- Quadruple meurtre Thorigné-sur-Dué 4 sept 1994. Condamnation Sarthe déc 1997 : perpétuité, 22 ans de sûreté
- Audience 7 mai 2026 Cour de révision : Leprince réaffirme son innocence. Avis favorable de l'avocat général
- Éléments nouveaux : témoignage Célia incohérent, ADN « probable » d'Audrey sur un couteau chez Martine Compain
- Cadre légal : loi 20 juin 2014, art. 622 CPP. Fait nouveau OU élément inconnu créant un doute
- Décision attendue 2 juillet 2026. Précédent : demande de révision rejetée en 2011
Trente-et-un ans après les faits, l'affaire revient au Palais de justice de Paris. Le 7 mai 2026, Dany Leprince a fait face à la Cour de révision et de réexamen, dernière chance dans l'architecture judiciaire française d'un condamné définitif. À 69 ans, dont 18 années passées en détention, l'ancien ouvrier sarthois maintient sa position depuis 1994 : il n'est pas l'auteur du quadruple meurtre de Thorigné-sur-Dué. L'avocat général a déjà tranché — par un avis qui ne lie pas la Cour : il y a matière à un nouveau procès. La décision tombera le 2 juillet 2026. L'affaire offre l'occasion de comprendre un mécanisme qui reste, en France, exceptionnel.
Dany Leprince : qui est-il et que lui reproche-t-on
Dany Leprince, né en 1957, ouvrier d'usine de la Sarthe, est entré dans l'actualité judiciaire en septembre 1994. Le 4 septembre 1994, à Thorigné-sur-Dué, son frère Christian Leprince, son épouse et deux de leurs quatre filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés tués à l'arme blanche dans le pavillon familial. Une troisième fille, Audrey, succombe à l'hôpital. Solène, deux ans, est la seule survivante.
L'enquête se concentre sur Dany Leprince, voisin direct de la famille et seul à présenter, selon les enquêteurs de l'époque, un profil cohérent avec le mode opératoire. Selon le récit reconstitué par la fiche Wikipédia détaillée, il avoue le meurtre de son frère lors de la garde à vue, avant de revenir sur ses aveux. Sa femme Martine Compain et sa fille aînée Célia le mettent en cause. La cour d'assises de la Sarthe le condamne en décembre 1997 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans.
Le quadruple meurtre de Thorigné-sur-Dué en 1994
Le pavillon de Christian Leprince, à Thorigné-sur-Dué, village du Maine de 1 600 habitants situé à 25 km à l'est du Mans, devient en quelques heures la scène d'un drame familial. Les enquêteurs établissent que les coups ont été portés avec des couteaux. Le mobile présumé évoqué au procès — héritage, rancœurs familiales — n'est jamais formellement établi.
La singularité du dossier tient à plusieurs éléments. L'absence d'aveux libres de l'accusé. Une seule survivante de deux ans, témoin direct mais hors d'âge pour témoigner valablement. Des témoignages familiaux contradictoires. Une scène de crime qui a perdu une partie de sa préservation lors des premières heures de l'enquête. Pendant son incarcération, Dany Leprince publie en 2005 un livre, La feuille de boucher, dans lequel il proclame son innocence — un titre qui fait référence à un document de l'enquête qu'il estime déterminant.
La condamnation de 1997 : perpétuité, 22 ans de sûreté
La cour d'assises de la Sarthe le déclare coupable en décembre 1997. Le verdict est confirmé en appel devant la cour d'assises du Maine-et-Loire en 2000. Période de sûreté : 22 ans, soit la possibilité d'une libération conditionnelle au plus tôt en 2016. Dany Leprince obtient effectivement une libération conditionnelle après 18 années de détention. Une première demande de révision est déposée et examinée en 2011. La Cour de révision la rejette. Quinze ans plus tard, une nouvelle demande est examinée.
Audience du 7 mai 2026 devant la Cour de révision
L'audience publique du 7 mai 2026 s'est tenue dans la Grand'chambre de la Cour de cassation, à Paris, siège de la Cour de révision et de réexamen. Dany Leprince a parlé près de deux heures, selon le compte rendu publié par La Gazette France. « Je n'ai pas tué », répète-t-il, en revenant sur la chronologie de la garde à vue et de ses aveux.
L'avocat général a rendu son avis avant l'audience — un point procédural important : l'avis du parquet général à la Cour de révision est public et est versé au dossier avant débats. Le contenu de l'avis : favorable à un nouveau procès. L'avocat général ne déclare pas Leprince innocent, mais juge qu'il existe désormais un doute suffisant pour qu'un jury populaire réexamine l'affaire. Cet avis ne lie pas la Cour, qui statuera en formation collégiale.
Comment fonctionne la révision de procès en France
La révision est l'un des deux recours extraordinaires ouverts contre une décision pénale définitive (l'autre étant le réexamen, ouvert après condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'homme). Elle est régie par les articles 622 à 626-1 du code de procédure pénale, dans leur rédaction issue de la loi du 20 juin 2014.
La procédure se déroule en trois temps. Premièrement, le condamné, ses ayants droit ou le procureur général près la Cour de cassation saisissent la commission d'instruction des demandes en révision. Celle-ci examine la recevabilité formelle et instruit le dossier (auditions, expertises, reconstitutions). Deuxièmement, la commission, si elle estime qu'un fait nouveau ou élément inconnu existe, transmet à la Cour de révision et de réexamen. Troisièmement, la Cour, en formation de cinq magistrats, examine au fond et statue.
