Les scientifiques s'attendaient à trouver des ours polaires amaigris par la disparition de leur terrain de chasse. Ils ont découvert l'inverse. Selon une étude publiée jeudi dans la revue Scientific Reports, les ours polaires de l'archipel norvégien du Svalbard ont augmenté leur corpulence entre 2000 et 2019, malgré un recul spectaculaire de la banquise dans la région.
« L'augmentation de leur condition physique durant une période de perte significative de la glace de mer a été une surprise », confie Jon Aars, de l'Institut polaire norvégien, auteur principal de l'étude. Les chercheurs ont analysé la corpulence de centaines d'ours sur une période de vingt-cinq ans, dans une zone où le réchauffement climatique est jusqu'à quatre fois plus rapide que la moyenne mondiale.
Un résultat à contre-courant
Dans d'autres régions de l'Arctique, comme la baie de Hudson au Canada, la dégradation de la condition physique des ours polaires est bien documentée. La fonte de la banquise réduit leur accès aux phoques, leur proie principale, entraînant un déclin de leur état corporel, de leur survie et de leur reproduction.
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Au Svalbard, l'indice mesurant la condition corporelle des ours a d'abord décliné entre 1995 et 2000, avant de remonter durant la période de fonte accélérée des glaces. « Ce résultat peut sembler surprenant car il est contraire aux études menées dans d'autres populations d'ours polaires », souligne la chercheuse Sarah Cubaynes, qui n'a pas participé directement à cette étude.
Rennes, morses et diversification alimentaire
Pour expliquer cette résilience, les auteurs de l'étude suggèrent que les ours du Svalbard ont diversifié leur alimentation, habituellement composée essentiellement de phoques. Ils auraient notamment chassé plus facilement les rennes et les morses, dont les populations ont de nouveau prospéré après avoir été surexploitées par les humains.
La concentration d'une espèce particulière de phoques pourrait également avoir augmenté lorsque la glace de mer se faisait plus rare, ce qui aurait réduit l'effort de chasse nécessaire pour les ours. Une autre hypothèse, avancée par Sarah Cubaynes, est que les femelles préserveraient leur condition physique au prix d'une reproduction réduite.
Une adaptation probablement temporaire
Les auteurs insistent sur l'importance de ne pas extrapoler ces résultats à l'ensemble de l'Arctique. La situation des ours du Svalbard obéit à une « relation complexe » entre leur habitat, l'écosystème et leurs dépenses énergétiques.
Même si cette adaptation constitue une « bonne nouvelle », les chercheurs se montrent pessimistes pour l'avenir. « Nous pensons qu'ils sont toujours dépendants de leur capacité à chasser des phoques sur la glace », prévient Jon Aars, estimant que les ours du Svalbard finiront probablement par être rattrapés par le changement climatique.












