Vers 9 heures, mercredi, les deux imposantes portes dorées se sont écartées, et un flot de visiteurs a rompu neuf mois de silence. La galerie d'Apollon, la salle la plus célèbre du Louvre depuis son cambriolage d'octobre 2025, a rouvert au public — sans un seul objet exposé. Un choix assumé : le musée dit vouloir la rendre à « sa fonction » d'origine, celle d'une galerie d'apparat du XVIIe siècle, faite pour être traversée les yeux au plafond.
« Magnifique, comme dans mes souvenirs »
Alison Leslie, policière à la retraite venue d'Édimbourg, est parmi les premières à entrer. « Je suis venue ici exprès. Elle est magnifique, comme dans mes souvenirs », confie à l'AFP cette habituée, soulagée de retrouver sa « salle préférée », même vide. Sous ses pas, le parquet aux motifs géométriques ; au-dessus, les peintures et les ors qui couvrent murs et plafond. Au fond, une nouveauté que chacun photographie : une grille bloque désormais l'accès au balcon donnant sur la Seine — le point de passage du commando qui, le 19 octobre 2025, avait pénétré dans le musée depuis la rue à l'aide d'un camion-nacelle.
En quelques minutes, huit joyaux de la Couronne de France avaient disparu, un préjudice estimé à 88 millions d'euros par le musée. Le diadème de l'impératrice Eugénie a été retrouvé depuis, très endommagé. Les suspects ont été arrêtés — mais le butin, lui, reste introuvable. « C'est une nouvelle histoire de la galerie », résume Jenny Lee, guide pour des touristes coréens, en photographiant la grille. Gilda Vallorz, 64 ans, venue tôt « constater » une disparition à laquelle elle peinait à croire, souffle : « C'est vide, très vide. »

« Ce n'est pas une galerie vide »
« C'est la galerie dans son usage, dans sa fonction du XVIIe siècle, de déambulation », plaide le directeur du Louvre Christophe Leribault, historien de l'art et ancien patron de Versailles, qui rappelle que cette « grande galerie d'appartements » n'abritait à l'origine que « quelques meubles » et « des tapis ». Et de revendiquer : « C'est notre galerie des Glaces. » La ministre de la Culture Catherine Pégard y voit l'occasion d'un regard neuf : « On ne levait pas toujours les yeux sur ses décors, attirés que nous étions par les joyaux de la Couronne. »
La suite est déjà tracée : dans les prochains mois, la collection de gemmes exposée jusqu'ici dans la galerie sera réinstallée dans l'aile Richelieu, dans des vitrines du Second Empire conçues pour elle. Les joyaux, eux, ne retrouveront une vitrine qu'une fois construite une salle de haute sécurité, a détaillé M. Leribault.
L'onde de choc n'est pas refermée
Le cambriolage avait stupéfié le monde entier et mis à nu les failles du musée le plus visité au monde — neuf millions de visiteurs en 2025 —, à commencer par un système de vidéosurveillance obsolète. Il avait aussi déclenché une crise interne, des manifestations du personnel, et coûté sa place à la présidente du musée, Laurence des Cars.
Dans la galerie rendue à son décor, Gilda Vallorz veut croire à un autre dénouement : « Peut-être qu'un jour ils vont réapparaître, un peu comme la Joconde, qui avait été volée et qui est réapparue quelques années plus tard. J'espère que ça sera la même histoire pour les bijoux. »











