Le chiffre est meilleur que prévu. Mais le soulagement ne dure qu'un instant. Le déficit public français s'est établi à 5,1 % du PIB en 2025, selon la première estimation de l'INSEE publiée vendredi 27 mars — soit 0,3 point de moins que la prévision du ministère de l'Économie, et 0,7 point de mieux qu'en 2024 (5,8 %). Une bonne nouvelle encerclée de menaces.
Des recettes en hausse, des dépenses qui ralentissent
L'amélioration ne relève pas d'un miracle de croissance. Elle tient d'abord à la hausse des prélèvements. « Les recettes accélèrent en 2025 : elles sont en hausse de 3,9 %, après +3,2 % en 2024 », détaille l'INSEE. Les impôts sur le revenu et le patrimoine ont bondi de 6,6 %, conséquence directe des mesures fiscales votées dans le budget 2025.
Côté dépenses, le rythme a ralenti : +2,5 % en euros courants, contre +4 % en 2024. Mais leur croissance reste supérieure à celle du PIB en valeur (+2 %), si bien qu'en volume, elles ont encore progressé de 0,9 %. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a pointé vendredi depuis Bercy « une dérive très préoccupante » du nombre d'arrêts maladie.
En clair : la France dépense toujours plus qu'elle ne produit, mais l'écart se resserre — grâce aux impôts, pas grâce à la sobriété.
« Quoi qu'il arrive » : le nouveau mantra budgétaire
Sébastien Lecornu a salué une « bonne surprise », immédiatement tempérée. « Quand on est encore à 5,1 % de déficit, aucune raison de se satisfaire ou de s'auto-congratuler », a-t-il prévenu. Et d'ajouter une formule volontairement construite en miroir d'une autre époque : « On a connu le ‹ quoi qu'il en coûte ›. Je crois qu'on peut dire que la maîtrise des finances publiques en transparence doit se faire quoi qu'il arrive désormais. »

Le message est destiné autant aux marchés qu'aux partenaires européens. La France a vu monter ces dernières semaines les taux d'intérêt sur ses emprunts obligataires, dans le sillage des perturbations financières causées par la guerre au Moyen-Orient. Chaque point de spread supplémentaire alourdit la charge de la dette — déjà deuxième poste budgétaire de l'État.
Le ministre de l'Action et des Comptes publics David Amiel a enfoncé le clou : « Toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise » énergétique entraînerait « une annulation d'une dépense qui était prévue à l'euro près ». Traduction : pas de cagnotte, pas de chèque en blanc.
La guerre, variable incontrôlable
Le gouvernement vise un déficit « aux alentours de 5 % » du PIB en 2026. Avant le 28 février, cet objectif paraissait atteignable. Depuis, le Brent a dépassé 112 dollars, le détroit d'Ormuz est bloqué, et la Banque de France envisage une croissance réduite à 0,3 % dans son scénario le plus sombre — un scénario que nous avons détaillé dans notre analyse des trois trajectoires économiques.

Moins de croissance signifie moins de recettes fiscales. Plus de dépenses d'urgence — les 50 millions pour les routiers annoncés vendredi soir n'en sont qu'un avant-goût. Le piège est arithmétique : chaque mesure de soutien creuse le déficit que l'on cherche à réduire.
La dette publique s'élève à 3 460,5 milliards d'euros fin 2025, contre 3 484,1 milliards fin septembre. Le ratio a reculé à 115,6 % du PIB. Mais avec une croissance qui s'affaisse et des taux qui montent, le stock de dette redeviendra un problème dès le second semestre.
Ce qui vient
Deux inconnues dominent le calendrier budgétaire. La durée de la guerre au Moyen-Orient — le secrétaire d'État américain Marco Rubio a évoqué jeudi une fin des opérations « dans les deux prochaines semaines », mais les marchés restent sceptiques. Et l'ampleur des aides que le gouvernement devra consentir pour absorber le choc énergétique — le plafonnement TotalEnergies expire le 31 mars, les routiers bloquent déjà l'A7.
Le 5,1 % de 2025 est un socle. Reste à savoir si la guerre le laissera intact.











