Ce dimanche 29 mars 2026, jour du dimanche des Rameaux pour 2,4 milliards de chrétiens dans le monde, la police israélienne a empêché le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem et chef de l'Église catholique en Terre sainte, d'entrer dans la basilique du Saint-Sépulcre — le lieu le plus sacré du christianisme, celui où la tradition situe la crucifixion et la résurrection du Christ. Le père Francesco Ielpo, custode de Terre sainte et gardien officiel du sanctuaire, a subi le même refus. L'incident a provoqué une crise diplomatique immédiate entre Israël et l'Italie.
Les faits : un patriarche refoulé à la porte de son église
La procession traditionnelle des Rameaux — descente du mont des Oliviers vers Jérusalem, suivie chaque année par des milliers de fidèles — avait été annulée dès le 23 mars en raison de la guerre. Pizzaballa et Ielpo se rendaient « privément » à la basilique, sans cortège ni foule, pour y assurer a minima la célébration liturgique. Les autorités israéliennes avaient fermé l'ensemble des lieux saints de la Vieille Ville, invoquant des raisons de sécurité liées au conflit.
C'est la première fois depuis des siècles que les responsables de l'Église catholique en Terre sainte sont physiquement empêchés de célébrer les Rameaux au Saint-Sépulcre. Le Patriarcat latin de Jérusalem a dénoncé un « grave précédent » et une « mesure manifestement déraisonnable et grossièrement disproportionnée », rappelant que cette semaine, « des milliards de personnes à travers le monde tournent leur regard vers Jérusalem ».
Les chrétiens palestiniens de Cisjordanie ont eux aussi été bloqués aux points de contrôle israéliens. L'accès à Jérusalem leur a été refusé pour la célébration des Rameaux, une restriction qui touche une communauté déjà affaiblie par des décennies de contraintes à la circulation. L'agence vaticane Fides a confirmé que les rites traditionnels de la Semaine sainte sont désormais annulés et que la coordination des célébrations se fait « au jour le jour ».
Crise diplomatique : l'Italie convoque l'ambassadeur d'Israël
La réaction de Rome a été immédiate. La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a déclaré : « Empêcher le patriarche de Jérusalem et le custode de Terre sainte d'y entrer, de surcroît en une solennité aussi centrale pour la foi que le dimanche des Rameaux, est une offense non seulement pour les croyants, mais pour toute communauté qui reconnaît la liberté religieuse. »
Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a convoqué l'ambassadeur d'Israël au Palazzo della Farnesina. « Il est inacceptable de les avoir empêchés d'entrer dans l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem », a-t-il déclaré. Matteo Salvini, vice-président du Conseil et allié de longue date d'Israël, a lui aussi pris ses distances avec la décision israélienne — un signal rare dans la coalition au pouvoir à Rome.
L'Italie n'est pas n'importe quel interlocuteur sur ce sujet. Le Saint-Siège est situé sur son territoire. La custodie de Terre sainte, confiée aux franciscains, est financée et soutenue par l'Italie depuis le XIIIe siècle. Bloquer le custode franciscain au Saint-Sépulcre revient, dans la grammaire diplomatique italienne, à une provocation directe.
Ce que cet incident révèle
Depuis le début de la guerre le 28 février, Israël justifie les restrictions sécuritaires par la menace d'attentats — une menace réelle, comme l'a montré l'attentat déjoué samedi à Paris contre la Bank of America. Mais la fermeture des lieux saints aux responsables religieux eux-mêmes dépasse la logique sécuritaire. Le Patriarcat latin l'a formulé sans ambiguïté : la mesure est « disproportionnée ».
Le risque pour Israël est diplomatique. Jusqu'ici, le soutien des pays européens à son droit de se défendre restait majoritaire. Mais toucher à la liberté religieuse au Saint-Sépulcre — lieu saint partagé entre catholiques, orthodoxes grecs, arméniens, coptes, éthiopiens et syriaques — mobilise des opinions bien au-delà des cercles géopolitiques habituels. Le Vatican, qui a multiplié les appels au cessez-le-feu depuis un mois, dispose désormais d'un grief concret et symboliquement dévastateur.
La Semaine sainte en sursis
Les cinq prochains jours seront décisifs. Le Jeudi saint (2 avril), le Vendredi saint (3 avril) et Pâques (5 avril) se déroulent normalement au Saint-Sépulcre avec des liturgies suivies par des chrétiens du monde entier. Si Israël maintient la fermeture des lieux saints, c'est l'intégralité de la Semaine sainte qui sera supprimée à Jérusalem pour la première fois dans l'histoire moderne. Le pape Léon XIV, qui célébrait ce dimanche les Rameaux depuis Monaco, ne s'est pas encore exprimé publiquement sur l'incident — mais le silence du Vatican est rarement un oubli.











