Risque « très élevé » : ce que l'OMS a annoncé le 22 mai
Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a fait l'annonce vendredi à 19 h 16 heure de Paris, en conférence de presse depuis Genève. Le risque pour la santé publique en République démocratique du Congo passe de « élevé » à « très élevé » au niveau national — c'est-à-dire « le plus élevé », a précisé un porte-parole de l'organisation. Au niveau régional, il reste « élevé ». Au niveau international, il reste « faible ».
Le changement de classification fait suite à la première réunion du comité d'urgence du Règlement sanitaire international, tenue le 22 mai au siège de l'OMS. Cinq jours plus tôt, le 17 mai, l'organisation avait déjà déclenché une « urgence de santé publique de portée internationale » — son niveau d'alerte le plus élevé.
Abdi Mahamud, directeur des opérations d'alerte et de réponse aux urgences sanitaires à l'OMS, a justifié la décision par deux éléments : des mesures de contrôle « insuffisantes » sur le terrain, et un manque d'accès des humanitaires aux zones touchées. La décision conditionne les recommandations sanitaires que l'OMS publiera dans les jours qui viennent.
750 cas suspects, 177 décès : l'épidémie « se propage rapidement »
Le bilan officiel cité par Tedros Adhanom Ghebreyesus le 22 mai s'établit à environ 750 cas suspects et 177 décès suspects en RDC. Sur ce total, 82 cas et sept décès ont été biologiquement confirmés. Cinq jours plus tôt, Africa CDC recensait 336 cas suspects et 88 décès. L'épidémie a donc doublé en moins d'une semaine.

Les chiffres restent provisoires : la part de cas suspects qui sera confirmée dépend de la capacité des laboratoires à séquencer les prélèvements depuis l'Ituri, foyer initial, et depuis les provinces désormais touchées. La proportion de décès recensés parmi les cas suspects — environ 24 % — est cohérente avec les épidémies passées de la souche Bundibugyo, dont la létalité tourne historiquement autour de 25 à 40 %.
Hors RDC, l'Ouganda a confirmé deux cas et un décès. Un Américain qui avait contracté Ebola en RDC est hospitalisé en Allemagne. Un second Américain, considéré comme contact à haut risque, a été transféré en République tchèque. Aux Pays-Bas, un hôpital a admis vendredi un patient présentant une « faible suspicion » d'infection ; les résultats étaient attendus dans le week-end.
Bundibugyo : la souche rare sans vaccin homologué
La souche en cause est Bundibugyo, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007. C'est l'un des quatre orthoebolavirus qui provoquent la maladie à virus Ebola chez l'humain. Aucun vaccin ni traitement antiviral n'est aujourd'hui homologué contre Bundibugyo.

Le vaccin Ervebo, fabriqué par Merck et utilisé lors de la grande épidémie de Kivu de 2018-2020, ne cible que la souche Zaïre. L'Institut Pasteur indique qu'Ervebo a montré, sur le modèle animal, une protection partielle contre Bundibugyo. Cette protection croisée n'a pas été validée chez l'humain.
Le virus provoque une fièvre hémorragique meurtrière, mais reste nettement moins contagieux que le Covid-19 ou la rougeole : sa transmission suppose un contact direct avec les fluides corporels d'une personne malade et symptomatique. Sur les cinquante dernières années, Ebola a fait plus de 15 000 morts en Afrique, principalement dus à la souche Zaïre. Les principaux symptômes sont une fièvre brutale, des vomissements, des diarrhées, des douleurs abdominales et, dans les formes sévères, des hémorragies.
Sud-Kivu : l'épidémie franchit la ligne de front M23
Le foyer reste l'Ituri, dans le nord-est congolais. Cette province, l'une des plus troublées de RDC, est mal desservie par les routes et accueille près d'un million de déplacés dans des camps. Les autorités provinciales y ont interdit les veillées mortuaires jusqu'à nouvel ordre et limité les rassemblements publics à 50 personnes au maximum.

