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Canicule en Europe :
une chaleur de plus en plus meurtrière

Après avoir accablé l'Ouest, la canicule pousse vers l'est de l'Europe et fait plier les hôpitaux, du Royaume-Uni aux Balkans. Derrière les records, un bilan qui s'alourdit : plus de 60 000 morts par an attribués à la chaleur sur le continent.

Mis à jour le samedi 11 juillet 2026 — 00h23
4 min
Une enfant se rafraichit sous un jet d'eau lors de la canicule, dans un parc a Bruxelles
Une enfant se rafraichit sous un jet d'eau dans un parc a Bruxelles.© AFP / Nicolas Tucat

La chaleur a tué plus de 60 000 personnes par an en Europe, en 2023 comme en 2024, selon les estimations de référence publiées dans la revue Nature Medicine. C'est ce bilan, devenu récurrent, que redoutent les autorités d'un continent frappé pour la deuxième fois en moins d'un mois par une canicule — un épisode qui, après avoir accablé l'Ouest, pousse désormais vers l'est et fait plier les hôpitaux. Au plus fort de la vague, plus de 420 millions d'Européens, près de sept sur dix, devaient dépasser les 30 °C, et quelque 150 millions affronter plus de 35 °C, selon des calculs de l'AFP.

Le constat scientifique est sans détour : entre 2015 et 2024, la quasi-totalité des régions européennes ont enregistré une hausse de la mortalité liée à la chaleur par rapport aux années 1991-2000, avec en moyenne 52 décès supplémentaires par million d'habitants chaque année, selon des chiffres compilés par le Lancet. Cette canicule est « sans équivoque » aggravée par le changement climatique d'origine humaine, et aurait été « pratiquement impossible il y a cinquante ans », souligne le réseau de scientifiques World Weather Attribution ; l'Organisation météorologique mondiale juge même « possible » qu'elle batte des records, sans encore l'affirmer.

Des hôpitaux qui saturent, d'un pays à l'autre

Partout, les services de soins encaissent le choc. Au Royaume-Uni, le système public (NHS) est « à bout de souffle », constate la Dr Hilary Williams, du Royal College of Surgeons, « stupéfaite » par le niveau de chaleur. À Paris, le chef des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou décrit une situation « extrêmement grave », des « couloirs pleins » de patients « plutôt âgés », mais aussi « de 50-60 ans », pris d'« hyperthermies très fortes » ; le ministère de la Santé s'est dit « préoccupé » par des décès à domicile. L'Espagne a recensé au moins 212 morts attribués à la chaleur en quatre jours — contre 98 sur la même période un an plus tôt, selon l'Institut de santé Carlos III —, et plusieurs enfants sont morts, ailleurs sur le continent, dans des voitures surchauffées.

Les annulations tombent en cascade : le semi-marathon de Hambourg, le festival de techno Defqon, la Marche des fiertés et le festival Solidays à Paris, jusqu'à la reconstitution de la bataille de Waterloo en Belgique. À Berlin, une association qui distribuait jadis des kits contre le froid aux sans-abri en prépare désormais contre la canicule : « la situation a énormément changé », résume sa porte-parole, Barbara Breuer.

La vague pousse vers l'est

Le foyer se déplace. Le Royaume-Uni a battu son record de chaleur pour un mois de juin trois jours de suite, jusqu'à 36,9 °C ; les Pays-Bas ont déclenché, pour la première fois, une alerte rouge à la chaleur extrême — écoles fermées, route déconseillée —, et l'Allemagne voyait la quasi-totalité de son territoire gagnée par la fournaise. En Italie, dix-huit villes dont Rome et Milan sont passées en alerte rouge, et, dans le delta du Pô, des lagunes surchauffées déciment les palourdes. Plus à l'est, la République tchèque, où le record de 40,4 °C à Prague était menacé, la Hongrie, en alerte maximale avec 38 à 40 °C attendus, et les Balkans — toute la côte adriatique croate déjà en rouge — se préparaient à leur tour.

En France, un record puis le reflux

C'est en France que l'épisode a atteint son paroxysme : un nombre record de départements en vigilance rouge — jusqu'à soixante-douze, soit 51,1 millions d'habitants concernés —, et la journée la plus chaude jamais enregistrée dans le pays, jusqu'à 43,8 °C. Le pays a fermé des centaines d'écoles, supprimé des trains et reporté des examens, après un premier coup de chaud dès le mois de mai. La chaleur y reflue désormais par l'ouest, mais les autorités sanitaires redoutent un bilan qui se révèle, comme souvent, plusieurs jours après le pic. Météo-France compare la sévérité de l'épisode à celle d'août 2003.

Face à la chaleur, les villes improvisent — climatiseurs dans les écoles, parcs ouverts la nuit —, mais cette adaptation de nos lieux de vie a ses limites, et les autorités répètent le même message : boire, se rafraîchir, veiller sur les plus fragiles. Car derrière les records de température, c'est la part la plus discrète du bilan — les morts de la chaleur — qui s'alourdit d'un été à l'autre.

L'essentiel

  • La chaleur tue plus de 60 000 personnes par an en Europe (2023 et 2024, Nature Medicine), un bilan que redoutent les autorités alors qu'une deuxième canicule en un mois pousse vers l'est et sature les hôpitaux, du NHS britannique aux urgences parisiennes.
  • Au plus fort de l'épisode, plus de 420 millions d'Européens devaient dépasser 30 °C et environ 150 millions affronter plus de 35 °C ; le Royaume-Uni a battu son record de juin trois jours de suite et les Pays-Bas ont déclenché leur première alerte rouge chaleur.
  • « Sans équivoque » aggravée par le changement climatique, la vague gagne la République tchèque, la Hongrie et les Balkans ; l'Espagne a recensé au moins 212 morts en quatre jours, et la France, après un record de vigilance rouge, voit la chaleur refluer.

Antoine Lefebvre

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