Quatre personnes ont été rattrapées par les flammes dans leur voiture, sept autres en tentant de fuir à pied. Un feu de forêt d'une rapidité exceptionnelle a fait au moins douze morts près d'Almería, dans le sud de l'Espagne, selon les autorités régionales d'Andalousie — l'un des incendies les plus meurtriers de l'histoire récente du pays. Vendredi soir, seuls trois avis de disparition avaient été officiellement déposés, sur 23 signalements — un chiffre que le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a dit considérer avec prudence.

Le feu s'est déclaré jeudi 9 juillet en fin d'après-midi près de Los Gallardos, dans la province d'Almería, et a progressé « très rapidement, avec un vent très fort, à une vitesse extraordinaire », a décrit Antonio Sanz, le conseiller chargé des situations d'urgence de la région. Le feu est parti d'un fossé après la rupture d'un câble d'alimentation électrique le long de la route nationale N-340A. En quelques heures, plus de 3 000 hectares ont brûlé dans un paysage de ravins et de maisons dispersées à flanc de coteau, où « même les engins ne peuvent pas y accéder », selon le responsable andalou. « Nous sommes face à un incendie très complexe, qui s'est propagé comme une traînée de poudre », a résumé le président régional andalou, Juan Manuel Moreno, évoquant des flammes qui ont parcouru « 15 km en deux heures ».
Piégés en voiture ou à pied dans le hameau de Bédar
C'est à Bédar, un hameau accroché aux collines et prisé des résidents étrangers, que les victimes ont été retrouvées. Quatre circulaient en voiture ; elles pourraient être britanniques, a indiqué Antonio Sanz, d'après l'emplacement du volant, à droite. Sept autres faisaient partie d'un groupe de neuf personnes qui tentaient de fuir à pied — deux seulement en ont réchappé. Elles pourraient « également être étrangères, belges ou britanniques », selon lui.
Le maire de Bédar, Ángel Francisco Collado, a livré un détail qui dit la soudaineté du piège : des habitants avaient proposé au groupe de se réfugier chez eux. « Ils ne les ont pas écoutés et sept d'entre eux sont décédés », a-t-il raconté. Certaines victimes « n'ont pas tenu compte des consignes de sécurité qui leur avaient été données », a regretté Juan Manuel Moreno — se confiner dans certains cas, partir par un chemin précis dans d'autres. Huit personnes ont par ailleurs été blessées, dont quatre grièvement brûlées.

Le bilan, d'abord établi à onze morts, a été porté à douze vendredi par les autorités andalouses. Sur place en fin d'après-midi, le ministre de l'Intérieur a relativisé le chiffre de 23 personnes recherchées : il correspond à des témoignages, « des appels téléphoniques venus de différents endroits », seuls trois signalements pour disparition ayant été « officiellement déposés ». Les autopsies doivent d'abord être réalisées pour ne pas « alourdir artificiellement » le bilan, a-t-il insisté, confirmant que les victimes étaient de plusieurs nationalités. « Nous verrons demain », a-t-il dit. À Bruxelles, la diplomatie belge a confirmé que « des ressortissants belges sont actuellement portés disparus et restent injoignables », sans avancer de chiffre par égard pour les familles. « Immense tristesse et désolation face aux terribles conséquences de l'incendie qui affecte la province d'Almería », a réagi le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez.

La vague de chaleur a tout préparé
Six cents personnes ont été évacuées, et près de 500 pompiers et militaires, appuyés par une vingtaine d'aéronefs, luttaient toujours vendredi contre les flammes. Végétation desséchée, air brûlant, combustible disponible : la vague de chaleur qui écrase l'Espagne — l'Andalousie était placée en alerte orange ces derniers jours — a offert au feu des conditions idéales. La péninsule cuit sous la même masse d'air qui vaut à la France sa troisième canicule de l'été.
L'Espagne, en première ligne du réchauffement en Europe, sort par ailleurs d'une année noire. En 2025, plus de 393 000 hectares y sont partis en fumée, selon le Système européen d'information sur les incendies de forêt (EFFIS) — les pires feux de l'histoire récente du pays. Ces plus de 8 000 incendies avaient fait huit morts, 86 blessés et plus de 42 000 évacués, d'après le ministère espagnol de l'Intérieur. Le seul feu d'Almería a déjà tué davantage que toute cette saison record. Fin mai, Pedro Sánchez avait promis pour l'été « le plus important » dispositif jamais mobilisé contre les incendies ; ces derniers jours, un autre feu, désormais contrôlé, a parcouru plus de 2 000 hectares en Catalogne, à quelques kilomètres de la Costa Brava. De l'autre côté des Pyrénées aussi, la saison des feux a démarré tôt.
« Ce qui nous préoccupe le plus pour demain, c'est la possibilité d'un changement de vent », qui pourrait faire « repartir l'incendie », a prévenu Antonio Sanz, qui parle d'une « tragédie ». L'agence météorologique espagnole attend toutefois pour samedi « un vent d'est modéré et une masse d'air plus fraîche et humide » que la veille — des conditions qui pourraient faciliter le travail des pompiers.