Les conditions juridiques : fait nouveau ou élément inconnu
Selon l'article 622 du code de procédure pénale, la révision est ouverte « lorsque, après une condamnation, vient à se produire un fait nouveau ou à se révéler un élément inconnu de la juridiction au jour du procès, de nature à établir l'innocence du condamné ou à faire naître un doute sur sa culpabilité ».
La formule comporte deux conditions cumulatives. Le fait nouveau ou élément inconnu : un témoignage rétracté, une expertise scientifique réalisée avec des techniques inexistantes à l'époque (analyses ADN modernes typiquement), un document découvert tardivement. Et la nature de ce fait : il doit être « de nature » à établir l'innocence ou à faire naître un doute. La jurisprudence accepte de plus en plus largement le doute simple, depuis la réforme de 2014, comme l'a analysé Maître Sylvie Noachovitch dans une étude pour Village de la Justice.
Dans le dossier Leprince, deux faits sont mis en avant. D'abord, le témoignage de Célia, fille de la victime principale, qui a évolué au fil des années : selon la reconstitution menée dans le cadre de la révision actuelle, certaines scènes décrites par elle n'auraient physiquement pas pu être vues depuis l'endroit où elle se trouvait au moment des faits. Ensuite, une trace ADN « probable » d'Audrey, la plus jeune victime, a été identifiée sur un couteau retrouvé dans la buanderie de Martine Compain — épouse de l'accusé, donc témoin à charge à l'époque, mais désormais sous une lumière différente.
Que peut faire la Cour : annulation, nouveau procès, rejet
Trois issues sont possibles le 2 juillet 2026. Annulation pure et simple de la condamnation, sans renvoi : c'est rarissime ; cela impliquerait que la Cour estime qu'il n'y a pas matière à un second procès, parce que l'innocence est techniquement établie. Annulation avec renvoi devant une autre cour d'assises (Leprince serait alors rejugé) : c'est la solution la plus probable si l'avocat général est suivi. Rejet de la demande : la condamnation reste définitive.
Les précédents récents donnent un ordre de grandeur. Depuis la création de la Cour de révision et de réexamen unique en 2014, on dénombre plusieurs centaines de demandes déposées, avec un taux d'admission au stade de la commission d'instruction qui reste faible (autour de 5-10 %). Les cas marquants des dernières années incluent l'affaire Omar Raddad (révision toujours en cours malgré un fait nouveau ADN reconnu), l'affaire Patrick Dils (acquittement après deuxième procès en 2002).
Décision attendue le 2 juillet 2026
Le calendrier annoncé par la Cour est précis : prononcé le 2 juillet 2026. Si Dany Leprince est renvoyé devant les assises, le procès en révision aurait lieu probablement en 2027 ou 2028, après préparation du dossier. L'affaire sera jugée par une cour d'assises spécialement composée, dans un département autre que ceux des deux premiers procès.
L'affaire dépasse le cas individuel. Plusieurs collectifs de soutien aux condamnés contestant leur culpabilité — l'association Soutien à Dany Leprince en tête — voient dans le dossier une étape pour l'évolution de la jurisprudence sur le doute raisonnable et le poids des témoignages familiaux en matière criminelle. Le débat dépasse aussi la question du seul accusé : les survivants directs de la tuerie, dont Solène, désormais adulte, devront vivre une seconde fois l'examen judiciaire des faits.
Notre lecture
Le dossier Leprince réunit la plupart des éléments que la jurisprudence française a appris à reconnaître comme problématiques. Une garde à vue avec aveux puis rétractation. Des témoignages d'enfants. Une scène de crime imparfaitement préservée. Une expertise ADN nouvelle. Le tout dans un contexte de campagne médiatique soutenue. La singularité de ce dossier-ci, par rapport à d'autres révisions, est moins l'identité des faits nouveaux que leur cumul : c'est la combinaison qui fait la « masse de doute » que l'avocat général estime suffisante.
Au-delà de cette affaire, la décision de juillet 2026 sera lue par le monde judiciaire comme un test de l'usage que fait la Cour de la marge ouverte par la loi de 2014 — qui élargit l'admissibilité de la révision en passant de la « preuve de l'innocence » au « doute sur la culpabilité ». Plus la Cour acceptera ce type de dossier, plus le mécanisme de révision pourra jouer son rôle correcteur. Inversement, un rejet enverra un signal restrictif sur l'interprétation de l'article 622. Dans les deux cas, ce n'est pas seulement Dany Leprince qui sera jugé le 2 juillet : c'est aussi la philosophie même du recours en révision en France.
Ce qu'on regarde maintenant
- Décision de la Cour de révision et de réexamen le 2 juillet 2026 (annulation, renvoi ou rejet)
- Calendrier d'un éventuel nouveau procès devant une cour d'assises (2027 probablement si renvoi)
- Position publique des autres familles concernées, notamment Solène, seule survivante
- Bilan annuel de la Cour de révision et de réexamen — nombre de saisines, taux d'admission
- Évolution parlementaire éventuelle de l'article 622 du CPP en cas de rejet jugé restrictif
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Sources : Légifrance — Code de procédure pénale, articles 622 à 626-1, Légifrance — Loi n° 2014-640 du 20 juin 2014, Wikipédia — Affaire Leprince (chronologie détaillée), franceinfo — Six questions pour comprendre l'affaire Leprince, La Gazette France — Audience du 7 mai 2026, Village de la Justice — Analyse loi 2014, AFP via dépêches du 7 mai 2026.











