- Parquet général 13 mai 2026 : 7 ans prison, 300 000 € amende, 5 ans inéligibilité
- Accusation : « pacte de corruption » avec Kadhafi pour financer la campagne présidentielle 2007
- 6 M€ via l'intermédiaire Ziad Takieddine (décédé 2023). Sarkozy nie
- 1re instance sept. 2024 : 5 ans ferme avec mandat de dépôt différé
- Décision de la cour d'appel : 30 novembre 2026. Co-prévenus : Guéant, Hortefeux, Woerth, Gaubert
Une affaire née d'un communiqué libyen en 2007. Un procès ouvert en 2024. Une condamnation en première instance. Et désormais, le 13 mai 2026, sept années de prison requises en appel. Le procès en appel de Nicolas Sarkozy pour financement libyen de sa campagne présidentielle 2007 a atteint son moment décisif. Le parquet général a tranché : sept ans de prison, 300 000 euros d'amende, cinq ans d'inéligibilité contre l'ancien chef de l'État. La cour d'appel rendra son arrêt le 30 novembre 2026. Pour comprendre la portée du dossier, il faut remonter aux origines de l'accusation, au mécanisme financier supposé, et aux personnes qui comparaissent à ses côtés.
Sarkozy procès libyen : que reproche-t-on à l'ancien président
Quatre qualifications pénales sont retenues. Corruption passive par personne dépositaire de l'autorité publique : il aurait conclu, alors qu'il était ministre de l'Intérieur (2005-2007), un accord politique avec le régime de Mouammar Kadhafi en échange de fonds. Recel de détournement de fonds publics libyens : les fonds proviendraient du Trésor public libyen, distrait au bénéfice du parti et de la campagne de Sarkozy. Financement illégal de campagne électorale : le plafond légal des dépenses de campagne aurait été dépassé par des sommes non déclarées. Association de malfaiteurs : qualification de groupe couvrant les coordinations entre les protagonistes.
L'accusation s'appuie sur un faisceau d'éléments accumulés depuis quinze ans : des notes diplomatiques libyennes citant l'opération de financement, les déclarations de Saïf al-Islam Kadhafi (fils de Mouammar) en 2011, les traces bancaires partielles révélées par Mediapart à partir de 2012, l'enquête longue de la JIRS de Paris (Juridiction interrégionale spécialisée), et plusieurs interrogatoires de Ziad Takieddine, intermédiaire franco-libanais central de l'affaire.
Les 7 ans requis en appel : ce que demande le parquet général
Le 13 mai 2026, l'avocat général Pierre-Yves Couilleau, représentant le parquet général à la cour d'appel de Paris, a énoncé ses réquisitions : sept ans de prison, 300 000 euros d'amende, cinq ans d'inéligibilité, et la confirmation des peines complémentaires de la première instance (interdiction des droits civiques). Selon la couverture de Euronews et France 24, la peine de prison demandée pourrait être assortie d'un mandat de dépôt à effet différé — c'est-à-dire incarcération effective après épuisement des voies de recours.

La requête est plus lourde qu'en première instance, où le parquet de Paris avait requis cinq ans de prison ferme. La différence tient à deux éléments : la richesse des débats d'appel (six mois d'audiences vs trois en première instance), et la dimension symbolique de la sanction recherchée — Sarkozy serait le premier ex-président de la Ve République condamné à une peine ferme de cette ampleur.
Le « pacte de corruption » selon le parquet : comment ça aurait fonctionné
Le ministère public, à travers les deux avocats généraux qui se sont succédé à la barre les 12 et 13 mai 2026, décrit un mécanisme structuré. Première phase, 2005 : alors que Sarkozy est ministre de l'Intérieur, plusieurs visites à Tripoli, plusieurs déplacements de Brice Hortefeux et Claude Guéant. Un canal de communication parallèle s'établit avec Bechir Saleh, directeur de cabinet de Kadhafi, et Abdullah Senussi, chef des services secrets libyens — alors sous mandat international d'Interpol pour l'attentat du DC-10 d'UTA (1989).

