0,20 °C | 2016 |
| 2023-2024 | +2,0 °C | +0,25 °C* | 2024 (1,55 °C vs préindustriel) |
| 2026-2027 (prévision) | +1,5 à +2,5 °C | À déterminer | À déterminer |
* L'anomalie de température mondiale de 2024 inclut le réchauffement de fond (+0,2 °C/décennie), selon une analyse publiée dans Nature.
Où en sont les modèles en mars 2026 ?
Les prévisions multi-modèles de la NOAA, publiées début mars 2026, indiquent une probabilité de 62 % qu'El Niño émerge dès la période juin-août 2026. Pour le printemps (mars-mai), les conditions ENSO-neutre dominent avec 90 % de probabilité, La Niña ne pesant plus que 4 %.
L'ECMWF (Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme) va plus loin. Selon les dernières sorties de son modèle saisonnier, relayées par Tameteo, El Niño se formerait en mai et pourrait se renforcer en août 2026, avec un pic d'intensité à la fin de l'été et à l'automne.
Ben Noll, expert en climatologie saisonnière, estime qu'il y a « 80 % de chances que l'épisode soit fort, et environ 20 % de chances qu'il devienne un Super El Niño ». Si ces projections se confirment, 2026-2027 pourrait figurer parmi les trois épisodes les plus intenses jamais observés.
Il convient de noter que ces prévisions traversent la « barrière de prédictibilité printanière » (spring predictability barrier), une période où la fiabilité des modèles ENSO diminue. Les projections se préciseront à partir de mai-juin 2026.
L'onde de Kelvin : le mécanisme en cours
Sous la surface du Pacifique équatorial, un phénomène déterminant est en cours. Un puissant « Westerly Wind Burst » (rafale de vent d'ouest) a balayé les tropiques, générant une onde de Kelvin océanique sous-marine. Cette masse d'eau chaude, située entre 100 et 250 mètres de profondeur, se déplace vers l'est du Pacifique, selon les données relayées par Severe Weather Europe.
Ce mécanisme est le moteur classique de la transition La Niña → El Niño. En érodant les anomalies froides de sub-surface, l'onde de Kelvin libère de la chaleur en surface, alimentant le réchauffement des eaux équatoriales. Selon Climate Impact Company, cette onde a déjà franchi la ligne de changement de date et progresse vers le Pacifique central et oriental.
Ce schéma rappelle les phases initiales des épisodes de 1997 et 2015. La rapidité de l'effondrement de La Niña — passée de conditions actives à neutres en quelques semaines — est un signal surveillé de près par les climatologues.
Lors du Super El Niño de 2015-2016, une séquence similaire d'ondes de Kelvin avait été observée entre février et avril 2015, avant que les anomalies de surface n'explosent à partir de l'automne. Les données du JPL (Jet Propulsion Laboratory) de la NASA confirment qu'en mars 2026, de l'eau chaude pénètre dans le Pacifique central, un signal précoce mais cohérent.
2026 : déjà parmi les années les plus chaudes
Indépendamment d'El Niño, 2026 s'inscrit dans une trajectoire de réchauffement accéléré. Le Met Office britannique prévoit une température mondiale moyenne de +1,46 °C au-dessus de la période préindustrielle (1850-1900), avec une fourchette de 1,34 à 1,58 °C. Cela ferait de 2026 la quatrième année consécutive au-dessus de 1,4 °C.
Le service Copernicus a confirmé que la moyenne 2023-2025 a dépassé 1,5 °C au-dessus du niveau préindustriel, une première pour une période de trois ans. Janvier 2026 a été le cinquième mois de janvier le plus chaud jamais enregistré, avec une anomalie de +0,51 °C par rapport à la moyenne 1991-2020.
Dr Nick Dunstone, du Met Office, a souligné : « 2024 a vu le premier dépassement temporaire de 1,5 °C et nos prévisions pour 2026 suggèrent que cela est à nouveau possible. » Si un Super El Niño se développait fin 2026, l'année 2027 pourrait battre le record de 2024.
| Année | Anomalie mondiale (vs 1850-1900) | Classement | Phase ENSO |
|---|---|---|---|
| 2024 | +1,55 °C | 1ère | El Niño → Neutre |
| 2023 | +1,48 °C | 2e | Neutre → El Niño |
| 2025 | +1,42 °C (estim.) | 3e | La Niña |
| 2026 (prévision) | +1,46 °C (central) | Top 4 | Neutre → El Niño |
Super El Niño 2015-2016 vs prévisions 2026 : comparaison
L'épisode 2015-2016 reste la référence la plus récente d'un Super El Niño. Son anomalie a atteint +2,6 °C dans la région Niño 3.4, un record pour cette zone, selon l'ECMWF. Dans la région Niño 4 (Pacifique occidental), l'anomalie de +1,7 °C a dépassé de 0,4 °C le précédent record de 2009.
