Pendant près d'un an, Harada Hussein Abdirahman a été soignée pour la dengue et le paludisme dans le comté de Mandera, au nord-est du Kenya. Quand les médecins ont enfin identifié le kala-azar, la sexagénaire avait frôlé la mort. Son cas illustre la méconnaissance d'une maladie parasitaire qui fait des ravages dans les régions arides d'Afrique de l'Est.
Une maladie méconnue et dévastatrice
Le kala-azar, autre nom de la leishmaniose viscérale, est transmis par des phlébotomes, de minuscules moucherons. Il provoque fièvre, perte de poids et hypertrophie de la rate et du foie. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), entre 50 000 et 90 000 cas sont recensés chaque année dans le monde, mais l'institution estime que seuls 25 à 45 % des cas lui sont effectivement signalés.
« Je pensais que j'allais mourir », confie Harada Hussein Abdirahman à l'AFP. « C'est pire que toutes les maladies qu'ils pensaient que j'avais. » La grand-mère de 60 ans a perdu une partie de son audition à cause des traitements lourds administrés après le diagnostic tardif.
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Une flambée épidémique au Kenya
Les chiffres sont alarmants. D'après le ministère kényan de la Santé, 3 577 cas de kala-azar ont été recensés dans le pays en 2025, soit plus du double de l'année précédente (1 575 malades). Jusqu'à six millions de personnes sont exposées à la maladie sur le territoire national.
À Mandera, un comté presque aussi grand que la Belgique, frontalier de la Somalie et de l'Éthiopie, seuls trois établissements sont capables de traiter le kala-azar. L'an dernier, une flambée épidémique dans une carrière a conduit les autorités à restreindre les déplacements au crépuscule et à l'aube, lorsque les phlébotomes sont les plus actifs. Au moins deux ouvriers ont péri.
Nous ne connaissions pas cette étrange
« Nous ne connaissions pas cette étrange maladie qui faisait mourir nos collègues », témoigne Evans Omondi, 34 ans, venu de l'ouest du Kenya pour travailler dans la carrière.
Le changement climatique, accélérateur de la propagation
« Le changement climatique étend l'aire de répartition des phlébotomes et accroît le risque de flambées dans de nouvelles zones », s'inquiète le Dr Cherinet Adera, chercheur à l'Initiative Médicaments pour les maladies négligées, une ONG basée à Nairobi.
Le phlébotome se réfugie dans les fissures des maisons en terre et les termitières. L'insecte se multiplie pendant la saison des pluies qui suit une sécheresse prolongée. Or le nord-est du Kenya, ainsi que des régions voisines d'Éthiopie et de Somalie, ont connu ces derniers mois une sécheresse dévastatrice.
Des obstacles structurels majeurs
Treize pays, dont six en Afrique, concentrent 95 % des cas mondiaux de kala-azar. En 2023, les pays d'Afrique les plus touchés ont adopté à Nairobi un cadre visant à éliminer la maladie d'ici 2030. Mais les défis restent immenses.
« Très peu d'établissements au Kenya ont les capacités de diagnostiquer et traiter la maladie », observe le Dr Paul Kibati, de l'ONG médicale Amref. Un malade peut passer jusqu'à 30 jours à l'hôpital, pour une facture pouvant atteindre 100 000 shillings kényans (environ 650 euros) hors médicaments, une somme inaccessible pour bon nombre d'habitants de Mandera.
Le kala-azar dont les dommages sont
Le kala-azar, dont les dommages sont aggravés par la malnutrition et l'affaiblissement du système immunitaire, « touche surtout les plus pauvres », souligne le Dr Kibati. Et le pire semble à venir : « Nous nous attendons à davantage de cas lorsque les pluies commenceront. »