L'épidémie s'est ensuite propagée à la province du Nord-Kivu, où le transport de passagers en bus et taxi a été suspendu sur certains axes. Puis au Sud-Kivu : le 21 mai, un patient décédé dans une zone rurale proche de Bukavu, capitale provinciale, a été confirmé positif. Il avait voyagé depuis Kisangani, en province de la Tshopo.
Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu sont coupés en deux par les lignes de front entre les forces armées congolaises et le groupe armé antigouvernemental M23, soutenu par le Rwanda. Depuis sa résurgence en 2021, le M23 contrôle de vastes pans de territoires, dont la ville de Goma. Dans un communiqué, le mouvement a indiqué qu'il allait « collaborer avec les services sanitaires dépendant de Kinshasa » pour tenter d'endiguer l'épidémie. L'OMS continue de déployer du personnel en Ituri, où la riposte a donné lieu à des scènes de chaos.
Le Rwanda voisin a annoncé que tous les ressortissants étrangers ayant voyagé en RDC ou transité par ce pays au cours des trente derniers jours se verraient refuser l'entrée. Les ressortissants rwandais et les résidents étrangers seront autorisés, à condition de respecter une quarantaine.
Vaccins et traitements : ce que l'OMS prépare
Le groupe « R&D Blueprint » de l'OMS, qui coordonne la recherche d'urgence, a réuni son groupe consultatif technique sur les traitements et « recommandé de donner la priorité à deux anticorps monoclonaux afin de les faire progresser vers des essais cliniques », a annoncé Tedros Adhanom Ghebreyesus. La scientifique en chef de l'organisation, Sylvie Briand, a précisé les noms : Regeneron 3479 et Mapp Bio MBP134.
Les experts recommandent aussi d'évaluer l'antiviral obeldesivir dans un essai clinique, comme prophylaxie post-exposition pour les personnes ayant été en contact à haut risque. L'essai est monté en collaboration avec Africa CDC, l'agence sanitaire de l'Union africaine.
Côté vaccins, l'OMS suit deux pistes. La première, le candidat « rVSV Bundibugyo », pourrait entrer en essais cliniques dans un délai de six à neuf mois selon Sylvie Briand. La seconde, développée par l'université d'Oxford et le Serum Institute en Inde, est en cours de fabrication ; en l'absence de données animales, « plusieurs semaines seront probablement nécessaires avant de disposer d'un vaccin sûr », dont l'efficacité devra ensuite être démontrée. Aucune des deux pistes ne permettra de vacciner avant des mois.
France : un risque « très faible », un dispositif renforcé en métropole et à Mayotte
L'OMS classe le risque international comme « faible ». En France, les autorités sanitaires retiennent la même évaluation : le risque pour la population reste faible, parce que le virus est difficile à transmettre hors contact direct symptomatique.
Le gouvernement a tenu une coordination interministérielle à Matignon le 18 mai 2026, associant santé, diplomatie et sécurité. Selon le point de situation publié par l'exécutif, la France a renforcé la surveillance, la quarantaine et l'isolement, notamment après le retour de cinq ressortissants français du navire de croisière MV Hondius, déjà à l'origine d'une vigilance hantavirus. Les personnes revenant d'une zone touchée sont invitées à surveiller leur température pendant vingt-et-un jours et, en cas de fièvre à 38 °C ou plus, à contacter le Samu — Centre 15 — en signalant leur trajet, sans se rendre directement chez un médecin ou aux urgences.
À Mayotte, le risque d'importation reste classé « très faible » selon les modélisations conjointes de Santé publique France et de l'Inserm, relayées le 19 mai par le Premier ministre Sébastien Lecornu. L'argumentaire tient à deux faits épidémiologiques : la période d'incubation du virus dure sept jours en moyenne et vingt-et-un au maximum, et la durée du trajet emprunté par les migrants depuis la RDC vers Mayotte atteint deux à trois mois selon les services de l'État. Un passager symptomatique serait, en pratique, repéré avant son arrivée.
L'agence régionale de santé de Mayotte a néanmoins activé un dispositif de veille renforcé. Le Centre hospitalier de Mayotte a installé le 21 mai une tente d'isolement devant les urgences de Mamoudzou. L'établissement dispose d'un service infectiologie avec sas pour les cas stables, du « cube » aux urgences pour les cas se dégradant, d'un circuit hospitalier séparé du reste des patients, d'équipements de protection individuelle, et d'un envoi sécurisé des prélèvements vers le Centre national de référence en métropole. Environ trente agents soignants étaient formés à la prise en charge fin mai, autant devaient l'être la semaine suivante. Aucun cas n'a été détecté à ce jour sur le territoire.
Les contrôles ont été renforcés sur les arrivées en provenance d'Afrique de l'Est, de la région des Grands Lacs et des Comores. La coopération régionale entre territoires de l'océan Indien a été activée pour partager les signalements de cas suspects. Aux États-Unis, les CDC et le Department of Homeland Security ont annoncé le 18 mai un renforcement des contrôles à l'entrée du pays et un dépistage ciblé des voyageurs en provenance de la zone affectée.
Les prochaines échéances
L'OMS doit publier dans les jours qui viennent ses recommandations consolidées au titre du Règlement sanitaire international. Le comité d'urgence se réunira à nouveau en fonction de l'évolution du bilan et de la propagation hors d'Afrique. Le démarrage effectif des essais cliniques de Regeneron 3479, de Mapp Bio MBP134 et d'obeldesivir conditionne la disponibilité d'un traitement de premier recours sur les semaines à venir ; la mise en essai du candidat vaccinal rVSV Bundibugyo, à six à neuf mois, conditionne la sortie progressive de l'épidémie. Sur le terrain, le scellement effectif d'une coopération sanitaire entre Kinshasa et le M23, et l'extension des restrictions de rassemblement au-delà de l'Ituri, restent les deux variables les plus immédiates.











