Neuf crèmes solaires sur dix vendues sur les plateformes chinoises Temu, Shein et AliExpress sont dangereuses pour la santé : c'est le constat d'un test publié par l'association Que Choisir, qui a passé au crible dix produits à petit prix. Trois contiennent une substance interdite dans l'Union européenne ; six affichent, entre l'indice promis et la protection réelle, des écarts vertigineux — jusqu'à -98 %. On croit acheter un écran puissant, on s'expose presque comme si l'on n'avait rien mis. L'alerte est l'occasion de rappeler une évidence trop souvent négligée : toutes les crèmes solaires ne se valent pas, et savoir lire une étiquette peut éviter un mauvais coup de soleil — ou pire, à long terme.
SPF, UVA, UVB : ce que l'étiquette dit vraiment
Le chiffre qui saute aux yeux, l'indice — SPF, pour sun protection factor, ou IP, indice de protection —, ne mesure qu'une chose : la protection contre les UVB, les rayons responsables des coups de soleil. Un indice 30 filtre environ 97 % de ces UVB, un indice 50 environ 98 % : au-delà, le gain devient marginal, et la mention « écran total » est d'ailleurs interdite, aucune crème n'arrêtant la totalité des rayons. Surtout, l'indice ne dit rien des UVA, ces rayons qui pénètrent plus profondément, accélèrent le vieillissement de la peau et sont impliqués dans les cancers cutanés. Pour être couvert contre les deux, un seul réflexe : vérifier la présence du logo UVA — les trois lettres entourées d'un cercle —, qui garantit une protection UVA conforme aux recommandations européennes. Sans lui, l'indice affiché ne raconte que la moitié de l'histoire.
Filtres minéraux ou chimiques : comment trancher
Deux familles de filtres se partagent le marché. Les filtres chimiques, ou organiques, absorbent les UV : fluides et invisibles, ils sont agréables à porter, mais certains sont soupçonnés d'agir comme perturbateurs endocriniens — c'est précisément le cas de l'ethylhexyl methoxycinnamate, que Que Choisir a retrouvé dans l'une des crèmes testées. Les filtres minéraux, eux — dioxyde de titane, oxyde de zinc —, réfléchissent les rayons comme un miroir ; ils laissent parfois un léger voile blanc, mais sont mieux tolérés. La répression des fraudes et les dermatologues les recommandent pour les peaux sensibles, les personnes sujettes à l'allergie solaire et surtout les enfants, dont la peau plus fine absorbe davantage. Pour un tout-petit, la règle tient en trois mots : filtre minéral, indice élevé, et le moins d'exposition possible.
Le piège des crèmes à bas prix
C'est ici que l'enquête de Que Choisir prend tout son sens. Sur les dix produits achetés sur Temu, Shein et AliExpress, un seul offrait une protection à la hauteur de sa promesse — et encore, au prix d'un perturbateur endocrinien dans sa formule. Les autres trichaient : un indice 50 revendiqué qui protège à peine comme un indice 6, des substances bannies dans l'Union européenne, des compositions opaques. L'association a saisi l'Arcom, le régulateur du numérique, et signalé les produits à la répression des fraudes. La leçon dépasse ces trois plateformes : un chiffre imprimé sur un tube ne vaut que s'il a été contrôlé. Une crème vendue quelques euros, sans marque identifiable ni conformité européenne vérifiable, doit inspirer la méfiance — le soleil, lui, ne fait pas de rabais.
Bien l'appliquer, ou ne rien mettre du tout
La meilleure crème ne vaut rien si elle est mal utilisée, et c'est l'erreur la plus répandue. Les indices sont mesurés en laboratoire avec deux milligrammes de produit par centimètre carré de peau — une dose que presque personne n'applique dans la vraie vie. En pratique, comptez l'équivalent de deux doigts de crème pour le visage et le cou, une bonne noix pour chaque bras ou jambe, et renouvelez toutes les deux heures, après chaque baignade et après vous être essuyé. Une couche trop fine peut diviser la protection réelle par deux ou trois : le fameux indice 50 de l'étiquette se comporte alors comme un indice 15 sur la peau.
Reste que la crème n'est que le dernier rempart. Le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues le répète chaque été : la première protection est vestimentaire — chapeau à large bord, lunettes, vêtements couvrants —, et la plus sûre consiste encore à se protéger du soleil aux heures où il frappe le plus fort, entre midi et seize heures — celles où guette aussi le coup de chaleur. La crème protège ce que l'on ne peut pas couvrir ; elle ne transforme pas une exposition déraisonnable en habitude sans risque. Le meilleur écran, au fond, reste l'ombre.











