Le 1ᵉʳ juillet en fin d'après-midi, un feu part près d'Oupia, dans l'Hérault. Poussé par une tramontane à 80 km/h dans une pinède desséchée, il franchit la limite de l'Aude et parcourt 800 à 900 hectares en quelques heures, selon la préfecture. Près de 200 habitants de Mailhac et Pouzols-Minervois sont évacués ou confinés. Quatre Canadair, un Dash-8, trois hélicoptères et environ 200 sapeurs-pompiers sont engagés, sous une vigilance rouge « feux » que Météo-France a étendue à tout l'arc méditerranéen.
Le lendemain, le Premier ministre Sébastien Lecornu réunit une cellule de crise interministérielle à Marseille. Son bilan : depuis le début de la saison, près de 7 000 départs de feu et 8 700 hectares partis en fumée, dont 1 200 pour la seule journée du 1ᵉʳ juillet. Autour de Perpignan, quelque 2 000 vacanciers ont quitté leurs campings. Chaque jour, environ 2 000 pompiers sont mobilisés, épaulés par des renforts européens : 66 Roumains, 34 Grecs, 13 Italiens.
Ce qui saisit les secours, c'est le calendrier. Les épisodes arrivent « quinze jours à trois semaines » avant les dates habituelles, souligne le chef du gouvernement.
Les jours suivants n'ont pas desserré l'étau. Début juillet, plus de trente feux brûlaient encore simultanément dans le pays, un incendie menaçait les abords de Marseille et des milliers de personnes étaient évacuées ; le ministre de l'Intérieur annonçait dans le même temps le feu de l'Aude « fixé », c'est-à-dire stoppé dans sa progression sans être éteint.
Combien d'hectares ont vraiment brûlé ?
Le chiffre dépend de l'instrument. Le décompte des services français, celui qu'a présenté Sébastien Lecornu le 2 juillet, s'appuie sur les feux constatés au sol : 8 700 hectares à cette date. Le système satellitaire européen EFFIS, lui, repère aussi les feux de broussailles et cumule depuis le 1ᵉʳ janvier ; il affiche pour la France un total bien supérieur, plus de 26 000 hectares selon les données citées en ce début d'été. Les deux ne se contredisent pas : ils ne mesurent ni la même période, ni le même périmètre, ni de la même manière.
Un point met tout le monde d'accord. Même le décompte le plus bas dépasse déjà, avant le cœur de l'été, une année entière ordinaire : la moyenne des surfaces brûlées en métropole tournait autour de 9 800 hectares par an sur la période 2006-2021, selon l'Inrae.
Pourquoi ça brûle plus tôt
Un hiver et un printemps peu arrosés ont laissé des sols secs et une végétation stressée ; trois vagues de chaleur en six semaines ont fait le reste, avant que le vent ne se charge de propager la moindre étincelle. Les climatologues relient l'allongement de cette fenêtre à haut risque au réchauffement, sans qu'aucun feu ne se résume au climat : la plupart des départs ont une origine humaine, imprudence ou malveillance, et c'est la météo qui transforme un mégot en catastrophe. D'où l'insistance des préfectures sur le débroussaillement, obligatoire mais encore inégalement appliqué, et sur la fermeture des massifs les jours les plus exposés.
Longtemps cantonné au pourtour méditerranéen, le risque grignote désormais des régions qui s'en croyaient protégées. « Tout le territoire national est prêt à s'embraser », avertit le porte-parole des sapeurs-pompiers. Début juillet, l'été n'a pas encore atteint son point le plus chaud.











