Le Havre est le fief d'Édouard Philippe. Maire depuis 2010 (avec une interruption pendant Matignon, 2017-2020), le président d'Horizons y est en terrain conquis. Mais le premier tour du 15 mars a montré que la ville n'est pas un plébiscite : avec 43,76 % des voix, Philippe n'a pas atteint la majorité absolue et devra affronter une triangulaire au second tour du 22 mars.
Les résultats du premier tour : Philippe domine sans écraser
Édouard Philippe termine en tête avec 43,76 % des voix, un score solide mais inférieur à celui de 2020 (58,8 % au second tour). Le communiste Jean-Paul Lecoq recueille 33,25 %, un résultat remarquable pour le PCF dans une ville de cette taille. Franck Keller (UDR-RN) complète le podium avec 15,30 %.
La triangulaire est confirmée : les trois candidats franchissent le seuil de maintien. L'absence de la majorité absolue au premier tour est un signal pour Philippe, qui avait largement dominé les scrutins précédents. Le recul relatif s'explique par la montée du RN (inexistant en 2020) et par une campagne marquée par la question présidentielle.
L'ombre de 2027 : un maire déjà en campagne ?
La principale polémique du scrutin havrais ne porte pas sur un enjeu local mais sur l'avenir national d'Édouard Philippe. Le président d'Horizons est régulièrement cité comme candidat déclaré ou potentiel à l'élection présidentielle de 2027. Cette ambition crée un malaise parmi une partie de l'électorat havrais.
Des habitants interrogés par Franceinfo ont exprimé leur réserve : « C'est un peu dommage d'élire un maire qui s'en va pour être président. » La question de l'engagement local se pose avec acuité : si Philippe est élu maire le 22 mars puis se lance dans la présidentielle, Le Havre se retrouverait avec un maire à mi-temps, voire un successeur non élu par les Havrais.
Philippe a tenté de dissiper ces inquiétudes en insistant sur ses projets pour le mandat : rénovation du quartier de l'Eure, poursuite du tramway, développement du port. Mais ses adversaires ne manquent pas de rappeler l'épisode de 2017, quand sa nomination à Matignon avait provoqué un intérim de fait à la tête de la ville.
Lecoq et le PCF : une résistance inattendue
Jean-Paul Lecoq, député PCF de la 8e circonscription de Seine-Maritime, réalise un score de 33,25 % qui confirme l'ancrage communiste au Havre. La ville portuaire, marquée par son histoire ouvrière et syndicale, reste un terrain favorable au PCF, qui y a gouverné de 1965 à 1995 sous les mandats d'André Duroméa et Daniel Colliard.
Lecoq a centré sa campagne sur les enjeux sociaux : pouvoir d'achat, logement social, accès aux services publics, défense de l'emploi portuaire. Il a aussi exploité la thématique présidentielle en dénonçant un « maire qui se sert du Havre comme tremplin ».
Le RN en arbitre : les 15,30 % de Keller
Franck Keller (UDR-RN) a recueilli 15,30 %, un score inédit pour le RN au Havre. Sa présence en triangulaire modifie la dynamique : en l'absence du RN, la majorité des voix Keller se reporteraient probablement sur Philippe, lui assurant une victoire confortable. Avec le RN en lice, une partie de l'électorat populaire qui aurait pu voter Philippe est captée par Keller.
Pour autant, la triangulaire ne menace pas réellement la réélection de Philippe. Avec 43,76 % au premier tour et un réservoir de voix au centre et à droite modérée, le maire sortant reste largement favori. L'enjeu est davantage le score final : un Philippe réélu avec 50-55 % dans une triangulaire serait en position de force pour sa candidature présidentielle. Un score plus faible (45-48 %) alimenterait les doutes sur sa capacité à rassembler au-delà de son camp.
Les enjeux locaux : port, industrie, rénovation urbaine
Le Havre est le premier port de France pour le commerce extérieur et le deuxième pour les conteneurs. L'avenir du port, dans un contexte de transition énergétique et de perturbation du commerce mondial (guerre en Iran, blocage du détroit d'Ormuz), est un enjeu central. Philippe a défendu un projet de « port du futur » combinant logistique verte, éolien offshore et hub hydrogène.
La rénovation urbaine reste un sujet majeur. Les quartiers sud (Caucriauville, Mare-Rouge, Mont-Gaillard) attendent la poursuite du programme ANRU. Le tramway, inauguré en 2012, fait l'objet de demandes d'extension. La culture (Volcan, MuMa, Été au Havre) est un atout que Philippe met en avant pour l'attractivité de la ville.
Le scénario du 22 mars au Havre
Philippe sera réélu. La question est le niveau de son score et ce qu'il signifiera pour la suite. Un résultat au-dessus de 50 % en triangulaire renforcerait son image de rassembleur. Un score plus modeste nourrirait les interrogations sur sa capacité à incarner une alternative nationale crédible en 2027.
Consultez les résultats détaillés de Le Havre : candidats, scores, participation et historique sur notre page résultats Le Havre.
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