Le seuil est franchi. L'épidémie d'Ebola qui frappe la République démocratique du Congo depuis la mi-mai a fait 1 001 morts, dont 999 en RDC et deux en Ouganda voisin, selon le point de situation de l'Organisation mondiale de la santé arrêté au 20 juillet. Avec 2 473 cas confirmés, cette dix-septième épidémie congolaise se propage « plus rapidement que toutes les épidémies précédentes », a alerté le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
L'Ituri, épicentre à 89 %
Le foyer de la crise se situe en Ituri, province du Nord-Est frontalière du Soudan du Sud et de l'Ouganda, qui concentre à elle seule 89,1 % des cas et 83,9 % des décès. Dans cette région pauvre et minée par les conflits, le traçage des cas contacts exige d'« énormes moyens », s'inquiète Trish Newport, directrice des programmes d'urgence de Médecins sans frontières à Bunia. Une partie des malades sont enterrés sans protection par leurs familles dans les zones rurales, ce qui relance la contamination : « Un seul décès a pu générer jusqu'à 17 cas de transmission », relate-t-elle. Les volontaires chargés du suivi des contacts et des enterrements, souvent formés à la hâte, comptent parmi les plus exposés.

À Bunia, capitale provinciale de près d'un million d'habitants, un semblant de normalité règne encore, mais l'inquiétude s'est installée. « J'ai vu trois membres d'une même famille décéder en une semaine. Cela m'a fait tellement peur », confie Héritier Bomengo, chauffeur de taxi-moto, qui, comme nombre de ses collègues, s'est équipé de gel désinfectant. Le virus circule aussi dans quatre autres provinces, dont le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, où de larges pans de territoire échappent au contrôle de Kinshasa, aux mains du groupe armé M23.
Une souche sans vaccin, des essais lancés dans l'urgence
Cette épidémie est causée par le virus Bundibugyo, souche rare contre laquelle il n'existe ni vaccin homologué ni traitement. La riposte s'organise en accéléré : un essai clinique portant sur deux traitements a débuté début juillet, l'OMS a autorisé en urgence le premier test de diagnostic moléculaire du virus, et l'université d'Oxford dirige le premier essai de sécurité d'un candidat vaccin, le ChAdOx1. La maladie, transmise par contact avec les fluides corporels, a tué plus de 15 000 personnes en Afrique en cinquante ans ; la pire épidémie congolaise, entre 2018 et 2020, avait fait près de 2 300 morts — un plafond dont le bilan actuel, qui « pourrait durer plusieurs mois », se rapproche à un rythme inédit. La France a elle-même diagnostiqué un premier cas importé chez un soignant au début du mois.
De l'autre côté de la frontière, l'Ouganda, qui n'a plus de malade recensé depuis la semaine dernière, compte les jours : un mois sans nouveau cas, et le pays sera officiellement déclaré débarrassé du virus.











