Préparer le repli plutôt que résister à la mer : c'est la stratégie à l'étude sur la côte est de l'Angleterre, l'une des plus érodées d'Europe. Un projet pilote examine comment déplacer un cimetière menacé d'engloutissement ou reculer un parking trop proche d'une falaise.
Coastwise : 15 millions de livres pour organiser le recul
Le projet Coastwise, mis en œuvre par le conseil de district du North Norfolk, a obtenu plus de 15 millions de livres sterling (17 millions d'euros) d'aide gouvernementale. Son objectif : adapter le littoral à l'érosion, accélérée par le changement climatique.
Contrainte imposée : ne pas utiliser ces fonds pour des défenses côtières traditionnelles, comme les digues ou les gabions. L'équipe évalue plutôt comment gérer la perte d'habitations menacées, racheter des terrains à risque ou remplacer des résidences permanentes par des mobil-homes équipés de systèmes d'alerte précoce.
« C'est assez révolutionnaire », estime Robert Goodliffe, du projet Coastwise. « D'autres pays testent des choses diverses mais il n'y a rien de tout à fait similaire. Cela requiert un changement dans notre façon de penser. »
Thorpeness : dix maisons démolies, un village en sursis
Pendant des décennies, la réponse au Royaume-Uni a consisté à « maintenir » le trait de côte en construisant des ouvrages de protection. Mais certains de ces ouvrages arrivent en fin de vie et, face à la montée des eaux, l'Agence pour l'environnement estime qu'il sera impossible de contenir la mer partout.


À Thorpeness, dans le Suffolk, la maison de Shelley Cowlin, 89 ans, a été démolie en janvier après cinquante ans d'occupation. Les tempêtes hivernales ont ravagé le littoral et neuf autres propriétés du village ont subi le même sort.
« C'était une belle et grande maison blanche qui offrait une vue fantastique », raconte-t-elle à l'AFP, déplorant l'absence d'indemnisation gouvernementale. Le gouvernement a recommandé à ce village de 130 habitants de reculer par rapport à la côte plutôt que d'investir dans de nouvelles protections.
« Les défenses mises en place ne feront que ralentir l'érosion, elles ne peuvent pas l'arrêter », rappelle la conseillère locale Katie Graham. « Nous avons besoin de plus d'argent, plus de soutien du gouvernement. La situation est très urgente. »
Un laboratoire pour la France et l'Europe
Sophie Day, spécialiste de l'adaptation côtière impliquée dans le projet, souligne un vide réglementaire : « Lorsqu'il s'agit de construire un ouvrage de protection, il y a un processus prévu, un moyen d'obtenir des financements. Mais ce n'est pas le cas lorsqu'il s'agit de perdre du terrain. »


L'équipe se penche notamment sur les difficultés logistiques et juridiques d'exhumer des corps pour déplacer un cimetière. Les conclusions pourraient ensuite être appliquées ailleurs dans le pays et inspirer d'autres États européens.
En France, la présidente du Comité national du trait de côte, la députée Sophie Panonacle, réclame depuis plusieurs années la création d'un fonds consacré à l'érosion côtière. Le chercheur Robert Nicholls, de l'Université d'East Anglia, salue quant à lui une approche « sage et visionnaire » : « Ils essaient de voir ce qui est possible et ce qui ne l'est pas. Ils essaient d'innover face au changement climatique. »











