Depuis le début du conflit le 28 février, les frappes américaines et israéliennes ont visé plusieurs sites liés au programme nucléaire iranien. Le 18 mars, un projectile a touché la centrale de Bouchehr, la seule en activité du pays. L'AIEA a indiqué qu'aucune hausse des niveaux de radiation n'avait été détectée, mais le risque d'un incident plus grave reste entier. Voici ce que disent les experts. (Suivre le fil complet de la guerre Iran)
Bouchehr touchée : ce que l'on sait
La centrale de Bouchehr, située sur la côte sud de l'Iran face au golfe Persique, est un réacteur VVER-1000 de conception russe, en service depuis 2011. C'est la seule centrale nucléaire iranienne qui produit de l'électricité. Elle contient du combustible nucléaire irradié.
Le 18 mars, un projectile a touché le site. L'AIEA a précisé que le réacteur n'avait pas été atteint directement et qu'aucune fuite n'avait été constatée. Rafael Grossi, directeur général de l'agence, a appelé à « la plus extrême retenue » et averti que « frapper des installations nucléaires constituerait un franchissement de la ligne la plus rouge ».
Parallèlement, le site d'enrichissement de Natanz a été endommagé dès les premiers jours du conflit. L'AIEA a révélé l'existence d'un nouveau site souterrain d'enrichissement à Isfahan, découvert après le début des hostilités.
Que se passerait-il en cas de frappe directe sur un réacteur ?
Selon l'ICAN (Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires), une frappe directe sur le cœur d'un réacteur en fonctionnement libérerait des isotopes radioactifs dans l'atmosphère, principalement du césium-137 et de l'iode-131. La zone de contamination dépendrait de la puissance de l'impact, de l'état du réacteur et des conditions météorologiques.
L'Arms Control Association souligne que les réacteurs de type VVER-1000 disposent d'une enceinte de confinement, contrairement au réacteur de Tchernobyl (RBMK). Un scénario identique à la catastrophe de 1986 est donc peu probable. En revanche, un scénario de type Fukushima — perte de refroidissement entraînant une fusion partielle du cœur — ne peut être exclu si les systèmes de sécurité sont endommagés par des frappes répétées.
La CRIIRAD (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) a alerté le 18 mars que « la sûreté nucléaire est de nouveau fragilisée » par les combats et a rappelé les risques liés à la perte d'alimentation électrique des systèmes de refroidissement.
Sites d'enrichissement : un risque chimique et radiologique
Les sites d'enrichissement d'uranium (Natanz, Fordow, Isfahan) utilisent de l'hexafluorure d'uranium (UF6), un composé gazeux utilisé dans les centrifugeuses. En cas de frappe, sa dispersion dans l'atmosphère présente un double risque : radiologique (uranium) et chimique (fluorure d'hydrogène, hautement toxique).
Selon l'Arms Control Association, les sites souterrains comme Fordow, enfouis sous une montagne, sont difficiles à atteindre. Mais Natanz a déjà subi des dommages. L'uranium enrichi stocké sur ces sites, s'il était dispersé, contaminerait les sols et les nappes phréatiques dans un rayon dépendant de la quantité libérée.
Quel risque pour l'Europe ?
L'Iran se trouve à 3 000 à 5 000 kilomètres de l'Europe occidentale. Les vents dominants dans la région soufflent vers l'est (Afghanistan, Pakistan, sous-continent indien), ce qui éloigne le risque principal du continent européen.
Le risque de retombées directes en Europe est qualifié de faible par les experts, mais pas nul. Après Fukushima en 2011, des traces d'iode-131 avaient été détectées en Europe à plus de 8 000 kilomètres, à des niveaux sans conséquence sanitaire. Un incident majeur à Bouchehr pourrait produire un schéma comparable.
Le risque indirect est plus concret : contamination de la chaîne alimentaire dans le Golfe (poissons, fruits de mer), perturbation des voies maritimes déjà bloquées par le conflit, et hausse des coûts d'importation de certaines denrées.
Ce que font les organisations internationales
L'AIEA maintient des inspecteurs sur les sites iraniens accessibles. Grossi a effectué un déplacement en Iran dès les premiers jours du conflit. L'agence surveille en continu les niveaux de radiation autour des installations.
L'OMS a activé un protocole d'urgence nucléaire prévoyant le prépositionnement de comprimés d'iode, la coordination avec les autorités sanitaires de la région et la mise en alerte des hôpitaux spécialisés.
En France, la CRIIRAD a publié un communiqué le 18 mars appelant à une « surveillance renforcée » et à la transparence sur les mesures de radioactivité. L'ASN (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, ex-IRSN) assure une veille permanente.