En 2015-2016, l'effet global sur la température mondiale a été estimé à +0,20 °C supplémentaire par rapport à la tendance de fond. L'année 2016 était alors devenue l'année la plus chaude jamais enregistrée, avec +1,29 °C au-dessus de la période préindustrielle. Ce record a tenu jusqu'en 2023.
La différence pour 2026 : la température de fond est désormais 0,2 °C plus élevée qu'en 2015, en raison du réchauffement accumulé sur la dernière décennie. Un épisode d'intensité comparable à 2015-2016 produirait donc des températures absolues supérieures, selon le climatologue Zeke Hausfather (The Climate Brink).
Quelles conséquences pour l'Europe ?
L'influence d'El Niño sur le climat européen passe par des « téléconnexions » atmosphériques : les perturbations dans le Pacifique modifient la circulation atmosphérique à l'échelle planétaire, affectant indirectement les régimes de pression et les courants-jets au-dessus de l'Atlantique et de l'Europe.
Météo-France note que « l'influence d'El Niño sur l'Europe n'a jamais été prouvée avec certitude, malgré de nombreuses études ». Cependant, plusieurs tendances sont régulièrement observées lors d'épisodes marqués :
- Hiver (décembre-février) : des conditions dépressionnaires plus fréquentes sur l'Atlantique proche, entraînant des températures plus douces et un temps plus humide et tempétueux en Europe de l'Ouest.
- Printemps : signal plus incertain, mais tendance à un temps plus sec sur l'Europe méridionale lors d'épisodes forts.
- Été : un renforcement de la tendance au réchauffement global peut amplifier les vagues de chaleur en Europe, sans lien direct de causalité avec El Niño.
Le GIEC souligne dans son 6e rapport que les événements El Niño intenses modifient la probabilité de certains extrêmes climatiques à l'échelle régionale, sans permettre une attribution directe événement par événement.
Un point souvent omis : El Niño augmente le taux d'humidité dans l'atmosphère mondiale, ce qui se traduit par des précipitations plus intenses dans certaines régions et par un temps humide et tempétueux en France durant l'hiver suivant, selon Tameteo. L'hiver 2026-2027, si un El Niño fort ou super se confirme, pourrait ainsi se caractériser par des tempêtes plus fréquentes sur l'Atlantique nord et des précipitations excédentaires dans le sud de la France.
L'été 2026 en France : ce qu'indiquent les modèles
Les tendances saisonnières pour l'été 2026 en France météopolitaine convergent vers un scénario chaud et sec. Selon les modèles relayés par La Météo.org et Meteolafleche, les températures estivales pourraient dépasser de +1 °C la normale 1991-2020, avec un déficit de précipitations marqué.
Juin 2026 : l'anticyclone devrait se positionner entre le nord de l'Espagne et la France, favorisant un mois globalement chaud et sec de la péninsule Ibérique jusqu'à la Suisse.
Juillet 2026 : la chaleur serait omniprésente sur la France, avec des épisodes parfois caniculaires. Le contexte s'annonce sec, en particulier sur le tiers nord.
Août 2026 : la fin de l'été météorologique resterait dans une dynamique de sécheresse et de chaleur, avec des précipitations rares et un ensoleillement supérieur aux normales.
RSE Magazine rapporte que des experts envisagent désormais la possibilité d'une vague de chaleur dépassant de 10 °C les normales climatologiques dès 2026. Ce scénario reste conditionné à la réalisation effective d'un El Niño fort à super d'ici l'été.
Agriculture française : les risques identifiés
L'agriculture française est davantage affectée par le réchauffement climatique de fond que par El Niño directement. Selon Coface, « l'Europe est épargnée par les perturbations directes d'El Niño, tout comme l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient ». L'impact sur l'agriculture française passe principalement par deux canaux : le réchauffement amplifié et les déséquilibres des marchés mondiaux de matières premières.
