Les premières victimes économiques de la guerre en Iran ne se limitent pas à la pompe à essence. Elles sont aussi aériennes. Depuis que le détroit d’Ormuz est bloqué, le kérosène manque en Europe. Les compagnies annulent, les prix décollent, et l’été 2026 s’annonce comme la pire saison aérienne depuis le Covid pour les voyageurs français.
Annulations en cascade et billets en flambée
Les signaux s’accumulent depuis mars. La compagnie scandinave SAS a annulé environ 1 000 vols programmés en avril 2026, faute de couverture carburant suffisante. Volotea a supprimé des liaisons entre la Corse et le continent pour avril et mai. Air France a suspendu ses vols vers Cuba jusqu’à la mi-juin, invoquant la pénurie de carburant sur place.
Le prix du kérosène a bondi de 84 %, passant de 830 à 1 528 dollars la tonne en quelques semaines. Cette flambée se répercute directement sur les billets : selon les analystes du secteur aérien, les voyageurs doivent s’attendre à des tarifs 20 à 40 % supérieurs à ceux de l’été 2025 sur la plupart des destinations.
Comment le blocage d’Ormuz prive l’Europe de kérosène
Le mécanisme est simple et brutal. Environ 30 % du kérosène consommé en Europe transitait par le détroit d’Ormuz, cette artère maritime de 34 kilomètres de large entre l’Iran et Oman par laquelle passait un cinquième de la production pétrolière mondiale. Depuis le début du conflit fin février, le détroit est effectivement fermé.
Les raffineries européennes doivent désormais se réapprovisionner par des routes alternatives : pétrole de mer du Nord, imports américains ou africains. Ces circuits sont plus longs, plus coûteux, et ne compensent pas les volumes perdus. Le déficit structurel de kérosène en Europe s’installe dans la durée.
À cette crise s’ajoute une contrainte réglementaire : depuis janvier 2026, le mandat européen SAF impose 2 % de carburant durable dans le mix aviation. Ce carburant de synthèse coûte trois à cinq fois plus cher que le kérosène conventionnel. En temps normal, la surcharge est absorbable. En pleine pénurie, elle devient un multiplicateur de coûts. Air France a alerté que le cumul de ces deux pressions pourrait menacer « jusqu’à 45 % de ses vols vers l’Asie ».
Comme le documente Regards Actuels dans son suivi de la guerre en Iran, les conséquences du conflit s’enchaînent en cascade : blocage d’Ormuz, pétrole à plus de 100 dollars, essence à 2 euros en France, et maintenant pénurie de kérosène qui frappe le transport aérien. Les voyageurs français sont le dernier maillon de cette chaîne de transmission économique.
Compagnies aériennes : qui résiste, qui vacille
Toutes les compagnies ne sont pas égales face à la crise. Les grandes compagnies nationales — Air France-KLM, Lufthansa, British Airways — disposent de contrats de couverture carburant (hedging) qui les protègent partiellement sur plusieurs mois. Elles absorbent le choc plus longtemps, mais pas indéfiniment.
Les compagnies low-cost sont les plus exposées. Leur modèle repose sur des marges faibles et des volumes élevés. Sans couverture carburant à long terme, chaque hausse du kérosène se traduit immédiatement en hausse de billet ou en suppression de lignes. SAS, déjà fragilisée financièrement, est la première à avoir massivement annulé. D’autres saisonnières suivront si la crise se prolonge au-delà de mai.
Le scénario intermédiaire des analystes — celui que la plupart jugent le plus probable — table sur des tensions prolongées sans escalade majeure. Le kérosène reste élevé tout l’été. Les lignes les plus menacées sont les long-courriers vers l’Asie et le Moyen-Orient, et les liaisons low-cost saisonnières vers le bassin méditerranéen.
Ce que les voyageurs français doivent anticiper cet été
Pour les Français qui préparent leurs vacances, plusieurs réalités s’imposent. Les prix ne baisseront pas : la fenêtre de réservation à tarif raisonnable est déjà fermée sur la plupart des destinations long-courrier. Les annulations vont se multiplier, en particulier sur les lignes opérées par des compagnies à faible marge.
En cas d’annulation, le règlement européen CE 261/2004 garantit aux passagers le remboursement intégral du billet ou un réacheminement, quel que soit le motif. L’indemnisation forfaitaire de 250 à 600 euros selon la distance est en revanche incertaine : les compagnies invoqueront probablement la pénurie comme « circonstance extraordinaire » pour s’en exempter. Le droit au remboursement, lui, reste inconditionnel.
L’été 2026 ne ressemblera pas à celui de 2025. La guerre en Iran, en bloquant Ormuz, n’a pas seulement fait grimper le prix de l’essence. Elle a ouvert une brèche dans le modèle même du transport aérien européen, construit sur un accès fluide au pétrole du Golfe. Cette dépendance a un prix — et ce sont les voyageurs qui le paient.