Deuxième phase, 2006 : un accord en deux volets aurait été conclu. La Libye s'engage à financer la campagne 2007 (montant cité de 50 millions d'euros, dont seulement environ 6 millions auraient été tracés effectivement transférés). En contrepartie, la France s'engage à blanchir la position internationale de Kadhafi, faciliter ses contrats commerciaux (notamment l'Airbus pour Afriqiyah Airways), et à terme accueillir Kadhafi en visite officielle à Paris — visite effective de décembre 2007 où Kadhafi installe sa tente bédouine dans les jardins de l'Hôtel Marigny.
Troisième phase, 2007-2008 : les fonds transitent via plusieurs circuits dont l'un est documenté : virements à des sociétés écrans à Panama, retraits en espèces transportés par valise diplomatique, puis injection dans la comptabilité de campagne sous des libellés fictifs. La justice n'a pu tracer qu'une fraction des 50 millions allégués, mais l'accusation considère que la difficulté à tracer ne signifie pas que le pacte n'a pas eu lieu.
Les 6 millions d'euros via Ziad Takieddine
L'intermédiaire central de l'affaire est Ziad Takieddine, homme d'affaires franco-libanais né en 1950, mort en septembre 2023 à Beyrouth. Ses déclarations à la justice française ont fait l'objet de plusieurs revirements : il a d'abord confirmé en 2016 avoir remis trois valises de 5 millions d'euros chacune à Claude Guéant pour la campagne ; il s'est rétracté en 2020 dans une interview accordée à Paris Match avant de revenir sur sa rétractation dans une seconde interview ; les enquêteurs ont identifié sur cette deuxième rétractation un possible scénario de pression auquel il aurait été soumis.

Ses comptes bancaires, ses agendas, ses relevés téléphoniques ont permis de tracer une partie des flux. La cour d'appel a ordonné en 2025 une nouvelle expertise comptable judiciaire, dont les conclusions ont été présentées les 5 et 6 mai 2026 : environ 6 millions d'euros ont effectivement transité par les comptes de Takieddine entre 2006 et 2009 sans justification commerciale identifiable, dans une chronologie compatible avec celle alléguée par l'accusation.
Première instance et appel : où en est-on
Le procès en première instance s'est tenu de janvier à avril 2024 devant la 32e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. Le jugement a été rendu le 25 septembre 2024 : Nicolas Sarkozy est condamné à cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt différé, 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Il fait appel le jour même — l'appel étant suspensif, il reste libre.

Le procès en appel s'est ouvert à la cour d'appel de Paris en novembre 2025. Six mois d'audiences. Les 12 et 13 mai 2026 : réquisitions du parquet. Du 14 mai au 30 juin 2026 : plaidoiries des défenses. La cour mettra l'affaire en délibéré et rendra son arrêt le 30 novembre 2026.
Les co-prévenus : Guéant, Hortefeux, Woerth, Gaubert
Plusieurs personnalités politiques et financières du sarkozysme comparaissent aux côtés de l'ancien président. Claude Guéant, ancien directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur Sarkozy puis secrétaire général de l'Élysée : 6 ans de prison ferme requis en appel pour corruption passive et trafic d'influence. Brice Hortefeux, ancien ministre de l'Immigration : 4 ans requis pour association de malfaiteurs. Éric Woerth, ancien trésorier de la campagne 2007 : 3 ans requis pour financement illégal de campagne. Thierry Gaubert, intermédiaire et collaborateur de Guéant : 5 ans requis pour blanchiment et association de malfaiteurs.
Plusieurs intermédiaires étrangers sont également jugés, dont l'homme d'affaires saoudien Alexandre Djouhri et le proche de Kadhafi Bashir Saleh — ce dernier en fuite depuis 2011, jugé par défaut.
La défense Sarkozy : « pas un centime d'argent libyen »
Nicolas Sarkozy, désormais âgé de 71 ans, maintient sa ligne depuis 2012 : « pas un centime d'argent libyen » n'a financé sa campagne. Ses avocats — Christophe Ingrain et Rémi Lorrain — ont annoncé, à la veille de leur plaidoirie, vouloir démontrer la parfaite innocence de leur client.
