Marseille concentre l'un des enjeux les plus lourds du scrutin municipal 2026 : le RN peut-il conquérir la deuxième ville de France ? Avec 35,02 % au premier tour (99 137 voix), Franck Allisio est arrivé à moins de 5 000 voix du maire sortant Benoît Payan (36,70 %, 103 883 voix). La participation a atteint 52,17 %, en hausse par rapport à 2020.
Les résultats du premier tour : un duel au sommet
Le premier tour a confirmé la bipolarisation du scrutin marseillais. Benoît Payan (PS-EELV-PCF) termine premier avec 36,70 %, un score solide mais insuffisant pour rassurer sa majorité. Franck Allisio (RN) le talonne à 35,02 %, un résultat historique pour le Rassemblement national dans la cité phocéenne.
Derrière les deux favoris, Sébastien Delogu (LFI) a recueilli environ 13 % des voix et Martine Vassal (DVD) 12,41 %. La configuration du second tour dépendait entièrement des décisions de ces deux candidats.
Le retrait de Delogu : un geste sans consigne claire
Sébastien Delogu a annoncé son retrait du second tour. Le candidat LFI n'a toutefois pas donné de consigne de vote explicite en faveur de Payan, se contentant d'un appel au « rassemblement » que le maire sortant a refusé de convertir en alliance formelle. Payan a exclu toute fusion avec LFI, maintenant la ligne qu'il avait tenue tout au long de la campagne.
Ce retrait sans consigne claire crée une incertitude sur le report des voix LFI. Une partie de l'électorat insoumis pourrait se reporter sur Payan par rejet du RN. Mais une autre partie pourrait s'abstenir, estimant que le PS n'a pas répondu à ses attentes, notamment sur les quartiers populaires et les questions sociales.
Le maintien de Vassal : la droite divisée
Le fait majeur de l'entre-deux-tours marseillais est le maintien de Martine Vassal en triangulaire. Avec 12,41 % des voix, la candidate DVD n'a aucune chance de l'emporter, mais sa présence au second tour divise structurellement le vote de droite. Jordan Bardella a exhorté Bruno Retailleau à « prendre ses responsabilités en obtenant le retrait » de Vassal pour libérer la voie au candidat RN. Retailleau n'a pas cédé.
Cette triangulaire est paradoxalement le principal atout de Payan. Sans Vassal, un duel Payan-Allisio serait beaucoup plus incertain, les voix de droite se concentrant sur le candidat RN. Avec Vassal en lice, les projections donnent Payan à 48 %, Allisio à 36,5 % et Vassal à 15,5 %.
Le nouveau mode de scrutin : une variable inédite
Marseille inaugure un mode de scrutin réformé par la nouvelle loi PLM, avec deux bulletins distincts : un pour la mairie centrale et un pour les conseils de secteur. Cette réforme, conçue pour renforcer la démocratie de proximité, introduit une complexité supplémentaire dans un scrutin déjà tendu. Les rapports de force peuvent varier d'un secteur à l'autre, et le basculement de certains secteurs pourrait modifier la composition du conseil municipal sans nécessairement affecter le résultat de la mairie centrale.
Les enjeux locaux : sécurité, logement, transports
La campagne marseillaise s'est structurée autour de trois thèmes. La sécurité reste la préoccupation dominante, nourrie par les règlements de compte liés au narcotrafic et le sentiment d'insécurité dans plusieurs quartiers. Allisio (RN) en a fait son thème central. Le logement insalubre, avec plusieurs effondrements d'immeubles ces dernières années, reste un sujet sensible sur lequel Payan a tenté de montrer l'action de sa municipalité. Les transports, avec le projet d'extension du métro et la question du désenclavement des quartiers nord, complètent le triptyque.
Payan a mis en avant le bilan de ses deux années de mandat (il avait succédé à Michèle Rubirola en 2020) : rénovation urbaine, plan écoles, recrutement de policiers municipaux. Allisio a dénoncé un bilan « insuffisant face à l'urgence sécuritaire » et promis un « plan d'urgence dès le premier jour ».
Les scénarios du 22 mars à Marseille
Le scénario le plus probable est une victoire de Payan, portée par la division de la droite entre Allisio et Vassal et par un report partiel des voix LFI. Mais deux variables pourraient inverser ce pronostic : un taux d'abstention élevé dans les quartiers populaires (électorat de gauche) et une mobilisation exceptionnelle dans les quartiers sud et est (électorat RN).
Si Allisio l'emportait, Marseille deviendrait de loin la plus grande ville dirigée par le RN en France, un événement politique d'ampleur nationale. Si Payan conserve la mairie, il devra composer avec un conseil municipal fragmenté et un RN devenu la première force d'opposition dans la cité phocéenne.
Consultez les résultats détaillés de Marseille : candidats, scores, participation et historique sur notre page résultats Marseille.
Suivez le second tour dans les autres grandes villes
Le second tour du 22 mars se joue aussi dans d'autres grandes villes. Retrouvez nos analyses : Paris, Lyon, Toulouse, Strasbourg et Le Havre. Consultez aussi les conséquences d'une victoire RN à Marseille et la liste des communes concernées par le second tour.