Céréales : selon l'INRA, les facteurs climatiques (accélération de la phénologie, sécheresses printanières, fortes températures estivales) sont responsables de 30 à 70 % de la stagnation des rendements de blé en France. Un été 2026 chaud et sec aggraverait cette pression.
Viticulture : les Chambres d'agriculture observent une précocité accrue des vendanges et une concentration en sucre plus élevée des raisins, au détriment de la richesse aromatique. Un épisode El Niño renforçant la chaleur estivale accélérerait cette tendance.
Élevage : le stress thermique du bétail et la raréfaction des ressources fourragères lors d'étés chauds et secs constituent des risques documentés par le ministère de l'Agriculture. La sécheresse de 1976, survenue lors d'un épisode El Niño, reste dans les mémoires : le déficit pluviométrique avait atteint 46 % au printemps, selon Météo-France.
La sécheresse de 1976 : un précédent à retenir
L'année 1976 illustre les effets d'un El Niño combiné à des conditions atmosphériques défavorables en Europe. Un épisode El Niño avait débuté début 1976, et la France a connu sa deuxième sécheresse printanière la plus sévère depuis le début des mesures fiables en 1959, selon Météo-France.
La sécheresse s'étendait de l'automne 1975 à l'été 1976, accompagnée d'une vague de chaleur entre juin et août. Les pertes agricoles avaient nécessité la création d'un impôt exceptionnel (l'« impôt sécheresse »).
Il serait réducteur d'attribuer la sécheresse de 1976 au seul El Niño. La variabilité interne de l'atmosphère européenne (blocage anticyclonique persistant) a joué un rôle déterminant. Ce précédent rappelle toutefois que la conjonction d'un El Niño et de conditions atmosphériques défavorables peut produire des scénarios extrêmes en France.
Plus récemment, l'été 2023 a montré les effets d'un El Niño en phase d'émergence : la France a connu des températures supérieures aux normales entre juin et septembre, et selon le service Copernicus, la moitié de la surface terrestre mondiale a subi plus de jours de stress thermique que la moyenne en 2025. Le réchauffement de fond amplifie chaque épisode El Niño par rapport au précédent, un effet décrit par les climatologues comme un « escalier » thermique.
Ce qui reste incertain
Plusieurs inconnues subsistent en mars 2026. La « barrière de prédictibilité printanière » réduit la fiabilité des modèles ENSO : les prévisions émises en mars pour l'été sont historiquement moins précises que celles émises en mai-juin.
- Intensité : l'écart entre un El Niño « fort » (+1,5 °C) et un « Super » (+2,0 °C et plus) change considérablement les impacts. En mars 2026, la probabilité d'un épisode super est estimée à environ 20 %.
- Timing : si El Niño ne se développe qu'à l'automne 2026, l'été français serait moins affecté que dans un scénario d'émergence estivale.
- Téléconnexions : le lien El Niño-Europe reste statistiquement faible et variable d'un épisode à l'autre, comme le rappelle Météo-France.
- Aérosols volcaniques : une éruption volcanique majeure (comme le Hunga Tonga en 2022) pourrait modifier les prévisions de température mondiale.
Les prochaines étapes à surveiller
Le prochain bulletin ENSO de la NOAA, attendu mi-avril 2026, fournira une mise à jour des probabilités. Les modèles couplés océan-atmosphère gagneront en précision à mesure que la barrière printanière sera franchie.
D'ici là, les données de sub-surface du Pacifique (progression de l'onde de Kelvin, température à 150-300 m de profondeur) seront les indicateurs les plus fiables de la trajectoire ENSO. Météo-France publiera ses tendances saisonnières actualisées pour l'été 2026 dans les semaines à venir.
Au niveau mondial, le rapport de l'OMM (Organisation météorologique mondiale) sur les prévisions saisonnières, attendu en avril, apportera une synthèse des différents centres de prévision. L'agence AgWeb relève que les agriculteurs américains surveillent déjà les signaux ENSO pour ajuster leurs stratégies de semis et d'irrigation. En France, les alertes sécheresse du ministère de la Transition écologique pourraient être déclenchées plus tôt que d'habitude si les conditions sèches du printemps se confirment.
Cet article sera mis à jour au fil de l'évolution des modèles et des observations.
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