Cinq arguments principaux sont déployés. Premièrement : la rétractation de Ziad Takieddine en 2020 invaliderait son témoignage à charge — argument auquel le parquet répond par l'expertise des contraintes auxquelles il aurait été soumis. Deuxièmement : les fonds tracés (6 millions) ne correspondent pas aux 50 millions allégués, ce qui prouverait l'inexistence du pacte. Troisièmement : aucune trace bancaire ne relie directement les comptes Takieddine aux comptes de campagne de Sarkozy. Quatrièmement : la visite officielle de Kadhafi à Paris en 2007 s'inscrit dans une politique étrangère assumée, pas dans une contrepartie occulte. Cinquièmement : les déclarations posthumes de Mouammar Kadhafi (avant sa mort en 2011) seraient des manipulations politiques visant la France.
Décision attendue le 30 novembre 2026
Trois issues sont possibles à l'arrêt de la cour d'appel. Confirmation de la condamnation, alourdie ou allégée — scénario le plus probable selon la jurisprudence et les requêtes du parquet. Relaxe sur tout ou partie des chefs — scénario rare mais possible, qui suivrait l'argumentation de la défense. Renvoi devant un tribunal — scénario procédural exceptionnel, à exclure ici.
Quelle que soit la décision, un pourvoi en cassation reste ouvert dans les cinq jours suivant l'arrêt. La Cour de cassation ne juge pas les faits mais le droit ; elle peut casser l'arrêt et renvoyer devant une autre cour d'appel. Au plus tôt, une condamnation définitive pourrait intervenir mi-2027. En cas de mandat de dépôt à effet immédiat (rare en appel correctionnel pour un primodélinquant de plus de 70 ans), Sarkozy serait incarcéré le jour de l'arrêt. Plus probable : un mandat de dépôt différé après cassation, conduisant à une incarcération potentielle fin 2027 ou 2028, sauf grâce ou aménagement de peine pour motif médical.
Notre lecture
Le procès libyen est l'aboutissement d'une enquête de quinze ans qui a posé une question constitutionnelle plus large : comment poursuivre pénalement un ancien chef d'État dont les actes incriminés relèvent partiellement de l'exercice de la fonction présidentielle (négociations avec Kadhafi à partir de 2007) ? La barrière juridique aurait pu être l'immunité résiduelle de l'ancien président, écartée dès 2016 par la chambre criminelle de la Cour de cassation, qui a estimé que les faits remontent à la période où Sarkozy était ministre, donc justiciable au régime de droit commun.
Au-delà du cas, le dossier illustre une évolution durable du rapport entre justice et politique en France : les ex-présidents Chirac, Sarkozy, et bientôt potentiellement Hollande dans l'affaire des emplois fictifs, ont fait ou font face à la justice. Le procès libyen sera le test ultime de la capacité de cette justice à conclure sans complaisance ni acharnement. La décision du 30 novembre 2026, quelle qu'elle soit, fera jurisprudence sur le traitement pénal des financements politiques internationaux.
Ce qu'on regarde maintenant
- Plaidoiries des défenses de Sarkozy et co-prévenus jusqu'à fin juin 2026
- Arrêt de la cour d'appel de Paris le 30 novembre 2026
- Éventuel pourvoi en cassation dans les cinq jours suivants
- Décisions individuelles sur les co-prévenus Guéant, Hortefeux, Woerth, Gaubert
- Évolution des dossiers connexes (sondages de l'Élysée, affaire Bismuth, Bygmalion) toujours pendants
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Sources : Euronews — 7 ans requis 13 mai 2026, France 24 — Sept ans requis, France 24 — Condamnation intégrale requise (12 mai), franceinfo — Procès en appel suivi en direct, Wikipédia — Affaire Sarkozy-Kadhafi (chronologie complète), AFP via dépêches des 12 et 13 mai 2026.











