Le Brent est repassé sous les 100 dollars mercredi 25 mars. À 99,61 dollars le baril, en recul de 4,67 %, c'est la première fois que le cours du pétrole repasse sous cette barre symbolique depuis le début de la guerre en Iran le 28 février. À la pompe, le gazole a perdu 4 centimes en une journée, passant de 2,221 euros le litre le 23 mars à 2,181 euros le 24. Les titres optimistes ont fleuri : « Enfin une première baisse des prix à la pompe ! » Mais les fondamentaux du marché pétrolier n'ont pas changé. Cette baisse repose sur des annonces fragiles, pas sur un retour à la normale.
Ce qui a fait baisser le pétrole mercredi
Deux annonces ont convergé pour provoquer le recul. La première : l'Iran a déclaré via l'Organisation maritime internationale que les « navires non hostiles » pouvaient désormais « bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes ». La seconde : la révélation par le New York Times et la chaîne israélienne Channel 12 d'un plan de paix américain en 15 points transmis à Téhéran via le Pakistan. Les marchés ont réagi immédiatement — le Brent a chuté de 6 % peu après l'ouverture à Tokyo. Les Bourses d'Asie sont repassées dans le vert.
Les traders ont lu ces signaux comme une probabilité accrue de désescalade. Mais la probabilité n'est pas la certitude.
Pourquoi cette baisse ne signifie pas la fin de la crise
Trois verrous empêchent un retour à la normale sur le marché pétrolier.
Premier verrou : l'ouverture d'Ormuz est un mirage conditionnel. La notion de « navire non hostile » n'est pas définie. Qui décide de la qualification ? Les Gardiens de la Révolution. L'obligation de « coordination avec les autorités compétentes » transforme chaque transit en autorisation au cas par cas. Les assureurs maritimes, notamment Lloyd's, qui ont suspendu la couverture du transit d'Ormuz depuis le 5 mars, n'ont pas modifié leur position. Sans assurance, aucun armateur ne prendra le risque d'envoyer un pétrolier dans le détroit. Et la menace de mines navales brandie par l'Iran la veille — des mines dérivantes « quasi indétectables » — rend tout passage hasardeux même avec un accord de principe.
Deuxième verrou : le plan de paix exige des concessions iraniennes irréalistes. Le plan en 15 points demande à l'Iran de renoncer à son programme nucléaire, d'abandonner le Hezbollah et le Hamas, et de maintenir Ormuz ouvert — en échange d'une levée des sanctions. Le président du Parlement iranien Ghalibaf a démenti en bloc. La fenêtre de cinq jours de Trump expire samedi 28 mars. Si aucun progrès tangible n'émerge, les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes reprendront — et le Brent repassera au-dessus de 100 dollars en quelques minutes.
Troisième verrou : la volatilité est le symptôme, pas le problème. En une seule journée le 23 mars, le Brent a oscillé entre 91,89 et 109,68 dollars — une fourchette de 18 dollars. Cette volatilité extrême reflète un marché qui ne sait pas si la guerre va durer cinq jours ou cinq mois. Goldman Sachs maintient sa prévision d'un Brent moyen à 110 dollars en mars-avril, avec un risque de dépassement du record historique de 2008 (147,50 dollars). Le passage sous 100 dollars est un creux dans une tendance haussière, pas un retournement.
Ce que cela change à la pompe pour les automobilistes français
La baisse du Brent se répercute à la pompe avec un décalage de 48 à 72 heures — mais toujours plus lentement à la baisse qu'à la hausse. Le gazole est passé de 2,221 à 2,181 euros le litre entre le 23 et le 24 mars : 4 centimes de baisse. Le SP98 a reculé de 2,059 à 2,036 euros. C'est un soulagement symbolique, mais pas un retour à des niveaux supportables. Tous les carburants restent au-dessus de 2 euros le litre.
L'échéance la plus concrète pour les automobilistes français est le 31 mars. À cette date, le plafond TotalEnergies — 1,99 euro le litre pour l'essence, 2,09 euros pour le gazole — expire. TotalEnergies a annoncé qu'il « réévaluerait la situation des marchés début avril ». Si le Brent reste autour de 100 dollars, le renouvellement est possible. Si la fenêtre Trump échoue et que les frappes reprennent, le plafond devient intenable économiquement — et TotalEnergies pourrait soit le relever, soit le supprimer, comme l'analysait Regards Actuels dans le décryptage du double jeu de TotalEnergies.
Pour un ménage qui consomme 1 200 litres de gazole par an (moyenne française), la différence entre un gazole à 2,18 euros et un gazole à 1,60 euro (niveau de janvier 2026) représente 696 euros par an. Même avec la baisse de mercredi, la guerre en Iran coûte environ 58 euros de plus par mois à chaque foyer motorisé, rien que pour le carburant — sans compter le gaz et les prix alimentaires en hausse, comme le détaillait Regards Actuels dans l'analyse du coût de la crise pour les ménages.
Ce qu'il faut surveiller cette semaine
Trois dates détermineront si la baisse de mercredi est un début de décrue ou un faux espoir. Le samedi 28 mars, la fenêtre diplomatique de Trump expire : si l'Iran n'a pas fait de geste concret, les frappes reprennent et le pétrole flambe. Le dimanche 29 mars, l'ambassadeur iranien doit avoir quitté le Liban — un test de la fracture Beyrouth-Téhéran qui peut relancer l'escalade régionale. Le 31 mars, le plafond TotalEnergies expire et sera — ou non — renouvelé. En attendant, le seul conseil valable pour les automobilistes : profiter de la baisse pour faire le plein, mais ne pas compter sur sa durée.











